‹ La langue de RabelaisChapitre 184 sur 223 · I. — Nations étrangères · texte numérisé non relu

I. — Nations étrangères

Allemands. — Beuvons icy à la tudesque (1. II, ch. x.xvni).

Cf. d'Aubigné, Œuvres, t. I, p. 107 : « II pleust à Sa Majesté... m'ottroyer une pensioii d'un escu à la charge que tous les ans une fois, par une cérémonie tudesque, j'en despendrois cinquante pour boire à la santé de mon Prince ».

La réputation des Allemands comme grands buveurs est générale depuis la Renaissance :

Ainsi qu'au bon vin court l'Aimant, Au sel la chèvre, au miel la mouche...

s'écrie le personnage d'une comédie de Larivey (3).

Les mercenaires allemands, les Suisses et les Lansquenets,

(i) Elle a été deux fois réimprimée: dans la Bibliographie de Duplessis, et dans le Recueil de Montaiglon, t. V, p. iio à 116.

(2) Voy. Rev. du XF/« siècle t. II, p, 346. Voici quelques publications modernes :

Canal, Blason populaire de la Nonnandie, Caen, iSSj. Gaidoz et Sébillot, Blaso?! populaire de la France-, Paris, 1884. Daguin, Les dictons, proverbes, sobriquets, concernant te département delà Haute-Marne, Langres, 1893.

Bauquier, Blason populaire de la Franche-Comté, Paris, 1897. Ledieu (Alcius), Blason de la Picardie, 1898.

(3) Larivey, Les Trompeurs (161 1), dans V Ancien Théâtre, t. VII,

en sont les représentants typiques, auxquels Rabelais doit nombre de termes bachiques sur lesquels nous reviendrons.

— Gargantua saultoit non à troys pas un sault, non à cloche pied, non à sault d'Alemant. Car telz saulz sont inutiles et de nul bien en guerre (1. I, ch. xxxiii).

Le saut d'Allemand, d'après Oadin, c'est du lit à la table.

— // n'jy entendait que le hault Alemant (l. I, ch. xxin).

C "est-à dire il n'y entendait rien du tout, l'allemand littéraire étant alors censé inintelligible (i).

Anglais. — Saoul comme un Anglais (1. I, ch. xv).

Dicton français cité par PZrasme, Adages, lA. 313 : « Syracusana mensa..., apud Gallos proverbium, tam satur est quam Anglus ».

Cette réputation est ancienne. Le Dict de V Apostoile , du xiii" siècle, consigne déjà (éd. Crapelet, p. 78) : « Li mieldre buveor en Engleterre », c'est-à-dire les plus intrépides buveurs sont en Angleterre.

L'Anglais est le représentant par excellence de la beuverie dans l'ancienne langue, alors que l'Allemand n'a cette réputation que depuis le xv-xvi^ siècle (2).

Basque. — Doncques sus l'heure Grandgousier envoya le Basque son laquays quérir à toute diligence Gargantua (1. I, ch. xxviii).

Les Basques, coureurs renommés, étaient à cette époque très recherchés comme laquais. Leur rapidité et leur agilité étaient proverbiales : « Plus vistement que ne vont les Basques », dit Ant. du Saix (3) dans son Esperon de discipline (1532), et Molière dans le Dépit amoureux (acte I, se. 11): « Vous m'avez fait troter comme un Basque ».

Ecossais- — D'autie pays icy venus [dans le royaume d'Entelechie] ne sçavons quels outrecuidez, Fiers comme Escossois (1. V, cil. xix).

La fierté des Ecossais était d'ancienne date : « Li plus truant en Escoce », à la fois gU3ux et fier, remarque au xiii^ siècle le Dict de r Apostoile; et au xvi% Des Periers constate (nouv. xxxix) :

p. 22. Cf. ibidem, p. 56 : « Moi qui suis toujours plus prest de quereller qu'un Allemand de boire ».

(i) Voy. Rev. du XVI^ siècle, t. III, p. 63 à 64 (textes de Calvin à Molière).

12) Voy. la dissertation d'Otto Klauenberg, Getr'ànke und Trinken in alîfran^ôsischer Zeit, Gôttingen, 1 904.

(l>)Rev. Et. Rab., t. X. p. 453.

43o FAITS TRADITIONNELS

« Un Escossois, ayant suivy la court quelque temps, aspiroit à une place d'archer de la garde, qui est le plus haut qu'ilz désirent estre, quand ilz se mettent à servir en France, car lors ilz se disent tous ^Cousins du roy d'Escosse ».

Suisses. — Les mercenaires de la garde royale avaient au xvi' siècle la réputation d'illustres buveurs :

Ils boivent nuict et jour en Bretons et Suysses... dit le sonnet sur les Suisses de Joachim du Bellay. Et De la Porte, Parisien, les caractérise ainsi dans ses EpitJiètes (1571): « Suisses. Guerriers, sales, robustes, ivrognes ».

Rabelais ne leur attribue que des termes de beuverie, et un ethnographe du début du xvii' siècle les décrit ainsi : « Les Suisses aiment extrêmement à faire caroiis et y passent les journées et les nuits entières... Ceux qui boivent d'avantage ou qui s'enyvrent, sont estimez plus francs et plus hommes de bien que les autres qui refusent de faire ces excès » (i).

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