‹ La langue de RabelaisChapitre 190 sur 223 · II. — Proverbes moraux · texte numérisé non relu

II. — Proverbes moraux

Abonder. — Chascun abonde en son sens (I. III, ch. vu). Aimer. — Qui me ayme, si me suyve (1. I, ch. xxxin). Attendre. — Tout vient à point qui peult attendre (1. IV,

ch. XLVIIl).

Proverbe commun ainsi rapporté par Nucérin (15 19) : « Qui peult attendre, tout vient à bien » (i).

Bat. — // sentoit que le bast le blessait (1. III, ch. xli).

La Farce de Pathelin cite ainsi ce proverbe : 1357. Je sçay mieux où le bast me blesse.

Bois. — Ne sçavoit de quel bois faire Jlesche {Pant. Progn., ch. m).

Proverbe ancien : « De meilleur fust ki l'en eyt deit faire flesches » {Proverbes de Fraunce, t. 11, p. 475) et « Fay de tel bois que tu as flesche » (Mielot, n** iio).

Boiter. — Ne cloche^ pas devant les boiteux (1. 1, ch. xx). — Se mocque qui clocque (1. III, ch. xxiv).

(1 ) Michel Menot (fol. 18S) : « Tout vient à point qui veut attendre ». Du Fail {Propos rustiques, ch. ix) : « Hz pourroient bien s'en repentir pour ce que tout vient à lieu qui peult attendre ».

Maxime ancienne qu'Erasme (fol. 492) rapporte d'après Juvénal : « Loripedem rectus derideat, Ethiopen albus », avec cette explication : « ... quasi claudus cluudo claudicationis vitium per-contumeliam objiciat ».

Courir. — Ce n'est tout advantaige de courir bien ioust, mais bien de partir de bonne heure (1. 1, ch. xxi).

La Fontaine a dit avec le même sens (1. VI, fable x): Rien ne sert de courir :

II faut partir à point.

Ecoliers. — Vous dictes qu'il n'est desjeusner que d' escholiers : dipner, que d'avocatz : ressiner, que de vinerons : soupper, que de marchans: reguoubillonner, que de chambrières. Et tous repas, que de farfadetz (1) (1. IV, ch, xlvi).

Le proverbe commun disait (Nucérin, 15 19) : « H n'est vie que des coquins ». Cf. Henri Estienne {Apologie, t. II, p. 39) : « Il n'est vie que des coquins, quand ils ont assemblé leurs bribes », et la Comédie des Proverbes (acte III, se. m): « Pour mr-'Y, je trouve qu'il n'est festin que de gueux, quand toutes les bribes sont ramassées ».

Eperon. — Car nous disons que par espérons on commence à soy armer (1. Il, ch. viii).

Esprit. — Engin mieiilx vault que force (1. II, ch. xxvii),

Maxime ancienne qu'on lit fréquemment dès le xiii' siècle (2).

Etendard. — // n'est ombre que d'estendart^, il n'est fumée que de chevaux, et cliquetys que de harnois (1. II, ch. xxvii).

Etrenne. — A bonjour, bonne estrenne (1. IV, ch. ix).

Foire. — On ne s'en va des foires comme du marché (l. V^, ch. xi).

Le marché dure en efTet moins longtemps que la foire.

Force. — Oii faim règne force exide (1. I, ch. xxxii).

Proverbe commun (Mielot, n" 225) : « Où force rjgne, droit n'a lieu », autrement rendu par Nucérin (1519): « Où force est, justice n'a lieu » et par Henri Estienne {Précellence, p. 211): « Où force est, raison n'ha lieu ».

Fortune. — Contre la Fortune la diverse... (1. II, ch. xi).

Sous-cntendu : Nij a si bon cliar qui ne verse.

(i) Sobriquet des moines dans Rabelais.

(2) Proverbes ruraux (n° 223) : « Engins vaut mieus que force », et Proverbes communs (Mielot, n° 487) : « Mieux vault engin que force ». Elle est citée dans les Fabliaux:

Li vilains dist, en son proverbe, Miex valt engiens que ne fet force.

Et dans le Roman de Renard:

1354. Mius vaut engiens que fait forche.

Proverbe commun (Nucéria, 15 19) : « N'est bon charretier qui ne verse » (i).

Fou. — Un fol enseigne bien un sage (1. III, ch. xxxvii).

Proverbe commun (éd. Langlois, n° 79 4): « Un toi advise bien ung saige » .

Homme. — Autant vault l'homme comme il s'estime (1. II, ch. xxi).

Villon avait exprimé la même maxime, dans sa « Ballade des Proverbes » :

Tant vault Thomme comme on le prise.

— C'est bien ce que I'cq dict qu'il faict bon adviscr aucunes fois les gens, car un homme advise en vault deux (1. III, ch. xxxvii).

Malheur. — Un malheur ne vient jamais seul (1. II, ch. xxxiii). Proverbe commun (Nucérin, 15 19): « Ung mal ne vient pas

seul ».

— ...pisse?' son malheur (!. I, ch. xxxvni).

Proverbe encore vivace en Anjou qu'on applique à celui qui a perdu au jeu.

Meurtrier. — Je dis couraige de loup, asseurance de meurtrier (1. IV, ch. xxiii).

Allusion à la hardiesse des malfaiteurs à nier les forfaits dont on les accuse. Calvin, dans un de ses Sermons (t. xxxiv, p. 336) : « Voilà donc des hommes qui seront asseure^ comme des meurtriers, jusques à tant que Dieu les ait bien mattez ».

Cf. Comédie des Proverbes (acte III, se. vu) : « Il faut estre asseares comme meurtriers et ne se laisser pas prendre par le bec ». •

Monde. — Je vous demande en demandant : Pourquoy est-ce qu'on dict maintenant en commun proverbe : Le monde n'est pas fat ? (1. V, Prol.).

Oeil. — Elle [BadebeoJ ne se soucie plus de nos misères et calamit:;z: autant nous pend à l'œil {\. II, ch. m).

Ancienne formule ainsi citée par les Proverbes ruraux (n^ 45): « Chascun ne set qu'à l'eul li pent », et les Proverbes communs (éd. Lang-lois, n° 468) : « Nul ne sçait qu'à l'œil lui pend ».

(i) Guillaume Goquillart avait déjà dit (t. I, p. 107) : Telle charrette souvent verse Par faulte de bon lirrionnier,

et Mathurin Cordier le cite deux fois (p. 278 et 275) : « // ny a bon charité/' qui ne verse quelque Joys. Il n'y a si bon qui ne faille aucunes foys :

Contre la fortune diverse

Si bon chariicr n'est qui ne verse ».

Oisiveté. — ... comme disent les philosophes, Oisiveté estre mère de luxure (l. III, ch. xxxi).

Pluie. — Petite pluye abat grand vent (1. I, ch. v) (i). On peut suivre cette maxime dès le xvi' siècle, aussi bien dans les recueils de proverbes (2) qu'en littérature (3).

Prince. — Un Jioble prince n'a jamais un sou. Thésauriser est faict de vilain (1. 1, ch. xxxiii).

Cf. 1. I, ch, XXXIII : « La recouvrerez argent à tas. Car le vilain en a du content ». Meurier cite ainsi cette maxime (p. 214):

Un noble Prince, un gentil Roy N'a jamais pile ne croix.

On pourrait en rapprocher ces vers du Roman de Renard : 2049. Oncques prince escars n'avers (4) A bien ne vient.

Teigneux. — Trois tigneux et un pelé de légistes (1. II, ch. v). Cf. Satire Menippée, p. 5 : « Leur commun dire estoit qu'aux ditz Estatz n'y avoient que trois tigneux et un pelé... ». Pro-

(i) De même 1. II, ch. x, et 1. IV, ch. xl.

(2) Proverbia rusticoruni (éd. Zacher, n' 169) : « Petite pluie abat grant vent ».

Proverbes ruraux (éd. Ulrich. n° 92) : « A pou de pluie chiet grans vens et grans orgueus en pou de tens ». Proverbes au vilain (éd. Tobler, n' 67) :

A petite pluie chiet granz vens.

Ce dit li vilains.

Proverbes de Fraunce {éd. Leroux de Lincy, t. II, p. 475); « De grand vent petite pluye ».

Proverbes communs : « A petite pluye chiet grant vent » (Langlois, n° 46) et « Petite pluie abat grand vent » (Mielot, n° 248).

(3) Dans le Roman de Renard

8828. Grand vent chiet à poi de pluie. Christine de Pisan (Œuvres, t. III, p. 5o) :

Pou d'achoison souvent muet grand débat Et petite pluye grand vent rabat.

Mystère de Saint-Quentin :

7017. C'est cler feu en gluic, La petite pluie Abat le grant vent.

Gringore, Notables Enseignements (i528) :

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