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Occupations des officiers de la quintessence

Les faits et gestes de Gargantua que nous venons de passer en revue (i), trouvent leur pendant dans ceux des officiers du

(i) Rabelais en a repris quelques-uns pour décrire les diverses contenances de Quaresmeprenant (1. IV, ch. xxxii).

royaume de l'Entelechie (1. V, ch. xxii). Mais tandis que, pour tracer le curieux tableau des actions inutiles et absurdes du jeune géant, Rabelais puise exclusivement dans le trésor de la sagesse populaire indigène, il se sert, pour décrire les emplois des Quintessentieux, de ses souvenirs livresques en matière de proverbes gréco- romains, soit par des emprunts directs, soit par l'intermédiaire des Adages d'Erasme.

Nous ferons plus loin le relevé de ces adages classiques conférés avec ceux d'Erasme, et nous donnerons l'origine biblique d'une de ces impossibilités comiques (i). Le reste de cette phraséologie proverbiale (dont nous ignorons la date de composition) est tiré :

1° De certaines actions de travers du jeune Gargantua (2).

2' De proverbes déjà mentionnés dans les livres antérieurs (3).

— Autres rompaient les andouilles au genouil.

Ce proverbe se lit déjà au Quart livre, ch. xli : « Pantagruel rompoit les Aîidouilles au genoil ». Cf. du Fail, t. I, p. 143: « 11 ne faut pas du premier coup vouloir changer cette nature et rompre les andouilles avec les genoux, pour la raison que c'est une chose de tropgrand'peine (4) ».

Pour en finir avec cette rubrique des incohérences ou impossibilités proverbiales, relevons encore les dictons :

—^ A propos truelle (1. I, ch. xxxix). — C'est bien à propos truelle, Dieu te guard' du mal, massou (1. III, ch. xviii).

Coq-à-l'âne répondant à l'équivalent moderne : A propos de bottes! On le lit dans Cholières (t. 11, p. 237) : « A propos truelle, me voilà relevé de ma preuve ».

(i) Voy. l'Appendice E : Sources livresques,

(2) Autres faisoient de vessies lanternes, et de nues poisles d'airain. — Autres faisoient de nécessité vertu. — Hz gardoient la lune des loups.

(3) ... tiroit des pets d'un asne mort, — Autres escorchoient les anguilles par la queue, et ne crioient les dites anguilles avant que d'estre escorchées, comme font celles de Melun. — Aultres faisoient alchymie avec les dens,

(4) La variante donnée par Gringore (Abus du monde, v, 2107) :

Au genou! cuider rompre l'anguille,

se lit également dans Cholières, t, I, p. 235 : « Mais de penser rompre V anguille au genouil..., c'est se vouloir casser la teste contre la muraille», Cf, Oudin (ih^o) : » Vouloir rompre une anguille au genou, c'est entreprendre une chose qui ne peut réussir ».

— Je ne suys point clerc pour prendre la lune avec les dents (1. II, ch. xii).

Proverbe qu'on rencontre dans les Esprits de Larivey [Ane. Théâtre, t. VII, p. 214): « Cestuy est autant possible que prendre la lune avec les dents » .

— ... jecta la manche après la coingnée, comme proprement vous dictes (1. IV, Prol.).

Proverbe conrimun: abandonner mal à propos une entreprise, comme le bûcheron qui, au lieu de remmancher sa coignée, jette le manche et se croise les bras.

— Ea icelle année le mois de mars faillit en quaresme. et fut la myaoust en may (1. II, ch. i). — ... mars ne failloit à caresme (l. III, Prol.). — ... la myoust colloquer en may (1. III, ch. xxxiii).

— Au mois d'octobre... fut la semaine tant renommée par les annales, qu'on nomme la semaine des trois jeudis... (1. II, ch. i).

Guillaume Coquillart donne la variante (t. II, p. 136) : « En la semaine à deux jeudis », mais la Comédie des Proverbes revient à la forme rabelaisienne du proverbe (acte II, sc.iv) : « ... dire grand mercy jusques au rendre qui sera la semaine des trois jeudis, trois jours après jamais ».

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