I. — Géants bibliques
La généalogie de Pantagruel est une parodie des fréquents dénombrements généalogiques de la Bible. Les trois premiers noms de géants sont factices :
lit le premier fut Chalhroth, Qui engendra Sarabroth, Qui engendra Faribroth...
Qui engendra Nembroth... (2)
C'est \t dernier nom qui a fourni la finale aux trois premiers, dont les éléments initiaux rappellent ceux des anciens rois francs : Childebert, Charibert et l'^arabert.
L'ordre dans lequel se suivent ces noms de géants est également burlesque : GoUatli vient après Athlas, et Hercules est suivi par Enaij^ qui fut « très expert en matière de oster les cerons des mains ».
C'est la forme francisée d'Enak, géant biblique d'Hébron. dont les enfants, les Enakiin, étaient encore nombreux et redou-
(i) Voy. ci-dessus, p. 234 à 25G.
(2) Cette forme Nembroth érait encore usuelle au xvie siècle. On la lit dans le Fœneste de d Aubigné.
ORIGINES LITTERAIRES 47f
tables du temps de Moïse {Deuter., ix, 12, et Nombres, xiii, 38).
Quant au déterminatil (« très expert en matière de oster les cerons des mains »), il est simplement burlesque, comme la plupart des attributs de cette énumération gigantale. Leur caractère fantaisiste ressort d'un simple rapprochement comme celui-ci :
L'édition princeps imprime seulement : « Qui engendra Etion » ; celle de Juste, 1533, ajoute: « Lequel premier eut la verolle pour avoir dormy la gueulle baye » ; celle de 1^:42 : « Lequel premier eut la verolle pour n'avoir beu frays en este ». Or, suivant Pline (i), Etion (ou plutôt Otus, qui est la leçon correc;te), était un géant de quarante-six coudées, dont un tremblement de terre fit trouver le corps en (^rète ; et c'est tout. Les déterminatits ajoutés ici par Rabelais sont donc purement imaginaires.