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Armes blanches et armes d'hast

A l'époque de Rabelais, basions était le nom générique des armes de toute catégorie (1. I, ch. xxxiv) : « Passoit par les salles et lieux ordonnez pour l'escrime, et là contre les maistres essayoit de tous basions.,. » C'est, en premier lieu, l'épée et la lance.

(i) C'est-à-dire les gens de trait recrutés dans le Midi.

1° La nomenclature ancienne de l'épée est représentée par:

Badelaire, a manière d'espée à un dos et un tranchant large et courbant en croissant vers la pointe ainsi que le cimeterre des Turcs » (Nicot). Nom attesté dès 1390, à côté de hazelaire (1380) qui paraît être le point de départ. 11 fut plus tard appelé braquemart.

Branc d'acier, glaive large et court, le plus ancien nom de l'épée, deux fois employé par Rabelais (1. 111, ProL, et 1. IV, ch. XXXI v).

Braquemart, synonyme ultérieur de badelaire, nom fréquent dans le roman rabelaisien sous diverses variantes : bracquemar, bracquemart, bragmard (i).

Bague, épée courte que l'on portait à la ceinture du côté droit. Le nom ne remonte pas au delà du xiv^ siècle, et son point de départ semble être le Nord de la France. Le V livide en cite un dim'muùï daguenet (ch. ix).

Estoc ou estoc d'armes (1. 11, ch. xxvii), « une sorte de longue épée qui en aucunes contrées de France est appelée Verdun, en autres estoc » (Furetière).

Malchus, épée recourbée du genre des braquemards (1. II, ch. Il), appellatif d'origine littéraire (2).

Poignart sarragossois (1. I, ch. viii), arme mentionnée dans une lettre de rémission de 1406 (dans Gay): « Un coustel nommé Sarragocien ...»

Verdun, épée longue et étroite, proprement épée de Verdun, ville de tout temps renommée pour ses fabriques de lames d'acier. On lit dans le Roman d- Alexandre de 11 80 :

32. Branc il a en sa main d'un acier Verdunois, Voici finalement les variétés d'épées que mentionne Rabelais

(i) Robert Estienne^ dans la seconde e'dition de son Dictionnaire (1549), remareiue sur son origine : « Semble qu'il soit composé de deux mots grecs ^pc/.yjjq et udcyaipu, id est brevis gladius, Harpe, Ensis falcatus ». Cette étymologie fantaisiste a longtemps joui d'une réputation imméritée. Répétée par Henri Estienne (dans sa « Précellence »), par Claude Fauchet, par Nicot et Du Cange, elle s'évanouit devant l'historique du mot, dont les plus anciennes variantes sont bragamas (iSga) ou bergamas (1398). Ce n'est qu'en 1446 qu'on rencontre la forme rabelaisienne : « Un grant coustel d'Allemaigne nomme braquemart. »

(2) En souvenir de Malchus, le serviteur de saint Pierre qui eut l'oreille coupée et « auquel depuis on a osté son nom pour le donner à une sorte de glaive » (Henri Estienne, Apologie, t. H, p. 140).

et dont les noms remontent antérieurement à lui ou appartiennent au début du xv!*" siècle :

Espée bastarde (1. I, ch. xxiii), dague portée sur les reins par les Lansquenets, large et bien tranchante, servant à frapper d'estoc et détaille, dite aussi e^pëe lansquenette{\. I, ch. xxxv). On nommait alors bastardeau un petit couteau juxtaposé sur la gaine d'une dague.

Espée à deux mains (1. I, ch. xxiii), arme des Suisses, épée très longue et très torte et dont la poignée se saisissait avec les deux mains. Dans la « monstre » du Mistere des Apostres {i<,^6), Agrippart et les deux autres ttjrans portaient trois espées à deux mains, dont la poignée était garnie de drap d'or frisé.

Espée de Vienne (1. I, ch. xlvi), en Dauphiné, ville anciennement réputée pour ses fabriques d'armes. La Chronique des Ducs de Normandie (i 190) mentionne déjà le brans Vianeis, et Foulque de Candie (vers 1223), le bon bran Viennois (voy. Gay, p. 748).

Espée espagnole (1. I, ch. xxiii), dite aussi Valentienne (1. I, ch. viii), longue épée à lame courte, droite et plate, analogue aux rapières des Espagnols.

Une autre variété était la mandousiane (1. III, Prol.), suivant Cotgrave, épée large et courte à la vieille mode, terme attesté antérieurement (1527): « une mandoucene » (Godefroy).

2° La nomenclature ancienne de la lance n'est pas moins variée :

Ase gaye, zagaie (i), nom de lance qu'on lit sous une forme analogue dans Froissart (t. IV, p. 140) : « Et jettoient li Espagnol et li Genevois qui estoient en ces gros vaissiaux d'amont gros barriaux de fer et archigaies ». Une lettre de rémission de 14 14 (citée dans Gay) donne « une hai'segaije ou demi lance », et Monluc cite encore cette forme (t. I, p. 50) : « En ce temps là [1523] les Espagnols ne portoient qu arces gayes, longues, ferrées aux deux boutz ».

Corseque, lance des fantassins corses : c'était une Javeline munie d'un dard et de deux oreillons (1. IV, ch. xxxiv). Le nom est celui du pays appelé anciennement « l'isle des Corsecques {2) ».

(1) Ce nom nous est venu des Espagnols (de Tarabe berbère ci^-^cigaya, pointe de lance), d'où l'ital. ^agaglici, qui, à son tour, nous a donné la forme moderne pagaie.

(2) Après Rabelais, on préféra la forme italienne carsesque, qu'on lit dans Nicot et Brantôme.

GuUarme OU gUarme, l'une et l'autre formes anciennes (xii*xiii' siècle), arme d'hast composée d'un tranchant long, recourbé, et d'une pointe droite, d'estoc.

Hallebarde (1. 1, ch. xxiii), apparaît en France au xv^ siècle, introduite par les Suisses ou les Lansquenets : « Pour le regard dts Hallebardes, elles sont plus récentes, comme je croy, et venues d'Allemagne ou de Souysse », remarque Claude Fauchet (fol. 530 v°).

Paffut, sorte de lance, nom qu'on lit dans Froissart sous cette forme ou sous celle d'espaJJ'ut (t. II, p. 221) : « Ils avoient haces et cspaffus {y:iTi3intQ, paffus) et gros basions ferrés à picquet ».

Partisane ou pertuisane, forte pique à fer droit et à deux tranchants. Le nom de cette lance est venu d'Italie au xv^ siècle.

Volaine, serpe à long manche et arme en forme de serpe, terme attesté, avec le premier sens, dans une lettre de grâce de 1452 (Du Cange): « une sarpe appelée volaine »,

Ajoutons : espieu bolonnois, épieu boulonnais; fourche Jîere, fourche de fer, et vouge, arme dont le fer était monté sur une longue hampe, en usage dès le xv'' siècle.

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