I. — Emprunts anciens
L'ancienne langue a légué au vocabulaire nautique du xvi' siècle nombre de termes (4), dont plusieurs sont restés viva-
(i) Cotgrave note le terme comme « languedocien », mais ce dialecte ne connaît que cabesso avec le sens exclusif de « tête ».
(2) Godefroy explique coursoir par « pompe d'un vaisseau» (de même dans le Glossaire Jannet-Molandi, acception à coup sûr erronée.
(3) L'abbé Lalanne cite, dans son Glossaire du Poitou, ce document de i658: « ... jardins, cours, coursouers... »
(4) Voy. le Dictionnaire de Godefroy et la dissertation citée de Kemna (1901). Voici ceux qu'on lit dans Rabelais :
Couet, corde qui sert à tirer et amener les voiles au vent, d'où couer, amurer. L'exemple le plus ancien du mot est de 1446 (Godefroy).
Escoute, écoute, cordage (1. IV, ch. xxii), terme hollandais attesté dès le xv siècle.
ces. Relevons-y ceux^qui sont propres à Rabelais ou au xvi^ siècle :
Gaillard ou château gaillard^ partie élevée à l'avant ou à l'arrière des grands vaisseaux (1. IV, ch. xxxii), c'est-à-dire fort, solide, terme attesté en 1543 (La Roncière, t. II, p. 480).
Morisque, nom de voile i\. IV, ch, lxiv : « papefîlz, morisques et trinquetz »), littéralement voile mauresque (cf. voile
Estail, étai (1. IV, ch, lxv), ancien terme océanique remontant au xii" siècle.
Galée (que Rabelais écrit gualée), galère (1. I, ch. m : « vogue la giialée »), terme remontant aux origines de la langue, sous la forme galie, d'où les dérivés galion (1. III, ch. v) et galiotc (dans la Sciomachie), attestés dès le xiii-xiv« siècle. Galée est encore vivace au xve siècle, lorsqu'il cède la place à galère : galée est donc au xvi" siècle un archaïsme qu'on rencontre encore en poésie (fréquent chez Marot), mais du Bellay déclare expressément (éd. Marty-Laveaux, t. I, p. 3i5): « J'ai usé de gallées pour galleres. .. ». Chez Brantôme c'est un italianisme (t. II, p. 3oo) : «... il avoit onze carracques, deux cens galleres et vingt cinq gallées a voiles ».
Galerne, écrit aussi gualerne, vent du nord- ouest (1. IV, ch. ix : « le vent de galerne »), pris en opposition avec le sirocco (1. IV, ch. xliii : « l'un loue le Siroch.., l'autre gualerne n). Très ancienne expression du vocabulaire océanique qui a survécu dans le langage nautique et dans plusieurs patois.
Nef, une seule fois employé par Rabelais et en dehors du naviguaige (dans une lettre d'Italie, comme variante de nauf, éd. Bourilly, p. 63). Terme très ancien (vers 1040), remplacé à la fin du iv« siècle par navire, qu'on relève une quinzaine de fois dans Rabelais (déjà Commynes emploie une fois nef conim trente-six fois navire). Cependant nef garde son sens technique, surtout en poésie (par exemple chez Marot) jusqu'au XVII* siècle, avant d'être relégué dans le domaine métaphorique. Le lat. navis a donné en français nef, à côté de nave et naitf, ces deux derniers par l'intermédiaire de l'italien et du provençal.
Orque, hourque, navire de transport (1. IV, ch. xviii : « neuf orques chargées de moines »), terme que le Dictionnaire de l'Académie de 1694 orthographie hourque : a Vaisseau léger et plat; on l'appelle aussi oucre ». L'ancien français connaît encore les variantes : hurque (vers 1490), hulque (Commynes) et houlque (Monstrelet), à côté de hource (Th. Corneille, 1694) et d'orce (Ménage), d'origine germanique : angl. et hoUand. hulk (voy. Kemna, p. i5i et 134).
Utaque, ctague, cordage (1. IV, ch. lxiv), à côté d'uretaque (1. IV, ch. xi), terme d'origine obscure remontant au xii® siècle.
Quelques-uns de ces vieux termes, comme escoute, étague et galerne, sont encore usuels parmi les mariniers de la Loire.
Tous ces vocables étaient encore employés au xvi»-xvii« siècle. Certains se trouvent dans le Dictionnaire de Nicot (1G06); d'autres dans les ouvrages spéciaux de Cleirac (i638) et du Père Fournier (1643).
latine), terme inconnu en dehors de Rabelais (il manque au Glossaire nautique et à Godefroy).
Taliut(i), espèce de navire, terme inconnu en dehors de Rabelais et identique au vieux mot taliut. cercueil (encore dans Brantôme (2), d'origine méridionale: toulousain tahut, bière ou cercueil (Doujat). Quant au rapport sémantique entre « navire » et « cercueil », comparez cet article du Dictionnaire étymologique de Ménage : « Nau^ bière, cercueil... de sa ressemblance à une nau\ c'est ainsi que nos anciens appelloient un bateau, du mot navis ».
Volantaire, sorte de navire (1. IV, ch. xxii) que Jal interprète (p. 523) par c( bateau public, à volonté », tandis que Kemna (p. 154) le rapproche du sj'nonyme volant (1476), c'est-à-dire bateau léger,, qui vole. Pourtant, volantaire ne peut dériver que de volente, volonté (Palsgrave) et le sens répond à peu près à celui donné par Jal. Le mot manque à l'édition princeps du Quart livre (1548).