Emprunts catalans
C'est à Bayonne que Rabelais a probablement appris les termes catalans qu'on rencontre dans son « naviguaige ». Ces termes manquent en général au languedocien ou bien en différent par la forme. Voici les expressions qui accusent cette origine pyrénéenne (i) :
Estanterol, pilier placé à la tête du coursier d'une galère, près de la poupe (1. IV, ch. xix: « Deçà, Gymnaste, ici sur Vestanterol »), du catal. estanterol, « fusta à modo de columna qu'en las galeras se colocava à popa en lo pasadio, y en ella s'hi afirmava il toldo » (Labernia y Esteller), prov. esianteirol (Mistral), ital. stentarolo (« un travicello che s'appoggia alla corsia e sostiene la forbice délia poppa », Crescenzio), esp. estanclerol. Le mot catalan répond seul à la forme rabelaisienne, et il dérive (comme estantal, étai, soutien) d'estante, fixe, debout (2).
Fadi'in, jeune matelot, novice (l. IV, passim: trois passasages), du catal. fadri (pi. fadrin), au sens de marin dans l'ancienne langue. Le terme est du xvi' siècle et on le rencontre dans le Voyage d'outre-mer de Jean Thenaud (éd. Schefer, p. 144) : «... capitaines, pillotz, nauchers mariniers et f radins (sic) ». Le Père Fournier remarque, fol. 170: « Les Pages ou garçons de navire que les Marseillais nomment fadarins et les Hollandais Mousses ». Aujourd'hui, fadarin signifie proprement petit fat, jeune écervelé.
Fernel, drosse attachée au banc de la galère (l. IV. ch. xxiv : « du fernel ne vous souciez »), de l'ancien catal. frenell (3). La métathèse de la forme rabelaisienne se retrouve dans le langued. farnel, drosse, cordage qui sert à mouvoir la barre du gouvernail, et drosse des basses vergues, estrope (Mistral).
(1) Voy. Père Labernia v Esteller, Diccionari de la lengua catalana (s. d.)
(2'i Uestauterol n'est donc pas « l'endroit de la poupe où était arbore l'étendard » (stentarolo, italien, de stendale, étendard), comme on lit dans le Glossaire de Marty-Laveaux, mais le nom du pilier lui-même (l'ital. stentarolo étant emprunté au catalan).
(3) Sous cette forme, le terme se rencontre dans un document nautique de i369 (dans La Roncière, t. II, p. 481).