Emprunts du sud-ouest
Rabelais a fait des voyages répétés dans le Languedoc, le Béarn, la Guyenne, Les noms des grands ports de Bordeaux et
expression, familière aux marins, est usitée dans tout l'arrondissement de Pont-Audemer ». Robin, Prévost, etci. Dictionnaire du patois normand en usage dans le département de l'Eure, Evreux, 1882, p. 2i3.
(i) On rencontre la même forme nasalisée chez d'Aubigné (Histoire Universelle, t. II, p. 5o : « ... et hinsant la civadiere... il fait prendre les rames ») et, au xvii« siècle, chez Gleirac {Termes de marine, 1643, p. 32) : « Les drisses servent pour tirer l'estague aux fins de hinser ou d'amener les voiles ».
(2) Voici comment Guillaume du Bellay décrit cette sorte de vaisseau de guerre {Mémoires, éd. iSôg, p. 598) : « Il y a une espèce de navire particulier, dont usoient nos ennemis [les .\nglois], en forme plus longue que ronde, et plus estroite beaucoup que les galleres... Avecques ces vaisseaux ils contendent de vitesse avecques les galleres et les nomment ramberges ».
(3) Voy. Rev. Et. Rab., t. X, p. 65.
(4) Ibidem.
loS CONTACT AVEC LMTALIE
de Bayonne reviennent à plusieurs reprises clans son roman. Le contingent des termes nautiques qu'il y a recueillis est important (i):
Besch, vent du sud-ouest (1. IV, ch. xliii : « l'un loue le Siroch, l'autre le Besch »). Cotgrave donne labeche et lebeclie. C'est le langued. labech, roussi Uonnais lebech, italien libeccio (« vent appelle labeche par les Provençaux, vent d'Afrique », Oudin). Chez Rabelais, la syllabe initiale a été confondue avec l'article.
Bitou, bitton, charpente servant à fixer les amarres (1. IV, ch. XIX : (( attache à l'un des bitous »), et biton (1. V, ch. xviii), du langued. bito?i, bitou, même sens.
Cap, l'avant du vaisseau (1. IV, ch. xx : « le cap est en pièces »), du langued. cap, même sens.
Capestan, cabestan (1. lY , ch. xxii : « le cable au capestan »), forme particulière à Rabelais que donne également Cleirac (1643) : « Au milieu de la largeur du pont est le capestan ou cabestan (2) ».
Cycrce, vent d'ouest-nord-ouest (1. IV, ch. xliii): « Ce bon vent de Languegolh que l'on nomme Cyerce ». Dans le Languedoc occidental, cens désigne le vent nord-ouest, que Doujat définit : « vent d'occident, contraire à l'antan sud-est ». Il figure dans ce dicton nautique : « Labech tardié, Cers marinié ». C'est le survivant du latin circius ou cercius, vent violent du nord-ouest dans la Gaule narbonnaise, dont parle Pline
(1. II, ch. XLVl).
Escantoula, chambre d'une galère destinée aux argousins (1. IV, ch. xix : « mousse..., garde V escantoula »), graphie erronée (3) pour escandola, forme languedocienne, répondant au bas-lat. et ital. scandola, à côté de scandolaro, lieu proche
(i) Voy. le Trésor de Mistral et le Dictionnaire de la langue Toulousaine de Doujat, Paris, iG38.
Nous ne citerons que les termes particuliers à Rabelais ou aux auteurs du xvi« siècle, en renvoyant pour les autres à notre mémoire sur les Termes nautiques dans Rabelais (dans Rev. Et. Rah., t. VIII, p. 33 à 41).
(2) La forme littéraire et moderne cabestan figure au xiv« s'ècle dans le Clos des gallées de Rouen (p. 121), sous les variantes ca£»e5.'a;2f et cabestens, l'une et l'autre forme d'origine méridionale : capestan et cabestan (ou cabestran). L'anglais possède, de même, capsian, attesté au xiv<= siècle, que les Anglais (suivant Murray) auraient appris des matelots de Marseille ou de Barcelone, à l'époque des croisades.
(3) Cotgrave donne à escantuole (sic) le sens de « pompe d'un navire », acception admise par Uudin (1640) et, en dernier lieu, par Jal.
de la chambre de la poupe (Oudin), d'où l'ancien français escandelar (xin° au xvi° siècle).
Escoutille, écoutille (l. IV, ch. lxih : « transpontin au bout des escoutilles »), du langued. escoutilha, même sens (i).
Escouiillon, écoutillon (I. IV, Prol. nouv. : « la trappe des cieux... semble proprement à un escoatiilon de navire »), du langued. escouiiUion, même sens.
Guaillardet, gaillardet (1. IV, ch. xiv : « Papefigues, lesquels jadis... les nommoit on guaillardet:^ )>), du langued. nalhardet (Bordeaux, gualha.rdet), ital. gagllardetto (2).
Pane, panne (1. IV, ch. xx : « guare la pane »), du langued. pano, même sens (3).
Pontal, pont volant (1. IV, ch. xxiv : « espailliers, hau, jettez le pontal »), du langued. pontal, môme sens.
Serper, lever l'ancre (1. V, ch. xviii : « Ayans serpé (4) nos guraenes, feismes voile... »), du langued. serpa, et aerpa lou ferre, même sens (5).
Valentienne, sorte de cordage qui sert à tenir la vergue en équilibre (1. IV, ch. lxiii) : « Nous ne voguions que par les valentiennes, changeant de tribort en babort, et de bâbord en tribort ». Forme altérée de valencine, comme le mot est écrit dans un document de 1538 (cité par La Roncière, t. II, p. 481), répondant au langued. balancino, bahmcine (avec la prononciation gasconne de la palatale initiale). Le Père Fournier connaît la même variante (1643) ■ ^^ Balencines ou valencines sont cordes qui servent pour balancer la vergue comme l'on veut, haussant l'une des extrémités et abbaissant l'autre ».
A ces contributions du vocabulaire océanique viendront s'a-
(i) Le Dictionnaire général tire le mot de l'esp. escotilla, mais Rabelais (chez lequel on rencontre d'abord le vocable) ignore les termes nautiques de source espagnole (qui sont d'ailleurs postérieurs : voy. ci-dessus civadiere, à côté de cevadere).
(2) La variante guillardet du V'^ livre (ch. xviii) reflète peut-être une variante gasconne goualhardet .
(3) L'étymologie proposée par Jal (de Tital. pania, glu) est phonétiquement inadmissible.
(4) Le mot se lit isolément dans la Chronique (1499-150S) de Jean d'Auton, éd. Paul Lacroix, t. I, p. 271 : « Le vent fut doux et la mer tranquille, tant que l'armée des François et des Gennes firent ancre sarper et voiles tendre ».
(5) Cf. Littré : « Serper. Ancien terme de marine. Sur les galères du temps de Louis XIV, serper le fer, ou, absolument serper, lever l'ancre ».
Jouter de nombreux termes méditerranéens fournis par les marins marseillais.