‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 134 sur 254 · Images tirées du monde animal · texte numérisé non relu

Images tirées du monde animal

1° Le chat, personnification de l'hypocrisie : Chattemite, et patte pelue, le premier, nom enfantin de la chatte, le deuxième désignant sa patte poilue, l'une et l'autre épithètcs appliquées par Rabelais aux moines et aux hypocrites (i).

2° Le chien, type de la méchanceté : Mastins, nom appliqué aux moines (1. III, Prol.), qui poursuivent les hérétiques comme les mâtins font la chasse aux sangliers (2).

3" Le singe, dont les grimaces rappellent les gestes des moines prêcheurs, de même que les prières machinales sont assimilées à la patcnostre de cinge([. IV, ch. xx). De là les noms de simiens, magot et matagot, appliqués aux hypocrites (3).

(i) Voy. ci-dessus, t. II, p. 25o.

(2) Ibidem.

(3) Voy. notre Hisi. nat. Rab., p. 334 à 337.

4° Les oiseaux, par rapport à leur chant (voy. ci-dessus), nom symbolique des moines appelés au début du roman (1. I, ch. 11) « mistes sansonnets », c'est-à-dire jolis étourneaux.

5'^ Le hanneton, dont le bourdonnement est comparé au chant monotone d.s moines : Burgot, nom poitevin et saintongeais du hanneton ou frelon, que Rabelais prend au sens de moines (1. III, ch. xxiii) et d'hypocrites (l. IV, Prol. anc).

6° L'escargot, par allusion au mollusque qui cache ses cornes, appliqué aux moines hypocrites (1. II, ch. xxxiv).

Le grand nombre d'expressions que nous venons de citer montrent les divers aspects sous lesquels l'hypocrisie se présente dans l'œuvre de Rabelais. A côté de termes traditionnels et qu'il a déjà trouvés chez ses prédécesseurs — tels bigot, cafard, cagot (i) — Maître François a eu recours à un groupe considérable d'appellations nouvelles qui font voir l'hypocrisie sous le rapport à la foi- physique et moral. Cette nomenclature donne de curieux aperçus sur la vie sociale au xvf siècle (2).

(i) Leur sens moderne ne remonte pas au-delà du xv^ siècle. (2) Voy. Rev. Et. Rab., t. VIII, p. 134 à i55, et Rev. du XF/e siècle t. I, p. 514 à 5i5.

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