‹ La langue de Rabelais (volume 2)Chapitre 204 sur 254 · Noms grecs · texte numérisé non relu

Noms grecs

Rabelais a tiré du grec les noms suivants : Almyrodes, tribu des Dipsodes qui refuse de se soumettre à la domination de Pantagruel (I. 11, ch. xxxii), proprement peu-

(i) Dans l'île de Chaneph, « ccste belle isle de chien », habite toute l'engeance des hypocrites, tous pauvres gens qui vivent des aumônes que les voyageurs leurs donnent.

(2) (^f. le syriaque ffuebbar, coq.

(3) En hébreu : ohabi, mon ami, mon bien aimé,

(4) Voy. notre Hist. tiat. Rab.. p. 172-173.

pie salé, apparenté aux Dipsodes : otXfxripaiâY;?, d'apparence saline, salé.

Apedeftes, c'est-à-dire ignorants (àTrxîSéuroi), «à longs doigts

et mains crochues », dans l'île desquels arrive Pantagruel avec ses gens (1. V, ch. xvi). On y décrit le grand pressoir de messieurs de la Chambre des Comptes, avec les noms des plants de grappes qu'on y pressure et la désignation des pièces qui le composent (i).

Assapliis, habitants du Jour-sans-pain, qui, pour éviter la famine, cherchent un refuge dans Visle Sonante (1. V, ch. iv) : ce sont les gens obscurs (àcra-pe:;), dont le nom répond à celui d'Amaurotes.

Aspkarage, ville située dans la bouche de Pantagruel, « belle, bien forte et en bel air » (1. 11, ch. xxxii), proprement ville du gosier (àc^pàpayo;).

Dipsodes, peuple soumis à Pantagruel, proprement les Altérés (Su^côSîç, qui ont soif). Le second livre porte le titre « Pantagruel, Roy des Dipsodes », et le xxvii® chapitre en fournit l'explication (2). Pantagruel, après avoir entièrement conquis le pays de Dipsodie (1. 111, ch. i), y fit transporter une colonie d'Utopiens.

Engijs, nom d'un ro}aume voisin (Èyy^ç) de Medamothi et dont l'infante épouse Philothéamon (1. IV, ch. 11).

Entelechie, ou roijaulme de la Quinte Essence, pays des rêveries, des abstractions et des chimères (1. V, ch. xix), « grand laboratoire des billevesées savantes, des abstractions impalpables et des chimères sans nom ; royaume du vide et du mouvement perpétuel, où la reine Entelechie, grave et sèche demoiselle, encore jeune malgré ses 1800 ans, renouvelle chaque matin son frugal repas de catégories, d'antithèses, de métempsycoses et de transcendantes prolepses » (3).

Sur le premier titre de son livre, Rabelais ajoute à son nom l'épithète d'abstracteur de quinte essence (4). Chez Aristote,

(1) Rabelais a le premier introduit ce néologisme qui, sans faire fortune, a cependant été plusieurs fois employé au xviie siècle. Voy. cidessus, t. II, p. 41.

(2) « Le Roy y est en personne, et nous le nommons Anarche, Roy des Dipsodes, qui vault aultant à dire comme gens altère^, car vous ne veistes oncques gens tant altérez ny beuvans plus voluntiers ».

(3) Lenient, La Satire au XVI' siècle, Paris, 1866, p. 85.

(4) Ailleurs (1. IV, ch. vu), quintessentiaux désigne les alchimistes c'est-à-dire les abstracteursde quintessence.

£VT£Âc'j(^£tâ désigne l'activité, l'énergie agissante et efficace, par opposition à S'jvxjjliç, la puissance pour agir, et à àvépyêix, l'énergie aboutissante mais qui peut ne point aboutir.

La différence entre entéléchie et endéléchie {h^iliyjix), continuité ou durée continue, a beaucoup préoccupé la philosophie scolastique (i).

Gelasini, contrée imaginaire ou l'on ne fait que rire (ye^^âcijj-o;, risible, ridicule) : « De là partans, feirent voile au vent de la tramontane, passans par Meden, par Uti, par Uden, par Gelasim^ par les isles des Phées, et jouxte le royaulme de Achorie » (1. Il, ch. xxiv).

Laringues et Pharingues, villes situées dans la bouche de Pantagruel, proprement villes du larynx et du pharynx ou du gosier : « A quoy me dirent que c'estoit en Laringues et Phariiigues {2), qui sont deux grosses villes telles que Rouen et Nantes, riches et bien marchandes » (1. II, ch. xxxii).

Macreons, île où les gens vivent longtemps ((7.y.xpa({i)v) : « A l'instant nous descendismes au port d'une isle laquelle on nommoit Visle des Macrœons... tout le peuple de l'isle estoient charpentiers et tous artizans... Macrœon en grec signifie vieillart^ homme qui a des ans beaucoup... » (l. IV, ch. xxv).

Mateotechnie, science vaine ou art frivole ({^-xTatoTs/veta), port du royaume d'Entéléchie : « Au troisième jour... descendismes au port de Mate.otechnie, peu distant du palais de la Quinte Essence » (1. V, ch. xix). La science vaine, c'est l'alchimie ou la recherche de la pierre philosophale.

Medamothi, contrée (3) qui n'existe nulle part ([/.Yi§ap.oOi). A la foire de Medamot/ii, Pantagruel fait de nombreuses acquisitions: des peintures singulières, des tableaux brodés à l'aiguille, des tapisseries de haute lisse, et enfin un animal nommé ta-' rande (nom scythe du renne).

{i) Le terme (ï entéléchie, au sens d' (( âme », est employé par Ronsard qui l'adresse à sa bien-aimce, tandis que le Moyen de parvenir le tourne en dérision.

(2) Noël du Fail, dans ses Propos rustiques, ch. iv et x, fait mention des localités de Pharin^ues et de Laringues, et dans une des Baliverneries (t. I, p. 179), il parle « des guerres Unies entre les Rois de Laringues et Pharingues », réminiscences de la géographie rabelaisienne.

(3) « Au quatrième jour descouvrismcs une isle, nommée Mcdamothi, belle à l'oeil et plaisante à cause du grand nombre des phares et haultes tours marbrincs desquelles tout le circuit cstoit orne, qui n'estoit moins grand que Canada » (1. IV, ch. 11).

Meden, Uti et Uden, contrées du néant (itr^Sév, outi, oùSèv, rien) qui précèdent le royaume d'Achorie (v. ci-dessus Gelasim).

Odes, île des Chemins (oSoi) qui se meuvent comme des animaux (1. V, ch. xxvi).

Tlialasse, port de mer (ôiXaff-Jx), d'où part la flotte de Pantagruel (i).

Triphes, isle des Triphes, c'est-à-dire île des Délices, de la vie molle et sensuelle (rpu^pr,), nom primitif de Visle Sonanie^ dans l'édition partielle du V livre (2).

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