Noms du xvi' siècle
Nous grouperons sous ce litre celte triple rubricjuc.
i" Noms alors nouveaux et touchant les récentes découvertes :
Canada, nom mentionne une seule fois par Rabelais qui,
parlant de la belle île de Medamothi, ajoute que son circuit « n'estoit moins grand que de Canada » (1. IV, ch. ii). On sait que cette contrée, découverte eti 1497 par le Vénitien Cabot, fut prise en possession par Jacques Cartier en 153.4, au nom de François I" et appelée Nouvelle France.
Canibales, Cannibales, nom qui figure déjà dans la grande et inestimable Chronique^ où les Canibales sont associés aux Tartarins, les uns et les autres ennemis du roi Artus. Dans le roman de Rabelais, il est question (1. 1, ch. lvi) des « Isles de Perlas et Canibales, dont les navires chargées de lingots d'or, de soye crue, de perles et pierreries », fournissaient annuellement les Thélémites. Parmi les récits que notre auteur promet, à la fin du 1" livre de Pantagruel^ figure celui-ci: « Comment Pantagruel passa les mons Caspies, comment il navigua par la mer Athlantique, etdeffit les Canibales et conquesta les isles de Perlas ».
l^a. Briefve Déclaration (1552) l'explique suivant la conception traditionnelle : « Canibales, peuples monstrueux en Afrique ayant la face comme chien et abboyant en lieu de rire ».
Ce nom est en fait une déformation de Caribes ou Caraïbes, peuple indigène de l'Amérique, habitant, lors de la découverte du Nouveau Monde, dans les Antilles (d'où Iles Caraïbes, autre nom des Petites Antilles). Comme ils étaient anthropophages (i), leur nom devint synonyme de cruel, féroce, sens fréquent dans Rabelais : «... Caphars, Chattemites, Canibales et autres monstres difformes et contrefaictz » (1. IV, ch. xxxii) ; et ailleurs : « L'isle de Ganabin... isle des forfans, des larrons, des briguans, des meurtriers et assassineurs... ilz sont pires que les Canibales » (ch. lxvi).
Ce nom dérive de l'espagnol canibal, de Canibi (variante de Carlbi ou Caraïbes), mais Rabelais en prit connaissance dans les relations italiennes, probablement dans le De Orbe Novo de Pierre Martyr.
Thevet renvoie à une origine différente, dans sa Cosmographie (t. II, p. 957) : « Les Caraïbes ou Canibales ont prins leur nom d'une rivière qui se dit Caribane ».
Engroneland, ou Groenland, vaste région arctique de l'Amérique du Nord. Ce nom, qui remonte à la première moitié du xvi' siècle, figure sous sa forme moderne sur la carte des frères
(i) Cf. Grande Chronicque (passage ajouté en 1534: éd. Brunet, p. 35) : « Mioland avoit esté mangé et tue par les Tartarins et Canibales, lesquels avoyent tout gasté le pays »).
leni, carte publiée en 1558, et dès 1518, sous la forme Engromelante, dans la Cosmographie d'Enciso, traduite par Alphonse le Saintongeois. Rabelais désigne par ce terme aussi bien le pays que ses habitants (i).
Ajoutons que le nom de Cat/iay, ou Chine septentrionale, était considéré, jusqu'au xvi' siècle, comme la fin du monde. Rabelais l'appelle encore Inde supérieure, et place à son nord le roj'aume d'Utopie, région de la Dive Bouteille, dernier but du « naviguaige » de Pantagruel.