I. — Bretagne
Rabelais connaissait la Bretagne, tout particulièrement son littoral, dont les ports jouent un rôle dans les navigations de Pantagruel. De son commerce avec les marins bretons il a tiré une partie de sa nomenclature nautique, et de ses rapports avec les pêcheurs bretons, une portion notable de son ichtyologie.
Ce sont là les deux contributions essentielles que cette région a fournies à Rabelais et que nous avons déjà exposées avec tous les détails qu'elles comportent.
Cotgrave note en outre, comme breton, diole^ qui n'est que l'ancien français diaule, diable, et dérive des Mystères : le « diable de Lamballe », mentionné au V livre (ch. xvi), fait allusion à la Passion jouée dans cette ville de Bretagne, et Panurge s'en est souvenu (1. 111, ch. ix) : « ... le grand Diole en attendroit l'ame... ».
On pourrait ajouter triliory, la danse bretonne par excellence, dont le nom se lit à la fois chez Des Périers et du Fail.
C'est dans un port breton que notre auteur a dû entendre le terme culinaire Quilvardon, qui a tant embarrassé les commentateurs. Et, comme pour en augmenter l'obscurité, Rabelais l'a inséré dans un coq-à-l'âne (1. 11, ch. xii). C'est le bas-breton kiléoardon (i), porc frais et non salé (2).
(i) Voy. Ernault, Revue celtique, t. XXVII (1906), p. 234, et V. Henry, Lexique, p. 67 : « Le premier terme doit être kik, soit donc « viande de Leewarden », sobriquet qui peut se rattacher à quelque particularité d'approvisionnement des Bretons pécheurs dans la mer du Nord ».
(2) Alors que F-e Duchat identifie au petit bonheur guilvardon avec