II. — Normandie
La Briefoe Déclaration note certains termes nautiques, par exemple agwjon, zéphyr, comme usuel « entre les Bretons et Normans mariniers ».
C'est là un terme indigène : aguillon, c'est-à-dire aiguillon (de vent), primitivement orage violent, ensuite vent doux, atténuation de sens exactement parallèle au synonyme ultérieur brise, également d'origine océanique. C'est de la Normandie que provient aussi cet autre terme nautique encore vivace, grain, tempête (1. IV, ch. xviii), proprement grain de vent, métaphore nautique analogue à la précédente.
Plusieurs noms de poissons salés, de consommation anglaise, reviennent en propre aux pêcheurs normands, la Normandie ayant été l'intermédiaire entre l'Angleterre et la France.
Ajoutons-y quelques termes foncièrement normands :
Houssepailleur et houssepaillier , valet. Terme normand qu'on lit vers la même époque dans Palsgrave (i), Mathurin Cordier(2) et Rabelais (deux passages). Il est attesté dès 1481 (3) et survit dans le patois Boulonnais avec le sens d' « individu malpropre, qui a les habits en désordre » (Haignéré).
Laise, largeur (1. II, ch. xii) : « six arpens de pré à la grande laiseï). Du norm. laise, même sens (se dit aussi en Poitou, Poey d'Avant). Cf. Dictionnaire de Tréooux, l'jqi, v° laise: al tvmt des man^factures de toiles, particulièrement en usage dans celles de Normandie. Il signifie la largeur d'une toile faite dans les
galvardine (identification admise par de l'AuInaye et Jannet-Moland), Cotgrave semble avoir entrevu le sens culinaire : « Guilverdons (sic). Great gobbets of liquid méats, as of oysters, etc. ».
(i) Esclaircissement, éd. Génin, p. 282 : « Horsekeper or ladde ofthe stable, Houspailler ».
(2) Voy. ci-dessus, p. i5i.
(3) Cf. Du Gange, année 1481 : « Aucuns mauvais garçons, pillars et housfailliers ».
l56 ÉLÉMENTS LINGUISTIQUES
rots d'une aune, en sorte qu'elle se trouve de trois quarts et demi un sixième de large. Le terme est resté dans la langue générale avec ce sens technique ».
Miquelot, forme normande de michelot, pèlerin à saint Michel (1. 1, ch. xxxviii). Cf. Henri Estienne, Apologie, ch. xxxviii : « ... Saint Michel, Saint Jacques... prestans leurs noms à leurs pèlerins, les ont faicts appeler Michelots (i), Jacquets... ».
Vastibousier, rustre (1. II, ch. ii), mot qui ne figure que dans l'édition parisienne de Marnef. Ce terme de terroir signifie proprement gâte-bouse, sobriquet du paysan lourdaud et malpropre.
Cotgrave attribue en outre à cette province les vocables : aver^ lan (qui est plutôt angevin), greigneur (un pur archaïsme), magnigoule (qui accuse une origine méridionale), et finalement saquebutte, sorte de trombone, primitivement lance à crochet servant à désarçonner, sens anciennement attesté. Le terme ne désigne aujourd'hui en Normandie qu'un jouet d'enfant (2).
(i) Cette forme francisée se lit également dans Rabelais.
(2) Ménage le décrit ainsi (v" clifoire) : « Saquebute. On appelle ainsi en Anjou et à Bourges ce que l'on appelle à Paris une calonnière et en Normandie une saquebute, qui est ce petit canon de sureau avec lequel les petits enfants et les badins jettent de l'eau aux nés des passans... Les Manceaux l'appellent cannepetoire »'.