III. — Chansons bachiques
On sait quel rôle la beuverie joue dans le roman de Rabelais. Les « Propos des bienyvres », dans Gargantua^ offrent un
(i) Cité par H. Clouzot, dans Rev. Et. Rab., t. IV, p. 1S8. (2) Voy. Œuvres de Rabelais, éd. Lefranc, t. I, p. 345.
tableau d'un parfait réalisme. Frère Jean est le type du biberon toujours altéré, pour lequel (comme pour les Gascons) vivere devient bibere. Le vocabulaire rabelaisien de la beuverie est le plus copieux qu'on connaisse. Tous les poètes bachiques ultérieurs (et en premier lieu Jean le Houx) y ont puisé à pleines mains.
Il est surprenant dès lors qu'on ne rencontre dans notre roman aucune chanson bachique, sauf peut-être les quatre vers cités parEpistémon dans sa descente aux enfers (1. 11, ch. xxx) :
Je veiz Epictete vestu gualentement à la françoyse, soubz une belle ramée avecques force Damoizelles se rigolant, beuvant, dansant, faisant en tous cas grande chère, et auprès de luy force escuz au soleil. Au dessus de la treille estoient pour sa devise ces vers escriptz :
Saulter, dancer, faire les tours, Et boyre vin blanc et vermeil :
Et ne faire rien tous les jours Que compter escuz au soleil.
Lors quand me veit, il me invita à boire avecques luy courtoisement, ce que je fciz voluntiers, et chopinasnies theologalement.
On ignore d'ailleurs la source de cette chanson. En revanche, des vers bachiques isolés s'y rencontrent çà et là. Tels, dans les « Propos des bienyvres » :
Hume, Guillot, Encores y en a il un pot.
Ou encore ce refrain dans la bouche de Frère Jean (1. I, ch. xl): « Ha ! ha ! (dist le moyne) serois je en dangier de noyer, veu que suis en l'eau jusques au nez .^ Non, non. Quare} Quia.
Elle en sort bien,
Mais poinct n'y entre,
Car il est bien antidote de pampre.
Une recherche spéciale pourrait mettre au jour plus d'un fragment de ce genre.