‹ La langue de RabelaisChapitre 121 sur 218 · V. — Chansons grivoises · texte numérisé non relu

V. — Chansons grivoises

Les chansons libres abondent au xv' siècle. Le Jardin de plaisance et autres recueils de l'époque en renferment un grand nombre (3). Chez Rabelais naturellement elles ne manquent pas.

Dans le ch. xiii de Gurgantua, « Comment Grandgousier congneut l'esprit merveilleux de Gargantua », figure un rondeau scatologique, qui n'est probablement pas de l'invention de l'auteur.

Ailleurs on lit (1. II, ch. i): « Les aultres enfloyent..., vous sçavez le reste de la chanson ». Cette chanson joyeuse, à propos de la grandeur démesurée du membre viril, se trouve effectivement dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale du xv' siècle (4).

Parmi les titres imaginaires ou ridicules de la Bibliothèque de Saint-Victor, il en est un intitulé « Le Chiabrena des pucel-

(i) Thomas Sebilet, Art poétique Françoys, 1548, éd. F. Gaiffe, Paris, 1910, p. i6g.

(2) Voy. ci-dessus, p. 204.

(3) Voy, le Parnasse satyrique du XV^ siècle, Anthologie de pièces libres publiées par Marcel Schwob (XI« vol. des V.pi>r.-Mtcf., Recueil de documents pour servir à l'étude des traditions populaires), Paris, igo5.

(4) Cf. Rev. Et. Rab., t. II, p. 140 (note de Marcel Schwob).

les », OÙ Panurge puise ces vers pour prouver que la braguette « est première pièce de harnois entre gens de guerre » (l. III, ch. viii) :

Celle qui veid son mary tout armé, Fors la braguette, aller à rescarmouche, Luy dist : Amy, de paour qu'on ne vous touche, Armez cela, qui est le plus aymé.

Le sens initial de chiahrena résulte d'une pièce en vers de 1534, V Alphabet du temps présent (attribué à Marot) :

Quand le maistre dit : A. A. A.

Le disciple se prent à rire Des oysons qui crient K. K. :

Car c'est le parler, pour vous dire, De chiabrena.. . (i)

Les chansons scabreuses, comme on pourrait s'y attendre, reviennent souvent dans le roman rabelaisien. Telles : le huitain de la bonne Dame de xMerville (1. III, ch. viii) et le dixain sur Jean de Quinquenays et sa (emme Quelot (1. IV, ch. xliv). Dans le Prologue de l'Auteur du Quart livre, Rabelais fait chanter, en chœur et en parties, par les plus illustres musiciens du temps, un dixain et un quatrain, équivoquant sur le sens de « coignée ».

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