‹ La langue de RabelaisChapitre 122 sur 218 · VI. — Chansons des rues · texte numérisé non relu

VI. — Chansons des rues

Pendant quatre siècles, du xiii" au xvi% les Cris de Paris constituent un des documents les plus vivants du passé. Depuis le recueil de Guillaume de Villeneuve (xin" siècle) jusqu'à celui de Clément Jannequin (1550), on peut suivre le développement de ce genre éminemment populaire et parisien {2).

Rabelais y fait souvent allusion :

Xercès crioit la moustarde... Scipion Africain crioit la lye en un sabot... Le pape Jules [estoit] crieur de petits pastez (1. H, ch. xxx).

Je le veulx mettre [le roy Anarche] à mestier et le faire crieur de saulce verte. Or commence à crier : vous fault il poinct de saulce verte ? Et le pauvre diable cryoit (1. Il, ch, xxxi).

Ce sont là les échos mêmes des C/'is de Paris de l'époque :

(i) Marot, Œuvres, cd. Guiflrey, t. II, p. 5oo.

(2) Alfred IVanklin a réuni les Cris de Paris des diverses époques dans le premier volume de sa Vie privée d'autrefois^ intitulé L'Annonce et la Réclame, Paris, 1887.

Puis ung tas de frians museaulx Parmy Paris crier orrez, Le jour : Paste{ chaux! Paste^ chaux ! Dont bien souvent n'en mangerez.

{Les cris de Paris que l'on crie parmy Paris, dans Corrozet(i), après iSSa) Puis assez criez sans qu'il tarde, Parmi Paris, en plusieurs lieux, Pour chose certaine : Moustarde!

Qui a maint faict pleurer les yeulx,

(Idem) Après par sens ou par folie, A Paris l'on crye très hault, Jeunes ou vieux: Lye! lye!

Auxquels elle proufite et vault.

(Idem) Vous faut il point de saulce verte?

C'est pour manger carpe et limande.

Celui qui en veut, en demande.

Tandis que mon pot est ouvert.

(Les cent et sept cris que l'on crie journellement à Paris, par Ant. Truquet, i545).

Aujourd'hui, on ne crie plus clans les rues que des objets de très mince valeur et de nécessité journalière. Les petites industries ont seules encore recours à ce moyen de publicité jadis pratiqué sur une très grande échelle (2).

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