‹ La langue de RabelaisChapitre 149 sur 218 · Forme · texte numérisé non relu

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La très grande majorité des proverbes de Rabelais sont en pDse; il en cite un petit nombre en vers :

— Aussi n'est ce la santé totale de nostre humanité boyre à las, à tas, à tas, comme canes; mais ouy bien de boire matin. Unde versus (1. 1, ch. xxi):

Lever matin n'est poinct bon heur,

Boire matin est le meilleur.

Proverbe commun ainsi cité par Nucérin (i 5 19) :

Lever matin n'est pas heur:

Mais desjeuner est le plus seur. ..

et allégué, sous cette forme, par la Comédie des Prooerbes (acte I, se. iv).

— Plus proprement disent les médecins l'heure canonicque estre:

Lever à cinq, disner à neuf,

Souper à cinq, coucher à neuf (1. I, ch. lxiv).

Proverbe commun qu'on lit dans Mielot (n°' 64 et 90): « Coucher à cinq, lever à six... Disner à cinq, lever à six ».

Gruter a recueilli cette variante :

Lever à six, manger à dix; Souper à six, coucher à dix Font vivre l'homme dix fois dix (i).

— L'on dict bien qu'à grand peine (1. Il, ch. xxi) :

Vit on jamais femme belle Qui aussi ne fut rebelle ?

— La Penthecouste (2)

Ne vient fois qu'elle ne me couste (1. I, ch, xi),

— Il faut, respondit Perrin, faire autrement, Dendin, mon filz. Or,

Quand Opportet vient en place.

Il convient qu'ainsi se face (1. III, ch. xli).

Proverbe commun déjà cité sous cette forme au xv' siècle

(éd. Langlois, n° 568) :

Quand Opportet vient en place,

11 esconvient qu'on le face, alors que Nucérin (15 19) substitue à ce dernier vers :

Il n'est rien qui ne se face.

— C'est, dist Panurge, ce que l'on dict en proverbe commun (1. IV, ch. Lxv) :

Le mal temps passe, et retourne le bon, Pendant qu'on trinque autour de gras jambon.

— Comment (demanda Frère Jean) dict on doncques :

Depuys que Decretz eurent aies (3), Et gensdarmes portèrent maies,

(i) Leroux de Lincy, t. II, p. 171.

(2) A la Pentecôte, les fruits sont encore rares et chers ; de là le proverbe (suivant Meurier. p. 5o) :

C'est (dit on) à la Penthecouste

Que qui trop mange, cher luy couste.

(3) Ailes. Forme archaïque encore usuelle dans les patois. Ici, par jeu de mots, Décret^. ..aies, pour Décrétales.

Moines allèrent à cheval, En ce monde abonde tout mal (i).

Je vous entens, dict Homenaz, Ce sont peiitz quolibeîz des hereticques nouveaulx (1. IV', ch. lu).

Ce dicton courant clans la seconde moitié du xvi' siècle a été cité par plusieurs écrivains de l'époque (2).

La forme allitérante est rare: « Beuveurs infatigables..., /e vous demande en demandant, comme le Roy à son sergent et la Royne à son enfant » (1. V, Prol.), ce dernier répondant au proverbe commun :

Je vous demande en demandant.

Comme le roy à son sergent (3).

Bouffonnerie analogue a celle qu'on lit déjà dans Froissart (Littré, t?° proverbe): « On dit en un commun proverbe... que oncques en vie ne mourut ». Cette plaisanterie rappelle le truisme rabelaisien: « S'il vit, il aura de l'aage » (l. Il, ch. 11) ou celui-ci: « Et mourut l'an et jour qu'il trespassa » (1. II, ch. m), que Rabelais a tiré de l'épitaphe du Franc -archer de Bagnolet.

Les proverbes sont généralement en prose. Ceux en vers sont en petit nombre. La forme rimée que leur ont imposée plusieurs écrivains (Gringore, Grosnet, Meurier, Henri Estienne, Baïf) en a souvent faussé le fond.

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