Poissons et Batraciens
Anguille. — Vous semblez les anguilles de Melun : vous crie\ davant qu'on vous escorche (1. I, ch. xlvii). — Ne crioient les dictes anguilles avant que d'estre escorchées, comme font celles de Melun (1. V, ch. xxii).
C'est-à-dire se plaindre avant d'avoir souffert le dommage, proverbe sur lequel on a donné les interprétations les plus fantaisistes. Les marchandes d'anguilles, prétend-on, auraient eu comme cri de leur poisson frais : « Anguille de Melun, avant qu'on ne l'escorche ! » (2)
Erreur. Aucun des nombreux Cris de Paris que nous connaissons n'en fait mention. Les anguilles ne crient pas, pas plus celles de Melun (3) que les autres (4). C'est une simple plaisanterie (5) analogue à celle-ci: « ... dormoit les œilz ouverts, comme font les lièvres de Champaigne » (1. IV, ch. xxxii).
Poissons. — De tous poissons, fors que la tanche, prenez l'aele de la perdrix ou la cuisse d'une nonnain (1. I, ch. xxxix).
Proverbe gastronomique, d'origine picarde, parodié par Rabelais :
Erasme, dans ses Adages, fol. 144 : « Quid si cœlum ruât ? Ironia proverbialis, in eos qui tutissimis etiam in rébus ridicule timent ».
(1) Prendre au ciel la grue, pour faire une chose difficile, se lit déjà dans le Roman de la Rose (voy. Godefroy).
(2) Ed. Fournier, Le Théâtre français au XF/« et au XVII^ siècles, Paris, 1871, p. 198 note. Cf. Rev. Et. Rab.,t. III, p. 235.
(3) Cf. Comédie des Proverbes (acte I, se. n) : « Tu ressembles l'anguille de Melun, tu cries devant qu'on t'escorche ».
(4) Ledieu (Démuin, 1892, t. III, p. 212) cite cette variante : « Il ressemble aux anguilles de Cayeux (ou de Démuin), il crie avant qu'on l'écorche ».
(5) Voy. ci-dessuSj p. 35o.
De tout poisson, fors que la tanche,
Pren le dos, laissez la panche.
Cité sous cette forme par Henri Estienne {Précellence, p. 182) qui ajoute : « Les Picards prononcent panche, les autres François/)a/ice, par ce moyen la rime se perdant, en la fin sans plus prendre garde à elle, on dict : et laisse le ventre (i).