‹ La langue de RabelaisChapitre 166 sur 218 · A. — PROVERBES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

A. — PROVERBES GÉNÉRAUX

Armurier. — Gargantua vouloyt que maille à maille on fei'st les haubergeons (1. I, ch. xi). — Maille à maille estfaict le aubergeon (1. m, ch, XLii).

Charles Bovelles rend ainsi ce prover'e (1531), fol. 27 r° : « Maille à maille faict on l'haulbergeon, Laminatim lorica fit ». Cf. Comédie des Proverbes (acte I, se. iv): « Petit à petit l'oiseau fait son nid, maille à maille fait-on l'haubergeon ».

Boulanger. — Gar^^antua en eut un aultre [précepteur]... qui luy leut Hugutiû... Et quelques autres de semolable farine, à la lecture desquelz il devint aussi saige quoncques puys ne fourneasmes nous (1. I, ch. xiv). — Par la response qu'il nous dimne, je suys aussi saige que oncques puys ne fourneasmes nous (1. 111, ch. xxii).

C'est-à-dire que jamais depuis nous n'enfournâmes (de meilleurs pains). Il s'a,-;it ici d'une double comparaison juxtaposée : devenir aussi sage que jamais, et jamais depuis nous n'avons enfourné de meilleurs p:iins.

Cette locution proverbiale se lit également dans la « Farce de tout ménage », où le fou parle ainsi {Ane. Théâtre, 1. 11, p. 412): Ce fut autant de temps perdu. Mais maintenant suis entendu

IgS FAITS TRADITIONNELS

En médecine, et d'advantaige ;

A ceste heure suis aussi saige

Qu' oncques puis ne Journiasmes nous.

— Qui au soir ne laisse levain, ja ne fera au matin lever paste. (1. m, ch. m).

— Et pour ce que selon... le proverbe commun, A l'infourner faict on les pains cornu:{ (l. IV, ch. ni).

Dicton ancien donné par les P/'ooerbes ruraux (n^ 220) : « A l'enforner fait on les pains cornez », et par les Proverbes communs (éd. Langlois, n'^ 20) : « A l'enfourner fait on les pains cornus » (i),

Nicod en donne cette explication : « Ceste similitude est prise des fourniers, lesquels se gardent tant qu'ils peuvent, mettans le pain dans le four pour cuire, de heurter à chose qui puisse difïormer leur pain estant encore tendre: car, quand il est cuict et endurcydu feu, il ne se peut redresser. Ainsi est il de quelque faute faite dès le commencement d'une affaire, laquelle ne se peut pas après rabiller ».

Drapier — Au bout de l'aulne fault le drap (1. H, ch. xxxiii).

C'est-à-dire à la fin on voit ce qu'il manque ou la mesure est toute Juste.

Fondeur. — Les moines de Seuillé tous estonnés comme fondeurs de cloches (1. I, ch. xxvii ). — ... dont il feut plus esionné qu'un fondeur de cloches (1. II, ch. xxix).

Une fonte manquée peut obliger un fondeur de cloches à refaire sa coulée et la longueur de l'opération peut même le ruiner à plat ; mais on ne s'aperçoit du dommage qu'en brisant le moule. De là la stupeur du fon leur devant l'insuccès.

Nous lisons ce proverbe chez plusieurs écrivains de l'époque (2).

— Il fut declairé hereticque. Nous les faisons comme de cire (1. 1, ch. xix).

(i) Calvin le cite dans un de ses Serinons (t. xxxii, p. i55) : « Quand nous aurons ainsi commencé, poursuyvons : car, comme on dit en proverbe A ienfourncr on fait les pains cornus : et quand les hommes se sont desbauchcz une fois, ils ne savent plus tenir nulle mesure ».

(2) Dans Henri Estienne (Apologie, t. II, p. 14): • Demeura plus estonné qu'un fondeur de cloches ».

Chez du Fail, Discours dWùilrapcl (ch. xiv) : « La meilleure part s'entreregardans par pitié, frotans leur nez, et plus eslonne:j, comme dit le Bas Breton, que fondeurs de cloches, jugoient qu'il s'estoit fait invisible ».

Dans la Comédie des Proverbes (acte I, se. iv) : « Nos gens sont otonnej comme fondeurs de cloclies de nous voir à ceste heure ».

PROFESSIONS ET MÉTIERS SçQ

C'est-à-dire aussi facilement que si c'était cire molle, dont le sculpteur se sert pour ses maquettes. On lit cette expression dans la « Farce de Pathelin » :

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