‹ La langue de RabelaisChapitre 26 sur 218 · MEDECINE · texte numérisé non relu

MEDECINE

cle, par analogie des lésions pustuleuses de la syphilis avec celles de la variole. Son synonyme est napleux, c'est-*-dire affecté du mal de Naples, mal qui remonterait au siège de Naples de 1528.

Une autre appellation vulgaire, gorre ou grand' r/orre, se trouve attestée vers la même époque que mal de Naples (juin 1496) • « les malades de la maladie qu'on dit gorre », et dans l'ordonnance de Jacques IV (22 sept. 1.197) '• ^^ ^^ maladie qu'on dit grand gorre ».

Appellation curieuse : gorre désigne proprement la pompe, le luxe, et grand' gorre, le faste; c'est un mal de débauché, une maladie de gentilhomme : « La grosse verolle, la galle de Naples, la gaillardise, la mignonnise, la pomperie ». lit-on dans le Triumphe de la Dame Verolle de 1539 (p. 85). L'auteur du premier traité sur la matière en donne explicitement la raison : « Il nous a pieu ce présent traicté estre intitulé De la gorre, à cause que les mignons et gorriers, suivants les délices de la Dame Venus, comme vrays supposts d'icelle, l'obtiennent facilement pour leur rémunération » (i).

La Médecine, comme l'Histoire naturelle, garde Jusqu'à la fin du xvi' siècle son caractère foncièrement traditionnel. On suit religieusement la doctrine des Anciens, présentée cette fois dans des textes authentiques, auxquels on attache une foi aveugle. Les meilleurs esprits se contentent d'être simplement l'écho de la tradition antique. Tout au plus, en rapprochant les opinions contradictoires, le savant se permet-il de les discuter. L'érudition et la dialectique sont alors les procédés fondamentaux de la méthode scientifique.

En présence de cette influence tyrannique et obsédante des Anciens, Rabelais affirme l'indépendance de la pensée et l'inépuisable fécondité du génie scientifique. Il faut arriver jusqu'à Palissy pour voir nettement posé ce droit à la libre recherche.

{i) De Morbo gallico, trad. par Nicolas Godin, Paris, i33o, fol. i3i.

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