II. — Nomenclature italienne
Le vocabulaire traditionnel des maîtres maçons subit, dans la seconde moitié du xvi^ siècle, une véritable révolution sous l'impulsion de l'art nouveau apporté en France par les écrits et le langage des architectes italiens, en premier lieu par Alberti et Serlio, les révélateurs de Vitruve.
Sébastien Serlio, appelé par François I", arriva à Fontainebleau en 1541 et son influence devint prépondérante. Voici en quels termes enthousiastes Philibert de l'Orme caractérise l'action féconde de cet illustre architecte: « C'est luy [Serlio] qui a
tri ? C'est, si je ne me trompe, ce qu'en conservant quelque idée de l'ancien mot, on appelle aujourd'hui pourtour a. Cette explication ne soutient pas l'examen, comme d'ailleurs celle fournie par Marty-Laveaux (t. IV, p. 343), qui voit, dans le potrye du Manuscrit, tout bonnement poterie, « soit à cause de sa forme, soit que dans les constructions ordinaires elle était en terre cuite ».
donné le premier aux François, par ses livres et desseings, la cognoissance des édifices antiques et de plusieurs fort belles inventions (i) ».
Serlio exerça une réelle influence, aussi bien par son traité du De Arcintectura (Venise, 1537), dont la traduction par Jean Martin parut en 1545, que par ses modes nouveaux de construire. Cette double action fut continuée par le premier architecte français Philibert de l'Orme (15 15-1570).
Par ses ouvrages, comme par ses bâtisses, Philibert de l'Orme apprit à ses contemporains le sens de la mesure, la symétrie classique, beau mot qu'on lit pour la première lois dans le Champ fleurij (1529) de Tory et dans la description de Thélème de Rabelais (1533), terme qui vient directement de Vitruve et de Colonna (2).
Ce qui caractérise, en effet, l'époque gothique, dans les édifices civils, c'est l'irrégularité du plan, le manque de proportions, la fantaisie des adjonctions successives. Les vieux manoirs féodaux furent alors remplacés par des édifices clairs, aérés, bien ordonnés. L'architecture devint classique, symétrique, harmonieuse. Tout le monde voulut en jouir.
Un moraliste de l'époque, jadis insigne capitaine, De la Noue, en parlant des folles dépenses de ses contemporains pour se bâtir des palais, remarque : « Je pense qu'il n'y a gueres plus de soixante ans que l'architecture a esté rétablie en France, et auparavant on se logeait assez grossièrement (3) ».
Cette transformation complète dans l'art de la construction amena avec elle une véritable révolution dans la terminolo^^ie. Le y livre est comme l'écho de ces acquisitions récentes, dont nous allons suivre les traces successives.
Ce livre posthume, on le sait, accuse une influence prépondérante du dominicain Francesco Colonna, auteur de Vlhjpnerotoinac/iie ou Songe de Poliphile (Venise, 1499), roman à la fois erotique, mystique et artistique (4). Rabelais en fait mention
(i) Le premier tome d'Architecture, Paris, i567, fol. 202 v".
(2) Ce vocable se lit dans deux autres endroits : « ... d'iceulx fauldroit basiir les murailles, en les arrangeant par bonne symmetrie d'architecture » (1. II, ch. XV) et « l'ouvrage de celle chapelle ronde cstoit en celle symmetrie compassé que le diamètre du project cstoit à la hauteur de la vouste » (1. V, ch. xi.in).
(3) Discours politiques et militaires, Paris, iSS/, p. 197. (i) Voy. Appendice A: Francesco Colonna.
dans son Gargantua (ch. ix), à propos des hiéroglyphes égyptiens. Alais il l'utilise à peu près exclusivement sous le rapport architectural, en lui empruntant principalement les descriptions du temple de la Dive Bouteille.