I. — Orcanisation
En 1523, François 1", pour renforcer son infanterie de mercenaires étrangers, puisa dans les milices des communes, auxquelles il donna le nom de légion, réminiscence de l'Antiquité en pleine Renaissance. Ces légions, au nombre de sept, comptaient chacune 6000 hommes.
Vers la fin du règne, l'infanterie se divisait en compagnies appelées bandes ou enseignes, chacune ayant pour chef un capitaine, trois caporaux ou caps d'escouade et dix lancepessades.
Ces noms de chefs, comme guidon, synonyme d'enseigne, étaient d'origine récente et importés d'Italie. Rabelais en fait mention. Panurge appelle Xenomanes « mon caporal » (1. IV, ch. Lxiv) et ailleurs on lit (1. V, ch. xl) : « Les Satyres, Capitaines, Sergens de bandes. Caps d'escadre, Corporals », à côté de (1. I, ch. xxvii): « ... les porte guydons et enseignes avaient mis leurs guidons et enseignes l'orée des murs ».
Cette nomenclature nouvelle mérite quelques éclaircissements.
Capitaine, reflet italien, à côté de chevetaine de l'ancienne langue. La forme queitaine, que cite d'Aubigné, est, à son tour, un reflet provincial (i).
Caps desquadre, synonyme de caporal, de l'ital. squadra, esquadre, escouadre et escadron (Oudin).
Caporal (1. IV, ch. lxiv), de l'ital. caporale, à côté de corporal (1. V, ch. xl), que Henri Estienne (2) prétend indigène, alors que le mot n'est qu'une forme corrompue (3).
(i) Henri Estienne mentionne une troisième variante {Dialof^ucs, t. I, p. 3go) : « Ce nom de Capitaine a esté accoustré en trois façons diverses. Les uns en ont faict Kaytaine : les autres, Keytaine : les autres Kepitaines : faillans moins que les seconds, et autant que les premiers ».
(2) Cf. Dialogues, t. I, p. 290 : « Nous avons bien Corporal qui tenoit encore bon : et avoit opinion qu'il ne seroit point chassé... mais un je ne sçay quel Caporal vint... et peu de temps après la place de ce Corporal, qui estoit natif du pays, fut baillé à cest estranger Caporal «. Cette forme corporal, envisagé comnie chef d'un corps de garde, se lit dans Monluc et Brantôme, et subsiste dans certains patois du Centre.
(3) On lit dans la « Chanson contre la milice bourgeoise » de iSSz
8o CONTACT AVEC L'ITALIE
Coronel, colonel (1. IV, ch. xxxvii), forme dissimilée (comme en espagnol) de colonel qu'on lit chez Des Periers (nouv. xin). Brantôme relève à la fois la date récente du nom et son origine (i).
Lancepessade (2), cavalier démonté que l'on mettait dans l'infanterie pour y remplir les fonctions de caporal (1. IV, ch. xxi), de l'ital. lansa spc:^;îata, lance rompue. Suivant le Père Daniel (t. II, p. 71), c'était dans l'origine un chcvau-léger qui, à la suite d'un combat honorable, ayant sa lance rompue ou ayant perdu son cheval, passait dans l'infanterie.