IV. — Résidu lexicologique
Un certain nombre de vocables restent en dehors de nos catégories. Passons sur ceux qui sont antérieurs à Rabelais (2) pour arr river aux italianismes isolés, dont le premier emploi revient à notre auteur :
Angarie, corvée, de l'ital. augaria (1. lll, ch. i), à côté d'a/zgarier (de l'ital. angariare) , surcharger : « les peuples pillant, forçant, angariant, ruinant... » (1. 11, ch. 1).
(i) Ce doublet est confirmé par les idiomes balkaniques, où le turc kyrmy:iy est devenu en bulgare karma^in et hrimi^en ; en roumain, cârmâpu et liirmipu ou irmi^iu, cette dernière forme particulières aux chansons populaires. Voy. notre ouvrage V Influence orientale sur la langue et la civilisation roumaines, Bucarest, 1900, t. II, p. 91.
(2) Ce sont les suivants:
Banquet et banqueter, les deux fréquents dans les Cent Nouvelles nouvelles ; mais festin (1 I, ch. li) est dès l'abord dans Rabelais.
Bocon, avec le sens italien de « morceau empoisonné », se lit déjà dans Martial d'Auvergne, mais la forme francisée boucon (avec le qualificatif de « Lombard ») est pour la première fois attestée chez notre auteur. De même, Brantôme à propos de la mort de Charles 111 (Œuvres, t. I, p. 326): « Aucuns disoient qu'il avoit eu le boucon italiano. d'autant qu'il menaçoii fort encores l'Italie... » ,
Parangon est dans Jean Le Maire et Rabelais ; poltron et poltroniser, dans Marot et Rabelais.
Taquin est attesté dès le xv siècle, avec le sens d' « avare »> qu'il a conservé jusqu'au xvii" (voy. Furelièrc) : en italien, taccagno, chiche, vilain, d'où aussi le gascon taquain, cité dans Rabelais (1. III, ch. xm), à côté du français tacquin (1, II, ch. x\x).