I. — Instruments
De ces noms d'instruments, plusieurs remontent au passé : espineiie, ha/'pe, viole; d'autres, comme lulh ou lue (anciennement, leiU)^ ont subi l'influence italienne (ital. liuto). Cet instrument jouissait alors d'une grande faveur. Dans la seconde moitic du xvi' siècle, il céda la place au violon (de l'ital. violone), mentionné tout d'abord chez Rabelais dans deux passages signi-
(i) Voy. le chapitre correspondant dans V Histoire de France de Henri i.cmonnier.
Henry Expert, Les Maîtres nitisiciens de la Renaissance française (Paris, 1S93 et suiv.), véritable corpus de l'art musical franco-flamand des xvo et xvi« siècles. En dernier lieu, Jules Combarieu, Histoire de la Musique, Paris, i(ji3, t. 1, p. 45i à ('61 : la Renaissance.
ficatifs, le premier dans la bouche de Panurge, le deuxième dans celle de Dindenault, marchand de moutons :
Plus me plaist le son de la rusticque cornemuse, que les fredonnements des lucz, rebecz, et violons auliques (1. III, ch. xli).
Des boyaulx, on fera chordes de violons et harpes, lesquelles tant chèrement on vendra, comme si feussent chordes de Munican ou Aquileie [c'est-à-dire de Monaco ou d'Aquilée] (1. IV, ch. xi).
Le rebec qu'on lit dans le premier de ces textes, associé dans les concerts de cour au luth et au violon, est anciennement attesté sous la forme rehebe (xn' siècle); mais celle de rebec du xv'-xvi* siècle semble avoir subi l'influence de l'italien jHbeca, variante parallèle à ribeba.
hd. Jîute d'Allemand ou flûte traversière {\di Jlstula obliqua de Guillaume Bouchet, t. V, p. 36), dont l'usage était venu d'Allemagne, Jouissait d'une grande vogue au xvi' siècle, comme en témoigne Vincent Carloix (i).
La saqueboute ou trombone désignait dans l'ancienne langue une sorte de lance à harpon, et n'est attesté, comme instrument de musique, que dans un document de 1508 (Godefroy): «Deux trompetes, ung cleron et une saquebutte ». Cet instrument se jouait accompagné de cornets ou de haut-bois.
Le cornet et le haut-bois appartiennent à la Renaissance (2).
Les autres noms d'instruments dont Rabelais fait mention remontent pour la plupart au passé : la guiterne ou guitare (1. IV, ch. xxxi), et le monochordion (1. IV, ch. lxiii), à côté de la doucine, espèce de vielle en usage du xiv' au xvii' siècle.
Les nobles se servaient de la musette (dont il est question dans la Sciomachie), alors que les rustiques usaient du chalumeau — appelé /)i6o/e en Poitou (1. IV, ch. xxxvi) — - et de la guogue ou vessie enflée (ibidem).
Deux instruments portent des noms italiens : le pifre, fifre (1. IV, ch. xxxvi : « ]oyeulx/)î/7'es et tabours »), de l'ital. pi£ero^
(i) Mémoires, t. III, p, 187 : « Il y avoit une espinette, un joueur de luth, dessus des violes, et une fleuste traverse, que l'on appelle à grand XoxX Jleuste d' Allemand : car les François s'en aydent mieulx et plus musicalement que toute aultre nation, et jamais en Allemaigne n'en fust joué à quatre parties, comme il se faict ordinairement en France ».
(2) « Sonnèrent en autre et plus joyeuse harmonie les compagnies des musiciens, lesquelz on avoit posé en divers e^chaflautz sus la place, comme haulboys, cornet^, sacqueboutes, fliites d'AUemans, doucines, musettes et autres, pour esjouir les spectateurs » {Sciomachie).
et les regualles (1. IV, ch. xxxi : « jeu de regualles »), de l'ital. regale, dont le premier texte est ce passage du testament de 1537 de Jean Verdot, archidiacre de la cathédrale de Troyes (cité dans Havard) : « Unes regalles qui est ung instrument de fleustes, en façon d'orgues, prisée dix livres tournois ».