‹ La langue de RabelaisChapitre 93 sur 218 · II. — Notation musicale · texte numérisé non relu

II. — Notation musicale

Des noms de notes, bécarre (1. Il, Prol. : bequarre) et solfier (1. II, ch. xii) remontent au xiv" siècle, alors que bémol se lit pour la première fois dans Marot et Rabelais. Les autres termes, comme diapason (1. II, ch. xi) et gamme (1. II, ch. xvm), sont anciens et attestés dès le xii-xiii* siècle.

Etant donnée la grande difïérence de la notation musicale de la Renaissance et de celle de nos jours, il n'est pas sans intérêt de citer ici cette page d'un musicographe rabelaisant (i) :

« Les anciennes dénominations des sons musicaux sont assez ingénieusement présentées dans le tableau suivant que j'emprunte au Traité de musique d'un excellent théoricien français de la première moitié du xvii" siècle, le père Antoine Parran, de la compagnie de Jésus :

Noms réels des notes n i. 1 r» . o l

Par b mol. Par nat. Par q représentées par les lettres :

Mi E mi la

Ré D la ré sol

Ut C sol ut fa

Si (bémol ou bécarre) B fa N mi

La A mi la ré

Sol G ré sol ut

Fa F ut fa

« Ce qui revient à dire que la note /a (F), par exemple, se nomme uMans l'hexacorde mol, et /a dans l'hexacorde naturel; que le sol se nomme ré dans l'hexacorde mol, sol dans l'hexacorde naturel et ut dans l'hexacorde dur, etc.

« On abrégeait quelquefois ces dénominations, et l'on disait: A la, B fa mi, C sol ut, D la sol, E la mi, E fa ut, G sol ré. . .

« Ces explications suffisent pour rendre intelligibles une

(i) Georges Kastner, Parémiologic musicale de la langue française, Paris, i.S(Jf), p. loi et suiv.

foule de passages où nos anciens écrivains, et surtout les auteurs de notre vieux théâtre, ont fait allusion aux notes de la gamme sous ces dénominations complexes qui semblent aujourd'hui si baroques...

« Rabelais, dans le Pantagruel, fait dire à Panurge, à propos d'Anarche, l'infortuné [roi des Dipsodes : « Je le veulx mettre à mestier... et le print par l'aureille, disant : chante plus haut en G sol ré ut » (1. II, ch. xxxi). Ce qui veut dire : ne crie pas, entonne cela plus musicalement, d'une façon plus franche, plus gaillarde, comme il faut entonner, quand on chante par bécarre.

« Et ailleurs, quand Panurge, livré à toutes les extravagances que la peur lui inspire durant la tempête qu'il essuie en mer : « Frère Jean, mon amy... nous sommes au dessus de E la, hors toute la gamme... au dessoubz de Gamma ut » (1. IV, ch. xix). Nous sommes au dessus de E la hors toute la gamme... Il faut se rappeler que l'échelle générale des sons, comprenant les sept hexacordes, se terminait à E la, c'est-à-dire au mi : « Zalas, à ceste heure somme nous au dessoubz de gamma ut », c'est-à-dire au dessous de la note la plus grave de l'échelle, au-dessous de sol (G ré sol ut), qui était représenté par le r (gamma). Cette comparaison musicale exprime à merveille les soubresauts effroyables du navire battu par la tempête et furieusement balloté par les vagues ».

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