‹ La langue de RabelaisChapitre 97 sur 218 · Livre Quatrième · texte numérisé non relu

Livre Quatrième

Les traits de caractère traditionnel sont, dans l'œuvre de Rabelais, nombreux et variés. Aucun auteur du xvi' siècle ne nous fournit des matériaux aussi abondants ni aussi sûrs ; mais les autres écrivains de l'époque viennent compléter à leur tour cette source de premier ordre, et vont nous permettre de reconstituer dans son ensemble l'état du traditionnisme en France à l'époque de la Renaissance.

Noël du Fail nous a laissé, dans ses Propos rustiques {l'^^'j), des particularités curieuses et intéressantes sur l'âme du paysan breton. Les écrits de Des Périers et surtout ceux d'Henri Estienne, l'œuvre étendue de Brantôme, sont riches en souvenirs traditionnels. Les farces de l'ahcien théâtre, les tragédies de la Renaissance même nous fournissent des contributions précieuses sur les croyances et superstitions de l'époque.

Le génie de Rabelais est profondément enraciné dans le sol national. Il a puisé aux sources indigènes. Il a tiré de la littérature populaire les principaux motifs de ses récits traditionnels.

Les ancêtres de Pantagruel plongent encore dans la brume de la préhistoire. Gargantua en émerge le premier, tout en conservant des appétits et des allures dignes de ces antécédents gi.-^antesques. Pantagruel sort définitivement du Moyen Age pour entrer en pleine Renaissance et présenter en même temps un des types les plus accomplis de l'humanité à cette époque de lumières.

On sait d'ailleurs que le point de départ de Gargantua a été un petit livre de colportage, édité à Lyon sous les yeux de notre

auteur. Son roman se ressent de ces humbles origines. Le bonhomme Grandgousier, ce roi géant humanisé, tout en tisonnant son feu, raconte à son entourage des récits du temps jadis, des contes merveilleux ou des apologues. Rabelais lui-même, pour caractériser les aptitudes des compagnons de Pantagruel, se souvient des traits des contes populaires qui ont bercé son enfance.

Les Jeux de Gargantua sont célèbres. Les dictons et proverbes qui émaillent le roman sont présents à toutes les mémoires et constituent un ensemble des plus considérables. Les jurons et serments même, si nombreux et si caractéristiques, répondant chajun à un tempérament ethnique ou social, contribuent à donner aux personnages du relief et de la vie. Ajoutons les fréquentes allusions aux cro3ances et superstitions, aux coutumes et usages de la Renaissance.

Ces détails traditionnels, disséminés dans le roman, feront ici pour la première fois l'objet d'une étude d'ensemble. Ils méritent un intérêt particulier aussi bien par leur valeur intrinsèque que p;ir le nom de l'écrivain qui, le premier entre les modernes, a su tirer abondamment parti de ces modestes manifestations de l'âme populaire.

Voici un aperçu des thèmes traditionnels que nous étudierons tour à tour :

I. CoDtes populaires: i. Contes merveilleux. — 2. Contes moraux. — 3. Coates d'animaux. — 4. Contes facétieux. — 5. Contes grivois.

II. Légendes: i. Saints. — 2. Diable. — 3. Animaux. — 4. Plantes. — 3. Légendes diverses.

III. Traditions populaires : i. Traditions gargantuines. — 2. Traditions médiévales.

IV. Chansons populaires : i. Religieuses. — 2. Sentimentales. — 3. Politiques. — 4. Bachiques. — 5. Grivoises. — 6. Chansons des rues. — 7. Chansons historiques. — 8. Refrains.

VI. Riics et croyances: i. Coutume soldatesque. — 2. Saints et saintes. — 3. Préjugés divers.

VII. Superstitions: i. Présages et pronostics. — 2. Pratiques astrologiques.

VIII. .Magic et sortilèges: i. Démonologie. — 2. Moyens de divination.

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