LES DÉSINENCES NOMINALES
La désinence ne fut au début qu'un ornement du mot, un embellissement, une redondance du son, qui augmentait la richesse harmonique du langage. Elle n'avait pas de signification précise. Un assez grand nombre de syllabes d'une sonorité agréable jouaient tour à tour, dans les mêmes circonstances, le rôle de désinences. Plus tard, la grammaire se constitua, et quelques-unes de ces syllabes reçurent des emplois spéciaux dans la conjugaison des verbes, la formation ou la déclinaison des noms. Mais celles même qui furent l'objet de ces affectations continuèrent d'être employées comme simples ornements euphoniques dans un grand nombre de vocables. Ainsi les
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désinences altaïques mis' et maq qui ont un emploi important dans le verbe, servent aussi de finales dans les noms. La finale grecque spoç désigne le comparatif dans eispo;, mais non dans çavepoç , et, chez nous titne paraît superlatif dans ultime, mais n'est que relatif dans maritime.
Les désinences peuvent être combinées entre elles et agglutinées en altaïque. Il en est de même en aryen ; souvent en grec, et surtout dans les noms propres, on voit de longues finales qui ressemblent à des mots, en sorte que le nom a l'air d'être composé. De là sont venues certaines manières d'interpréter ces noms, qui furent adoptées dès l'antiquité à l'époque où l'ancienne langue commença à être oubliée, et ces procédés d'interprétation sont restés en vigueur presque jusqu'à nos jours.
Nous allons donner une liste des principales désinences qui ont été en usage dans le monde aryen. On verra que la plupart d'entre elles ont plu aussi aux oreilles altaïques.
k, icus, désinence fréquente en aryen comme en altaïque ; elle paraît aussi en aryen précédée de
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s : sk, iskos. — Germanicus, xpi-abç, ftaaiXuibç. — uig. uluk grand ; c'ag. kuruk, clôture.
Cette désinence est volontiers précédée de /, lik, lisk, comme dans Autolicus, obélisque-, et la désinence luk dans laquelle la voyelle varie selon les lois de l'harmonie, est justement une des plus affectionnées des langues turques : c'ag. toiluk, richesse ; osm. gomlek, chemise ; osm. odalik, odalisque.
gon, gone, gène . Finale fréquente dans les anciens noms propres ; c'est la précédente suivie de n ; le son de la nasale y adoucit souvent le k en g. — Antigone, Iphigénie ; c'ag. buragan, cyclone ; kk. algan, hôte,
clés, cul, scul. Formes inverses de lik. Ces formes sont fréquentes en aryen ; Damoclès ; minuscule. Elles se rencontrent aussi en altaïque : uig. Kapukli, portier, de kapu, porte. Cette sorte de finale apparaît en étrusque : municleth, lautnescle; elle est d'ailleurs voisine de sut.
t et s; ATTÉ et asse. Les désinences atte etasse appartiennent à la vieille langue pélasgique ; elles terminent un grand nombre de noms propres.
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Ces désinences sont cependant répandues aussi dans les langues aryennes, puisque, en français par exemple ou en italien, elles servent à terminer beaucoup de mots, diminutifs ou non : care^a, caresse ; garçonotto, jeune homme, garçonnet.
La désinence t a été affectée en aryen au participe ; la désinence s a des emplois dont il est inutile de rappeler l'importance. En altaïque, la finale s prend volontiers la forme chuintante s, et sous cette forme, elle est très fréquente : uig. ulus, race ; osm. gunes, soleil. Le t permute quelquefois avec elle : Taures et kuret, l'enceinte. Le d accompagné de la voyelle i a un emploi fort important, celui de former des noms de profession ; kurci, garde; emci, médecin. Cette finale est analogue à notre désinence iste : artiste.
Le t paraît en étrusque : larth, %ilath. Le s y est aussi assez employé pour former une désinence accessoire, une sorte de fioriture, comme dans aiseras, arnthalisa.
and, anthé, et avec insertion de r , andre. Suffixe très important dans la langue et dans l'onomastique, qui paraît aussi avec les autres voyelles
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indyOnd. Jucundus ; rotundus ; Mélantho, Scamandre. Ce suffixe est tout-à-fait dans le goût des langues altaïques ; le son en varie entre ant et unk : kirgh. haranta, troupeau ; ait. i^enci, espérance ; osnu dilen^i, mendiant ; c'ag. borunki, premier. En étrusque le même suffixe existe ; on connaît la fable de Meçentius, roi des Tyrrhéniens ; le nom Arnth, répandu chez les Etrusques, est Aruntius, et Larthi répond à Laurentius.
don. Finale qui se rencontre souvent dans les noms, Sarpédon, Thermodon ; elle est remarquable par l'orthographe ao qu'elle présente quelquefois : Poseïdaon, Amythaon. En altaïque où elle n'est pas très fréquente, elle a les sons doun et tchoun : T, or. oumoudoun, pantalon large.
tor, ter, istèr, istor. Importante désinence qui paraît dans des mots que l'on peut croire étrusques ou italiotes comme arbiter, sinister, mais aussi dans d'autres qui sont franchement aryens tels que minister. Cette désinence est connue en altaïque où elle entre dans la conjugaison. Les mots la présentent sous des formes harmonisées : osm. jildirim, éclair; ait, kaldiktar, la postérité.
M, ma, et avec insertion de s, isme . Finale fréquente en aryen : 6at)^a, prodige ; Gau[Aaa|xbç, admiration; syllogisme. Elle est très employée aussi en altaïque, et Ton peut noter qu'elle l'est plus encore dans les langues magyares : uig. T?urma, couvert ; uig. talim, grand, beaucoup ; c'ag. kirim, fossé. Vm final permute quelquefois avec Yn en altaïque : uig. katun et ait. kadim, femme.
Mis, mit ; Artémis, calamitas ; finale d'une sonorité bien turque sous la forme mis, qui est employée dans la conjugaison pour former le parfait des verbes, et qui se rencontre aussi dans quelques noms, tels que osm. fyarmis, vieux. On trouve la finale analogue en n : humanitas.
man, mène, mon. Désinence fréquente dans les noms propres, et qui a servi en grec pour la formation du participe : Melpomène, Télamon, prolégomène. On la rencontre aussi en altaïque : turcm. kudaman, les alliés par mariage ; T. or. alaman, pillard. Les Latins nous donnent cette désinence comme étrusque, par l'exemple du titre lucumon.
mède, médon ; menthe ; maque. Il y a là un
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groupe de finales liées phonétiquement entre elles. Nous avons déjà étudié ce lien phonétique en parlant des finales en d, t. Avec Y m ces désinences se rencontrent souvent dans les noms propres : Andromède, Andromàque, Rhadamanthe. La forme ment est venue dans notre langue où elle est souvent employée pour la formation des adverbes. Le rapprochement que nous faisons d'Andromède et d'Andromaque est expliqué par le son intermédiaire altaïque mâdj ou metch : uig. tïlmeci> interprète, de til, langue ; osm. parmâfc, doigt. Avec la nasale : ait. ialman^i, maraudeur.
boupj et, avec l'insertion de la sifflante, sp ou ps. Finale souvent employée en grec avec le son o. Calliope, Canope, \iépoty, àvOpwTroç. Cette finale est bien connue aussi en turc, où elle sert à former les gérondifs en oub. c'ag. ulup, grand, héros. Les textes étrusques présentent un certain nombre de désinences en v : srenyve, marunuyva.
erbe ou erpe, bre ou ber. Même finale en composition avec r. Cette désinence existe dans des noms que Ton peut considérer comme italiotes, tenebrae, Calabres ; mais elle se trouve
aussi dans des mots dont la racine est clairement aryenne, acerbe, funèbre. Elle se rencontre en altaïque où elle sert d'infinitif dans certains dialectes.
Le b ou le ph se combine aussi avec 17 et avec d'autres consonnes : phyle, phême, phon et phonte. Ces sortes de désinences sont fréquentes dans les noms propres : Polybe, Polyphème, Bellérophon, Bélier ophont os ; elles sont plus rares en altaïque où cependant on peut les trouver : jak. katâbil, veilleur.
N, on, an. Désinence fort commune en aryen. (V. ci-dessus mon et don). En altaïque cette désinence, commune aussi, paraît avec les modifications de la voyelle qu'exige l'harmonie : arslân, lion ; ait. erkin, puissance, c'ag. eren, homme ; kaz. urcun, postérité. L'étrusque présente cette désinence dans des mots tels que The^an. Plusieurs noms de villes étrusques sont de même terminés par la nasale : Populonia, Vetulonia.
enne, erne, umne. On a dit de ces formes en trne ou urne qu'elles étaient caractéristiques de l'étrusque ; et en effet elles se présentent dans des
noms étroitement liés à la civilisation étrusque, Porsenna, Anna Perenna, Vertumne, Voltumne ; mais d'autre part elles paraissent aussi dans des vocables dont les racines sont franchement aryennes, Maremme, caverne, lucarne. On voit que ces formes permutent entre elles par des variantes telles que Lugano et Locarno ; on peut expliquer ainsi l'insertion de IV dans la forme étrusque du nom Agamemnon, qui est Akhmenrun. Le groupe mn ou Yn simple peuvent d'ailleurs représenter un son altaïque ng.
k, eri. Désinence commune en aryen, où elle a un rôle important dans la formation de l'infinitif.
Cette désinence a de même un emploi important dans le verbe altaïque où elle forme les troisièmes personnes des temps présents. Elle paraît aussi dans les noms : uig. onar, heureux ; ait. ognori, juste, droit. LV final est connu en étrusque : tular, aiser ; tudera, nom de ville ; et cette langue présente une désinence eri, sacnicleri, manimeri, où l'on voit l'analogue de Yarius latin, annonarius.
LV entre volontiers en combinaison avec d'autres consonnes (V. ci-dessus tor, erbe).
l. Finale également fréquente en aryen et en altaïque : regalis, vernalis, automnalis ; — osm. gu^el, beau; kurel, cercle, rassemblement. Cette finale est bien connue aussi de l'étrusque aivil, akil, cestnal. L7 entre en combinaison avec d'autres consonnes dans diverses désinences. (V. ci-dessus //Q.Une combinaison fort importante est sil ou nsil. C'est là une finale connue en latin, uiensile, novemsiles, et qui apparaît plusieurs fois en étrusque lareçul, siansl, puiantrnsl. Cette combinaison n'est pas très fréquente dans les dialectes altaïques, où elle se rencontre pourtant : jaksi, beau, bon; jaksila, faire bien.
DEUX DÉSINENCES REMARQUABLES dm ET de.
Le grec a conservé deux anciennes désinences ôev et Ôi qui indiquent, l'une la provenance, le lieu d'où l'on vient, l'autre la résidence, le lieu où l'on est : 'IXtoôév, d'Ilion; 'IXtoôi, à Ilion ; -juaTpôôsv, du côté du père; 6^661, dans les régions d'en haut-
Des désinences tout à fait analogues existent en
turc pour marquer l'ablatif et le locatif : c'est dan ou den pour l'extraction, da ou de pour la situation : oda-dan, (venant) de la chambre ; odada, dans la chambre. Mekteb-den, de l'école ; mekteb-de, à l'école.
La finale 6i ou ti est assez fréquente en étrusque Elle est certainement le signe du locatif dans le mot suOiti de l'inscription de Camnas Larth (V. ci- après, 2 e partie).
L HARMONIE VOCALIQ.UE
On sait quelle est en turc l'importance de l'harmonie vocalique, et en quoi elle consiste. Cette langue a huit voyelles divisées en deux classes : classe forte, a, e, o, ou; classe faible ê, i, u, eu. Les mots sont aussi divisés en deux classes selon que eur dernière syllabe est forte ou faible; et les désinences, isolées ou agglutinées, s'ajoutent fortes aux mots de la classe forte, faibles à ceux de la classe faible. Ainsi on dit au génitif pluriel : kitab-lareng, des livres; defter-lèr-ine, des cahiers; à la
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deuxième personne pluriel du futur négatif : sèv mèyè-djèk-signi^ vous n'aimerez pas; ya^-mayadjaq-segne^, vous n'écrirez pas. La vocalisation de la racine verbale sèv ou ya%, entraîne celle de toutes les désinences qui viennent s'y agglomérer.
Et dans la formation des mots, cette harmonisation se fait quelquefois d'une manière encore plus subtile ; la voyelle finale varie dans des noms de même formation tels que les noms verbaux : guèlish, la venue ; gulush, le rire ; baqesh, le regard; vouroush, le coup.
Or cette disposition à harmoniser les sons, qui est cause de la douceur et de l'euphonie de la langue turque, existe certainement aussi dans les langues aryennes. On aurait peut-être quelque peine à l'exprimer en règles; mais on n'en a aucune à en découvrir des indices. Par exemple les mots minister et calator ont évidemment en principe une même désinence, dont la voyelle a varié pour s'harmoniser avec le corps du mot : la finale tor ne conviendrait pas à minister, ni la finale ter à calator. Dans des noms tels que Philomène et Phi-
lémon, il se fait aussi une sorte de balancement des moments forts et faibles du son.
D'après ce sentiment nous admettrons, ainsi que nous l'avons déjà fait, que des finales comme mêde et maque, phonte et phante, gêne et gone sont des désinences, identiques en principe, modifiées par l'harmonie vocalique.