INSCRIPTION DE TORRE DI SAN MANNO
Sur la paroi d'une galerie souterraine sont écrites ces trois lignes :
Cehen suBi hinBiu Bues sians etve Baure lautneklt caresri Aules LarBial PrecuBurasi larBialisvle cestnal clenarasi eB fanu lautn precus ipa murzua cerurum ein hec^ri tunur clutiva %elur . .
Le texte est inachevé.
Les quatre premiers mots de ce texte signifient que les tombes proprement dites, Bues, (V. p. 162) sont renfermées dans cette construction, dans cet abri suBi. — Le mot qui signifie « dans » est hinBiu, mot de la racine inc (V. JING), indiquant Tidée de chose fine, qui pénètre ; cet adverbe est le même que le latin indu ou intus.
Ces tombes sont celles des enfants d'Aulus LarOial Precus, precuBurasi, qui sont en même temps fils de Cesrnai, fille de LarO, larBialisvle cestnal clenarasi.
Les descendants de Precus prennent le titre pieux de serviteurs, affranchis du saint Père Tharès ; ils ajoutent à ce titre celui de caresri qui paraît qualifier lautn et signifier chers : serviteurs chers à ce dieu. Racine KAR, indiquant ce qui est soigné, ce qui est cher.
On remarquera l'emploi d'espèces de désinences
conjonctives, qui semblent destinées à rendre la phrase mieux liée, plus harmonieuse et plus coulante : escîe à la fin de lautn, isvle à la fin de lar- §ial.
Les mots que nous venons d'expliquer constituent une première phrase. Ensuite vient un nouvel énoncé : ?9 fanu lautn precus ipa mur^ua.
Cette phrase est tout à fait analogue au début de l'inscription de la tombe des Pompée à Tarquinie :
Età phanusaiïek lautn pumpus skunu.
Fucus et Pumpus sont noms de personnes ; les personnages ainsi dénommés sont tous deux affranchis du père Phanu ^0 fanu lautn, qui dans le second texte porte en outre le surnom de saQek ; puis vient une expression désignant le tombeau ou une de ses parties : skunu dans l'inscription des Pompée, ipe murxua dans celle des Précus.
Mur^ua nous est connu; c'est une demeure, une place funéraire ; Ipe est un mot de la racine ip (V. OB) qui signifie corde, attache, chose annexée. Il faut donc lire : place annexe pour Precus.
L'inscription, telle que nous l'avons, se termine
l68 LA LANGUE ÉTRUSQUE
par cinq mots qui ne contiennent plus de noms propres, et ne se rapportent plus à la tombe, mais qui doivent former une invocation. En voici l'interprétation la plus problable :
Tunur, de la racine TUN, indiquant le retour et l'obscurité, doit désigner le soleil du soir; ^elur, de la racine JIL, jel, indiquant l'éclat, désigne le soleil du matin. Les trois autres mots sont honorifiques : clutiva, de la racine cuit, ait (V. TAL) rappelle le mot gold, les noms de Clytie, de Clytemnestre, et signifie le doré. — Ein, de la racine in (V. JING) veut dire fin, beau. — Hec%ri9 de la racine ag, jag ou og (V. SAK), indique l'éclat : cf. le nom d'Hécate.
L'ensemble de l'inscription peut se traduire ainsi :
« Dans cet abri sont les tombes des enfants d'Auius Larôial Precus et de Cestnai, fille de Lar6, serviteurs bien aimés du saint Père Tharès. Une place annexe est en outre réservée à [la famille de] Precus, serviteur du Père Phanu. — [Qu'ils soient admis auprès du] Soleil du soir beau et brillant, du Soleil du matin resplendissant...»
DEUX INSCRIPTIONS DIALECTALES
Nous ajoutons ici deux inscriptions qui, par leur faciès un peu particulier, donnent tout de suite l'impression d'une langue corrompue ou d'un dialecte, mais qui sont susceptibles d'être expliquées, au moins approximativement, avec assez de sécurité.
La première est gravée sur une statuette représentant un jeune homme couronné de lauriers et drapé dans une toge (Fabretti, n° 2680).
Caispai^ variens Juve %al sesure.
La seconde apparient à un tombeau; elle est ainsi conçue
Ca subi irerc.
ameie titial canl restias cal carabsl aperuce n ca §ui cesu lusfer etfaca
urane cares caratisle s...
Dans la première, où les mots Caispai^ variens sont nom propre, on reconnaît à la seconde ligne le mot \al, nom de nombre que nous avons rendu par 6. Comme il est évident que l'inscription est dédicatoire, on est porté à penser que la statuette est consacrée à un défunt dont ce nombre indique l'âge ; il s'ensuit que le mot juve, précédant %al, doit signifier année. Or, si Ton se reporte aux racines, on voit que la racine juv, OV, donne précisément le sens de rotation et de tour, qui convient à la sémantique d'année ,juvarlamak, rouler. Le mot juve ressemble à ovum, l'œuf, l'objet rond ; et l'on doit croire que les anciens Latins avaient encore conscience de cette sémantique, lorsqu'ils se servaient d'ceufs pour marquer le nombre de tours accomplis par les chars dans le cirque.
Sesure est un mot de la racine ju%9 u^ sus, — racine que l'on peut annexer à TUZ, — qui indique la surface, ce qui croît et ce qui s'élève : Uig. u%e, o(e; c'ag. o%e; ait. u%tri ; osm. u%re, sur, au-dessus. (Cf. ci-dessus p. 162). Ce sens peut se rapporter
soit à l'idée de croissance et d'âge, soit à la haute situation de la famille du défunt : « A Caispaiz Variens, âgé de six ans. »
Dans la seconde inscription, on distingue tout d'abord : Ca subi, ce tombeau, avec ca démonstratif pourra; mais le ca qui est devant Qui, ne sera pas démonstratif. Le mot de sonorité bizarre, et peut-être mal lu, qui suit subi, « irere », doit signifier dans. Titial est nom propre, et caraftsl doit l'être aussi et représenter un groupe de personnes.
Amcie, canl, restias, cal se présentent comme des titres honorifiques ; amcie est une forme de anice que nous avons rendu par grand. Cal est le mot caluy plusieurs fois rencontré; canl se retrouvera dans l'inscription de Pérouse ; et restias, où Y s est inséré, doit être rapporté à la racine eri (ER), signifiant la vertu.
Ensuite paraît dans l'inscription le mot 6«/, fils ou fille, relié par ca à ce qui précède, et suivi de cesu. Ca ne peut être ici que la copule « et », employée isolément et non passuffixée, comme elle l'est justement à la ligne suivante dans ctfaca. Le groupe
Qui cesu se retrouve sur le sarcophage des Amazones de Florence : sur ce monument, l'inscription porte : RatnQa Hucqtai Qui ati, etc. ; et une glose, grossièrement tracée, explique Qui ati par Qui cesu api. Le changement à' Ati en Api rappelle la modification du prénom d'Appius Claudius qui était d'abord Attius; quant à cesu, c'est un spécificatif de Qui, signifiant fille (V. rac. KIZ).
Les mots ca Qui cesu de notre inscription dialectale doivent donc se lire : « et sa fille. »
Puis vient le groupe lusfer etfaca urane cares, où le mot carès, cher, est connu : cf. caresri de San Manno. Les mots lusfer et urane sont des noms divins : Lucifera et Uranus ; et etfa est une forme deetve que nous avons rendu par père. Le groupe signifie dont : cher à Lucifera et au Père Uranus. L'on a ainsi pour l'ensemble de l'inscription : « Dans ce tombeau [sont] le grand Titial, droit, vertueux, bon, de la famille desCarath... et sa fille, chère à Lucifera et au Père Uranus, de la famille des Carath... »