LIDEE DE LOI ET CELLE DE VARIATION
On demande souvent que les comparaisons entre les langues soient formulées en lois. Cette conception pourtant tend, je crois, à vieillir, et, en pratique au moins, on commence à la délaisser comme on a depuis longtemps déjà délaissé celle des « lois de l'histoire. » Elle est en effet beaucoup trop systématique, peu positive, et elle se prête mal à l'infinie variété des phénomènes lin-
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guistiques. Les conditions où ces phénomènes se produisent sont comparables aux conditions de l'histoire, bien plutôt qu'à celles de la physique, où les faits sont relativement simples, et où les causes d'ordre moral n'agissent pas.
La notion de lois phonétiques s'applique assez bien aux faits internes de la vie d'une langue, par exemple aux modifications que subissent les mots lorsqu'ils passent d'un dialecte à un autre. Ainsi on peut trouver que, dans une tribu arabe, le aïn initial est durci en gh; et encore la loi est-elle précaire, car l'éducation et la volonté, facteurs d'ordre moral, peuvent agir sur la prononciation.
Mais lorsqu'on a à envisager de grandes langues qui sont elles-mêmes des groupes ou des agrégats de dialectes, les diverses variations phonétiques se trouvent souvent représentées dans une seule d'entre elles, et ces lois partielles ne sont alors plus applicables. On n'a en somme jamais trouvé de lois pour l'étude des grands idiomes sémitiques.
Chaque racine, chaque mot peut avoir son histoire ; ce sont de véritables individus ; un accident
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arrivé à l'un n'arrive pas nécessairement à l'autre.
Si par exemple nous considérons les mots titmitlus, cumulus et summus, qui se trouvent réunis dans le latin, nous voyons bien qu'ils sont comparables, — sans que nous sachions s'ils appartenaient primitivement à des dialectes divers, ni auxquels, — et nous constatons qu'une racine kum commençant par h, a des analogues en t et en s ; mais nous n'en concluons pas qu'il en est de même de toutes les racines ayant cette initiale. — Ou si nous envisageons les noms Minos, Minerve^ Memnon, — avant d'avoir trouvé d'où chacun d'eux tire son origine, — nous sentons bien qu'ils ont quelque chose de commun^ et nous voyons ici qu'une racine min a une forme en memn, sans que nous puissions conclure de là qu'il en sera de même pour toute racine terminée en in.
Il est donc possible de former des groupes clairs de mots, qui les rapprochent les uns des autres, et qui donnent la sensation qu'aucun d'eux n'est isolé, que tout mot a autour de lui d'autres vocables, qui ne diffèrent de lui que par des variations assez faibles de sens et de son, et qui lui
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font comme un entourage et une famille. Ce groupement des mots est l'œuvre de ce que Pascal appelait « l'esprit de finesse », et que l'on pourrait définir aujourd'hui : le tact au service du bon sens.
Nous considérons dans ce travail qu'un mot est « expliqué », lorsqu'il est classé entre les vocables qui en sont « le plus voisins », c'est-à-dire qui présentent, de part et d'autre de lui, les plus faibles variations possibles, tant phonétiques que sémantiques.
Dans tout le courant de cet ouvrage, et en particuHer dans le chapitre consacré aux racines^ nous étudierons les variations sémantiques. Voici la liste des principales variations phonétiques que l'on a chance de rencontrer.