NOMS DÉ GRANDS DIEUX
Jupiter ' avec sa forme Jupin, Opiier, surnom
I. Il va de soi que nous n'ignorons pas les étymologies traditionnelles des noms cités dans ce chapitre, non plus que diverses autres qui en ont été proposées. Mais nous ne pouvons les discuter ici. Notre point de vue est trop éloigné de celui où se sont trouvés placés la plupart des autres linguistes, pour qu'une telle discussion soit utile. D'ailleurs cette controverse ne servirait qu'à embarrasser l'exposition, et par suite à affaiblir l'argument fondamental que nous voulons mettre en évidence, qui est celui de simplicité. Les mots dans notre système, se classent aisément, et la simplicité des étymologies obtenues par ce groupement, paraît être à son maximum. C'est tout ce que nous voulons dire.
Cependant si l'on désirait quand même se rendre compte de ce que serait la discussion en cette matière, voici, à propos du mot Jupiter, comment on pourrait l'établir. La tradition donne pour Jupiter l'explication par Zeus-pater. Nous remarquerions qu'il y a d'abord une légère difficulté pour expliquer le son / dans piter ; qu'il n'y a pas plus de raison pour voir dans piter un nom, que pour en voir un dans les syllabes biter de arbiter. La forme Diespiler donnée par Festus n'est point décisive. Le di représente un son;, et le i devant p, peut être additif comme dans despotes. L'analogie avec Déméter que l'on explique par gè-métèr, la terre mère, ne donne pas de sécurité, car dans Déméter, ter peut être
OU autre forme du nom de Jupiter, Hébon, nom campanien du soleil, Ops, nom de Cybèle, Upis, surnom lacédémonien de Diane, Optiletis, surnom lacédémonien de Minerve, sont des mots de la racine up, jup, sup, (V. OB) indiquant l'éclat, la croissance, la supériorité. Cf. parmi les noms communs u(j>i!JTo?, superior. On peut encore joindre à ces noms celui d'Hébé, déesse de la jeunesse, avec le sens d'adolescente.
Apollon, Belemis, Belleros, BeJlerophon, jSeXa qui signifie splendeur, lumière et soleil chez les Laconiens, d'après Hésychius, sont des noms de la racine BEL, bol, donnant l'idée de ce qui est poli, luisant. A est préfixe dans Apollon; cf. encore le nom de Pollux. Parmi les noms communs, cf. pulcher, le français bel.
suffixe et dam, racine ; c'est ce que paraissent indiquer des formes telles que Damie. Ces étymologies sont sans doute, à première vue, assez séduisantes, et les anciens philologues à qui nous les devons, étaient des gens d'esprit ; mais elles n'ont pas la franchise de celle que nous obtenons en groupant Jupiter avec Jovis, Jupin, Jovinien, groupement qui fait apparaître une racine Jup ou Jov, et en voyant dans ter un simple sufExe.
76 LA LANGUE ÉTRUSaUE
Minerve, Memnon, Minos, noms de la racine MIN, signifiant hauteur et fermeté; cf. eminens.
Cérès, Cerus Manus, les Cères ; noms de la racine KAR, signifiant prendre soin, surveiller ; cf. carus et l'anglais care.
Diane, nom de la lune ou de l'aube, Janus, nom du temps, du soleil ou du jour, Zav, Z-Jjv, nom de Jupiter, dieu du ciel, sont des mots appartenant à la racine tan (TENG), signifiant le ciel, le matin ou le jour.
Artémis est de la racine art (ER) qui donne l'idée de matin, de fraîcheur et de végétation ; cf. TuapOsvoç .
Hécate, ainsi qu'Hector, est de la racine jak ou AK, signifiant l'éclat. Cf. ua/.tv6oç ; c'agataï aktche, argent, et jai:ti, lumière.
Aphrodite, Kypris, Cybèle, Cupra, Hécube, et Niobé, sont des mots de la racine kub (KAB), indiquant l'idée de multiplication, de gonflement ej de maternité. La palatale initiale k est tombée dans Aphrodite (V. Rac . ab) ; elle est précédée d'une voyelle dans Hécube ; elle est nasalisée dans Niobé. En étrusque, on a une forme de Kypris qui est Akhufitr ; a est préfixé, Vr est déplacé.
Proserpine, avec ses formes Perséphoné et Pherephatta, est un mot de la racine bor (OR)^ donnant l'idée de prééminence ; il est probable d'ailleurs que la nuance de sens que l'on prêtait au nom à l'origine devait être celle qu'a gardée le mot analogue propitius. La véritable place du mot prophète est certainement ici.
Vesta, nom de la racine ot, vot (BUT), signifiant bois et feu. On a des formes différentes dans les noms de montagnes Œta, Etna. Us est inséré.
Poséidon, nom de la racine bous (BUS), signifiant la mer.
Dionysos, nom solaire, que l'on peut rapporter, soit à la racine thun (TONG), soit à la racine gtm (V. KAN), qui indiquent ce qui entoure, le soleil, l'enveloppe, la beauté, le jour. Cf. surtout le turc gunes, soleil . Le son di est intermédiaire entre le / et le th.
Pallas, mot de la racine pal (BEL), signifiant chose coupée, lisse et brillante. Pallas est un nom de l'aurore, dont la sémantique est la fente. On se souvient que ce nom n'est pas seulement celui de Minerve, mais aussi celui d'un géant, père d'Au-
yS LA LANGUE ÉTRUSQUE
rore. La légende par laquelle Minerve vint au monde en sortant tout armée du cerveau de Jupiter, au moyen d'un coup de hache que lui porta Vulcain, dérive visiblement des sens contenus dans cette racine : fendre, instruments tranchants, hache. — Il ne nous paraît pas certain que le nom de palladium, se rattache à celui de Minerve, Pallas. Le palladium de Troie dans l'Iliade n'était pas une statue de Minerve ; il représentait une déesse assise, par conséquent une déesse mère, une Cybèle. Palladium peut fort bien être un nom commun signifiant objet taillé, fétiche, statue.
AUTRES >:OMS MYTHOLOGIQUES
Hercule, mot de la racine erk (ER), signifiant force.
Thésée, mot de la racine /q (TUZ), signifiant ordonner, mettre en ordre.
Deiicalion, mot de la racine tchok (TOK), signifiant engendrer, multiplier. Pour la forme de la
désinence, cf. le nom de Pygmalion, le sculpteur, mot de la racine pig (BET), signifiant peindre.
Eok, mot de la racine jal, jel (SAL), exprimant le mouvement rapide et le vent. T. c'ag. et osm. jely le vent. Cf. le nom des Vélites.