INSCRIPTION DE TORRE DI SAN MANNO
Sur la paroi d'une galerie souterraine sont écrites ces trois lignes :
l66 LA LANGUE ÉTRUSQUE
Cehen suOi hin^iu Oues sians etve ^aure lautnesch caresri Aules Lar^ial PrecuQurasi larUalisvk usinai clenarasi ed fanu laiiln precus ipa mur:(ua cerurum ein hec^ri tunur cluliva ^elur . .
Le texte est inachevé.
Les quatre premiers mots de ce texte signifient que les tombes proprement dites, ^ues, (V. p. 162) sont renfermées dans cette construction, dans cet abri su(ii. — Le mot qui signifie « dans » est hitiQiu, mot de la racine inc (V. JING), indiquant l'idée de chose fine, qui pénètre ; cet adverbe est le même que le latin indu ou intus.
Ces tombes sont celles des enfants d'Aulus LarOial Precus, precu^iirasi, qui sont en même temps fils de Cestnai, fille de LarG, larUalisvle cestnal clenarasi.
Les descendants de Precus prennent le titre pieux de serviteurs, affranchis du saint Père Thaïes ; ils ajoutent à ce titre celui de caresri qui paraît qualifier lautn et signifier chers : serviteurs chers à ce dieu. Racine KAR, indiquant ce qui est soigné, ce qui est cher.
Oti remarquera l'emploi d'espèces de désinences
LES INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES léy
conjonctives, qui semblent destinées à rendre la phrase mieux liée, plus harmonieuse et plus coulante : escle à la fin de lautHy isvle à la fin de lar- ^ial.
Les mots que nous venons d'expliquer constituent une première phrase. Ensuite vient un nouvel énoncé : e^ fanu lautn precus ipa miir:{ua.
Cette phrase est tout à fait analogue au début de l'inscription de la tombe des Pompée à Tarquinie :
Ei^ phann saf)ek laiitn pumpus shunii.
Precus et Pumpus sont noms de personnes ; les personnages ainsi dénommés sont tous deux affranchis du père Phanu <?0 fanu lautn, qui dans le second texte porte en outre le surnom de sa^ek ; puis vient une expression désignant le tombeau ou une de ses parties : skunu dans l'inscription des Pompée, ipe mur^tia dans celle des Precus.
MuTT^ua nous est connu; c'est une demeure, une place funéraire ; Ipe est un mot de la racine ip (V. OB) qui signifie corde, attache, chose annexée. Il faut donc lire : place annexe pour Precus.
L'inscription, telle que nous l'avons, se termine
l68 LA LANGUE ÉTRUSQUE
par cinq mots qui ne contiennent plus de noms propres, et ne se rapportent plus à la tombe, mais qui doivent former une invocation. En voici l'interprétation la plus problable :
Tunur, de la racine TUN, indiquant le retour et l'obscurité, doit désigner le soleil du soir; :(elur, de la racine JIL, jel, indiquant l'éclat, désigne le soleil du matin. Les trois autres mots sont honorifiques : clutiva, de la racine cuit, ait (V. TAL) rappelle le mot gold^ les noms de Clytie, de Clytemnestre, et signifie le doré. — Ein, de la racine in (V. JING) veut dire fin, beau, — Hec^ri, de la racine ag, ja^ ou og (V. SAK), indique l'éclat : cf. le nom d'Hécate.
L'ensemble de l'inscription peut se traduire ainsi :
« Dans cet abri sont les tombes des enfants d'Aulus LarOial Precus etde Cestnai, fille de Larô, serviteurs bien aimés du saint Père Tharès. Une place annexe est en outre réservée à [la famille de] Precus, serviteur du Père Phanu. — [Qu'ils soient admis auprès du] Soleil du soir beau et brillant, du Soleil du matin resplendissant...»
DEUX INSCRIPTIONS DIALECTALES
Nous ajoutons ici deux inscriptions qui, par leur faciès un peu particulier, donnent tout de suite l'impression d'une langue corrompue ou d'un dialecte, mais qui sont susceptibles d'être expliquées, au moins approximativement, avec assez de sécurité.
La première est gravée sur une statuette représentant un jeune homme couronné de lauriers et drapé dans une toge (Fabretti, n° 2680).
Caispai:^ variens Juve zfll sesure.
La seconde appartient à un tombeau; elle est ainsi conçue
Ca suhi irere.. .
amcie titial canl restias cal cara^sl aperuce n ca Qui cesii lusfer etfaca
urane cares caraOsle s. . .
Dans la première, où les mots Caispai:^ variens sont nom propre, on reconnaît à la seconde ligne le mot :(al, nom de nombre que nous avons rendu par 6. Comme il est évident que l'inscription est dédicatoire, on est porté à penser que la statuette est consacrée à un défunt dont ce nombre indique l'âge ; il s'ensuit que le mot juve, précédant ^al, doit signifier année. Or, si l'on se reporte aux racines, on voit que la racine juv, OV, donne précisément le sens de rotation et de tour, qui convient à la sémantique à'a.nnéç, juvarlanmk, rouler. Le mot juve ressemble à ovuni, l'œuf, l'objet rond ; et l'on doit croire que les anciens Latins avaient encore conscience de cette sémantique, lorsqu'ils se servaient d'œufs pour marquer le nombre de tours accomplis par les chars dans le cirque.
Sesure est un mot de la racine jui, u^, sus, — racine que l'on peut annexer à TUZ, — qui indique la surface, ce qui croît et ce qui s'élève : Uig. m;(^, oie; c'ag, oie; ait. uieri ; osm= ti^^re, sur, au-dessus. (Cf. ci-dessus p. 162). Ce sens peut se rapporter
soit à ridée de croissance et d'âge, soit à la haute situation de la famille du défunt : « A Caispaiz Variens, âgé de six ans. »
Dans la seconde inscription, on distingue tout d'abord : Ca suOi, ce tombeau, avec ca démonstratif pour eca ; mais le ca qui est devant dut, ne sera pas démonstratif. Le mot de sonorité bizarre, et peut-être mal lu, qui suit su^i, « irere », doit signifier dans. Titial est nom propre, et carabsl doit l'être aussi et représenter un groupe de personnes.
Arncie, canl, restias, cal ^e présentent comme des titres honorifiques ; amcie est une forme de amct que nous avons rendu par grand. Cal est le mot calu^ plusieurs fois rencontré; canl se retrouvera dans l'inscription de Pérouse ; et restias, où Vs est inséré, doit être rapporté à la racine ert (ER), signifiant la vertu.
Ensuite paraît dans l'inscription le mot 6m/, fils ou fille, relié par ca à ce qui précède, et suivi de cesu. Ca ne peut être ici que la copule « et », employée isolément et non passuffixée, comme elle l'est justement à la ligne suivante dans etfaca. Le groupe
Oui cesu se retrouve sur le sarcophage des Amazones de Florence : sur ce monument, l'inscription porte : Ram^a Huc:(iiai Ouîati, etc. ; et une glose, grossièrement tracée, explique Bui ati par Oui cesu api. Le changement à' Ati en Api rappelle la modification du prénom d'Appius Claudius qui était d'abord Attius; quant à cesu, c'est un spécificatif de 0MÎ, signifiant fille (V. rac. KIZ).
Les mots ca Oui cesu de notre inscription dialectale doivent donc se lire : « et sa fille. »
Puis vient le groupe lusfer etfaca urane cares, où le mot cares, cher, est connu : cf. caresri de San Manno. Les mots lusfer et urane sont des noms divins : Lucifera et Uranus ; et etfa est une forme ditetve que nous avons rendu par père. Le groupe signifie dont : cher à Lucifera et au Père Uranus. L'on a ainsi pour l'ensemble de l'inscription : « Dans ce tombeau [sont] le grand Titial, droit, vertueux, bon, de la famille desCarath... et sa fille, chère à Lucifera et au Père Uranus, de la famille des Carath... »