‹ La langue française au Canada; conference lue devant l'Union catholique de Montréal, le 10 mars 1901Chapitre 16 sur 16 · VI.— Aimons, respectons notre langage canadien · texte numérisé non relu

VI.— Aimons, respectons notre langage canadien

et travaillons à faire disparaître tout ce

qui pent en ternir l'éclat

Comme conclusion, que dirai -je, sinon ce que j'ai déjà dit ? Ne méprisons pas notre langage canadien. Au contraire*, aimons-le, respectons-le, faisons-le r.'specter. Mais n'allons pas croire qu il

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soit sans défaut ! Reconnaissons franchement qu'il a des taches, et travaillons courageusement à faire disparaître tout ce qui en ternit l'éclat. Gardons \e juste milieu en cette matière, comme en toute chose.

Aimons et respectons notre langue française, ai-je dit. Ne craignons pas de la parler en toute circonstance. La langue française, c'est notre drapeau national. C'est elle qui fait que nous sommes une nation distincte sur cette terre'd'Â^ mérique, et que l'hérésie a si peu de prise , sur nous.

Ne mettons jamais notre drapeau en poche.

N'y a-t-il pas une tendance parmi nous à nous serv^ir trop facilement, sans nécessité réelle, de la langue anglaise ? Je le crains. Réagissons contre cette tendance.

N'y a-t-il pas aussi une tendance à exagérer l'importance pour tous les Ca-

nadiens-français de savoir parfaitevient l'anglais ?

Quelques-uns des nôtres voudraient faire du peuple canadien-français un peuple bilingue. Que nous serions puissants, dit-on, si tous les Canadiens-français parlaient également bien l'anglais et le français ! Prenons-y garde ! C'est un piège qu'on nous tend ; un piège doré, peut-être ; mais un piège tout de même. Connaissez-vous beaucoup de peuples bilingues ? Pour moi, je n'en ^connais aucun. Je connais, par exemple, un peuple qui a perdu sa langue nationale, parce qu'on lui a fait apprendre, de force, une autre langue. N'allons pas, de notre plein gré, tenter une expérience aussi dangereuse.

Que ceux des nôtres qui ont réellement besoin de savoir l'anglais l'apprennent ; qu'ils l'apprennent bitn.

Mais qu'ils appiennent d'abord le fiançais, et que le , français reste toujours

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leur langue maternelle, leur vraie lanorue. -. —^ -

Soyons convaincus que feu Mgr Laflèche, ce grand Canadien français, avait raison de dire qu'il n'aimait pas à entendre ses compatriotes parler l'anglais sans au moins un petit accent français. Le mot est profond et renferme un grave avertissement. Méditons-le.

Faisons respecter notre langue, ai -je dit encore. Elle a ses ennemis en ce pays, n'en doutons pas.

La guerre que l'on fait à la langue française au Canada, est sans doute moins ouverte aujourd'hui que jadis ; mais n'en est-elle pas que plus dangereuse ? Notre langue est une des lanofues officielles du Dominion. Cela sonne bien ; cela nous flatte ; mais aussi cela nous endort. Veillons sur les mille et un détails, souvent ineigniflants pris séparément, mais qui forment un tout formidable. C'est par là que se ferait, gra-

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duelle et silencieuse, la proscription du français en ce pays.

Ne nous berçons pas d'illusions : on n'a pas renoncé au projet de faire du Canada un pays exclusivement de langue anglaise. Un journal plus audacieux; que les autres disait naguère (ju'il faudrait abolir l'usage officiel du français,, non seulement à Ottawa, mais même à- Québec.

Tous nos adversaires n'expriment pas aussi ouveïtement leur pensée ; mais soyons persuadés que, parmi les Anglais qui nous entourent, beaucoup désirent ardemment voir disparaître la langue française du sol canadien (1). C'est qu'elle forme obstacle à la réalisation de leurs rêves. Impossible pour eux, ils le sentent

(1) J'ai trouvé, peu île temps après avoir lu cette conférence, nue ])rpii\e saisissante du bien fondé de cette accusation. Le Dailii Gleaner, de Fredericton, Xouveau-Brunswick, numéro du 17 avril l'JOl, au cours d'un article écrit pour .justifier l'expulsion des Acadiens, a fait l'étonnante déclaration que voici :

" Il y a un autre aspect de cette question qu'il ne faut pa.s perdre de vue. Si les Acadiens étaient restés en grand nombre, ils auraient pu l'emporter sur les Anglais et faire de la Nouvelle-Ecosse une province française comme Québec ; ce

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bien, de détruire la foi catholique tant que restera debout un des principaux boulevards de cette foi au Canada : la langue de nos mères, la langue de nos premiers missionnaires, de nos guides les plus illustres, de nos glorieux martyrs — la langue des Champlain, des Brébeuf, 'des Laval, des Plessis, des Bourget ?

Que ces rêves d'anglicisation générale ne nous étonnent pas et ne nous exaspèrent pas : ils sont naturels. Mais, à ces rêves, opposons sans aigreur, sans haine^ avec fermeté, toutefois, une grande réalité historique. Et cette réalité, c'est que, si la divine Providence a implanté la

qui aurnit été nnî.sîbV à l.i prcspôrîté d'une colonie britannique ft aurait augniPiité les incniivénients qu'on éprouve par suite i\f IVxistence de l'éléiiient français compact de la province de Québec."

Il est peut-être bon de donner le texte anglais de cette incroyable explosion de francophobie. Le voici :

" Tiieie is aiiDther important feature in tluMiiatter net to be overlookfd. Had tlie Acadiaiis remaiiifd in full force, tliey niijîht liave outiiumbered the Eiiglish and iii:idf^ Xova Sc-otia a Frencli Province like Que})ee. Tins would liave been injurions to the wf-lCare of a Brilish colony and woiild hâve ad'ifd to tlie inconveniences felt by the existence of the soliii Fr uch of Québec."

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