SYMPATHIES ANGLAISES
N'allons cependant pas donner, nous aussi, dans le fanatisme haïssable et dans l'aveuglement, et reconnaissons que la langue anglaise vaut mieux que bon nombre de ceux qui la parlent chez nous et s'en servent contre nous; reconnaissons surtout que notre malheur vient de ne point compter, au Canada, un plus grand nombre d'Anglo-saxons amis de notre langue, comme ces distingués universitaires, hommes d'Etat et journalistes que nous savons, qui ont jugé nécessaire à leur instruction d'apprendre notre langue et d'en instruire leurs enfants, qui l'aiment et la défendent en connaissance de cause, en toute sincérité et en toute ardeur; comme aussi ces gens du monde qui, à défaut d'instruction française, ont cependant l'éducation qu'il faut pour sentir que le parler français est respectable, digne d'égards et d'estime (^^5). La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a institué (191 1-12) des cours publics de français pour les personnes de langue anglaise, et ces cours sont bien suivis: de même se remarquent aux conférences et aux représentations théâtrales françaises (lorsqu'elles valent que nous. Canadiensfrançais, nous dérangions pour les entendre) un
bon nombre d'assistants de langue anglaise qui démontrent assez que l'élite anglo-canadienne ne se formalise point de la pénétration française, mais au contraire l'encourage.
Au point de vue constitutionnel aussi bien, notre langue a jusqu'à présent dû son salut et le devra encore demain à ces Anglais qui la comprennent ou tout au moins comprennent son rôle et sa fonction — ce qui revient à dire que c'est de Londres ou des gouverneurs venus de Londres (}^^) que nous avons déjà reçu et que nous recevrons encore les protections les plus efficaces et les plus clairvoyantes, surtout depuis la guerre, depuis l'alliance effective dans laquelle l'Angleterre et la France ont appris à se connaître et à se comprendre, depuis que ces deux puissances ont pu se rendre compte, autrement que par des discours de bienvenue, que leurs destinées nationales sont auxiliaires l'une de l'autre.
Dans sa préface au Glossaire d'Oscar Dunn, Fréchette a noté, en 1880, ces deux témoignages qui devraient se trouver, non seulement dans nos archives nationales, mais dans la mémoire de tous les Canadiens, quelles que soient leurs origines et leurs croyances religieuses:
Cette thèse de l'influence de la langue française en Amérique a reçu une sanction officielle de la part de lord Dufferin, dans sa réponse à l'adresse que lui présenta l'Assemblée législative au monient où il quittait le pays, et tout récemment, au banquet de la Saint-Jean-Baptiste,
de la part de son successeur à Rideau-Hall, le marquis de Lorne. Tous les deux ont exprimé cette pensée que, loin d'essayer à faire disparaître le français, l'autorité anglaise devrait au contraire en favoriser la diffusion, comme un moyen sûr de faire profiter les populations du Dominion des grandes idées que la France représente dans le monde, et de donner à la nationalité qui est en voie de formation sur cette partie du continent une originalité véritable et féconde.
Donc, quand nous faisons observer que la situation actuelle du français au Canada est devenue un problème difficile à résoudre, nous songeons à ces barricades que l'on érige autour de nos paroisses françaises et catholiques pour intercepter le courant et le choc des grandes idées qui doit produire la lumière, et nous songeons aussi à la raison principale qui meut l'autorité anglaise pour favoriser la diffusion du français au Canada "comme un sûr moyen de faire profiter les populations du Dominion des grandes idées que la France représente dans le monde." Si cette situation ne constitue pas un problème difficile à résoudre, c'est à ne plus comprendre ce que parler veut dire. Et nous voilà au rouet, dirait Montaigne.
Soyons Canadiens, Canadiens avant tout et formons un peuple nouveau, à la bonne heure! Constituons, si nous le pouvons, notre propre intellectualité, notre propre génie; restons catholiques et gardons notre langue pour servir de bouclier à notre foi, c'est parfait! Mais, pour garder cette langue, si c'est la langue française
que nous voulons dire, et non une autre, et non une langue qui va se périmant, et non un patois en formation, l'on peut prédire sans être grand prophète que nous ne réussirons point à la conserver au Canada, cette langue française, en fermant nos oreilles aux voix de France. Et à ces voix, à cette voix humaine, nous pouvons appliquer en terminant la définition de l'éloquent évêque que nous avons déjà cité: "Une voix, quelque chose d'immatériel et de sensible; quelque chose qui caresse et qui épouvante; quelque chose de si discret que l'oreille le perçoit à peine et de si sonore que l'espace en sonne; une voix, quelque chose qui éveille le courage, berce le chagrin, ébranle la volonté, chante, pleure, commande: le Dies irœ du sublime inconnu; le Requiem de Mozart, la Marseillaise de Rouget de risle, l'hymne 0 Canada-, une voix, presque rien, tant cela va sans laisser trace, et tellement tout que l'Eglise a épuisé son effort de louange à l'égard du Saint-Esprit quand elle a dit: Il a la science de la voix" (^^'^).
Conclusion
Au point de vue numérique, le parler français au Canada n'est point en péril (^^®). Le nombre ne mesure cependant pas également l'influence ou la puissance des Franco-canadiens, car à l'égard de la langue comme à d'autres égards, ils manquent d'organisation et se trouvent souvent dans un état d'infériorité par rapport aux autres races qui, comme les Hiberniens, ont constitué des sociétés secrètes pour élaborer leurs projets nationaux et les réaliser avant que les races concurrentes les apprennent et se mettent en état de les contrecarrer. Constitutionnellement, la langue française est officielle autant que l'anglaise au Canada {^^^), et semble se contenter de cet attribut qui menace de ne se retrouver bientôt que dans le texte des statuts: des vétérans de la politique nous disent que, de concession en concession, la langue française se parle et s'écoute de moins en moins au parlement fédéral.
Nous avons vu que le sol de la Nouvelle- France fut peu favorable au marcottage de la langue française pure — à preuve qu'il a fallu donner une dénomination particulière au parler des Néo-Français ou Canadiens, le franco-canadien, qui y a germé en dérivation du français. Et nous avons vu que si, d'une part, la langue franco-canadienne s'épure sans cesse pour se
rapprocher le plus possible du parler de France, elle se contamine fortement d'autre part, si bien qu'en certains milieux particulièrement envahis par l'anglais, dans les centres manufacturiers et parmi les populations circbnvoisines, cette langue aurait besoin d'une indication étymologique additionnelle pour préciser sa nature complexe et devrait se nommer l'anglo-franco-canadien. Généralement, la diffusion du français est sérieusement entravée. Les attaques politiques dont il est l'objet en quelques provinces ne doivent en rien provoquer son abandonnement, mais au contraire engager les populations opprimées à s'y tenir plus fermement. Les moyens d'enseignement devenant plus difficiles en ces provinces contrariantes, il est à craindre que le langage foncièrement incorrect du populaire ne se diffuse avec trop de licence en manquant d'un système de redressement suffisamment organisé. L'industrie est le plus puissant propagateur de l'anglais au Canada; et dans ce pays en plein développement, on peut aussi bien appréhender que cette propagation quasi mécanique de l'anglais ne paralyse dans une large mesure les efforts de l'enseignement français et de l'épuration verbale qui aurait cependant assez à faire contre les affections organiques du langage: les anglicismes, les barbarismes, les solécismes, les canadianismes de trop mauvaise frappe, les formes dialectales équivoques et
l'anémie du vocabulaire — surtout si le peuple persiste, par un "faux respect de la tradition," à filier son langage à une langue demi-morte, et s'il ne revient pas des préjugés dont il a été pénétré à l'endroit de la France, source de notre parler. Il faut donc espérer que la guerre nous corrigera de cet illogisme suprême, générateur de tout le mal et qui fait naître, chez ceux-là mêmes qui prêchent le triomphe de la civilisation française, de l'aversion à l'apercevance de tout ce qui est français. Et pour l'avancement de la langue française dans notre pays, aussi bien que par loyauté à la Grande-Bretagne, outre les autres espoirs que nour nlaçons dans la victoire des Alliés contre la coai.tion teutonne, nous devons faire des vœux ardents pour que la France remporte de la guerre les plus beaux lauriers. Mais nous ne devons point nous bercer de l'illusion que la victoire des Alliés sera, comme elle devrait s'acheminer à l'être, un motif décisif de réconciliation entre les deux races anglo et franco-canadiennes. Celle-ci — un député des Communes l'en a déjà avertie (^^°) — s'entendra réclamer des comptes. L'autre, en effet, ne manquera pas: de lui reprocher le peu d'ardeur qu'elle aura montré pour l'enrôlement et de diminuer à sa plus simple expression sa participation réelle; de lui garder rancune de la campagne nationaliste contre l'aide à l'Angleterre; de faire état des outrances de langage commises
de côté et d'autre et qui seront portées au passif de toute la race. Et comme la raison du plus fort sera toujours la meilleure, les Franco-canadiens ne gagneront guère à ce procès.
Par ailleurs, les amis du frariçais vont se multipliant parmi les Anglo-canadiens instruits et de bonne foi qui savent faire la part des gens et des choses; l'opinion publique s'éclaire et le rôle de la langue française se comprend mieux. . . La truculence ultramontaine de Louis Veuillot nous agrée comme la philosophie méthodique cartésienne congrue au sens pratique de nos compatriotes anglais. Or, Veuillot a écrit: "Le Beau, c'est le bon sens qui parle français"; de son côté. Descartes a dit: "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée." L'espoir serait-il donc aussi invraisemblable qu'un rêve, d'un rapprochement du bon sens et du beau, par un accord patriotique autant qu'utilitaire ? Si bien que malgré toutes les luttes, on pourrait entrevoir, un jour ou l'autre, à défaut d'un règlement final de la situation politique du français, l'intervention d'un modus Vivendi permettant — comme c'est le cas en Acadie — l'enseignement libre et normal du français aux minorités dont c'est la langue maternelle. Dans les plus grandes villes, à Montréal et à Québec, le français est plus cultivé, les livres de France sont plus répandus, la littérature française est davantage pratiquée et un plus grand nombre s'y adonnent que par le
passé. La connaissance du français est jugée le complément d'une bonne éducation dans les familles anglaises à l'aise, et la société francocanadienne honnête aspire au perfectionnement de la conversation. Les études classiques devenant progressivement plus sérieuses à mesure que l'accès des professions libérales exige une plus forte préparation, la fréquentation des auteurs français se fait aussi plus étendue et plus régulière (^^^). Le sentiment populaire français, amorti depuis plusieurs années par les préventions religieuses et nationales, se ranime à la vue de la France telle que la guerre l'a révélée; et cet heureux retour devra disposer le peuple et ses éducateurs à écouter de meilleure grâce et avec plus de profit les voix de France, inspiratrices et gardiennes naturelles, et même les seules gardiennes de la langue française au Canada. Si tant est que la race canadienne-française doive sauvegarder son tempérament distinctif et pour cela penser autrement qu'on pense en France, et si tant est que la langue franco-canadienne doive se perpétuer comme un idiome sui generis, cet heureux retour au sentiment français fera peutêtre enfin comprendre que, pour revigorer celui des éléments constitutifs de notre race et de notre langue que la désignation même de notre race et de notre langue déclare français, et pour que cet élément essentiel ne se dégrade point tout à fait, il peut, certes, n'être pas indispensable que
nous nous départions d'une réserve qui, si l'on y tient, doit marquer et maintenir notre dégagement des idées françaises; mais si cette réserve se mue en animadversion outrée, comme celle que nous voyons ressourdre à chaque rencontre et qui éclabousse tout ce qui est français, la langue comme le reste, cette langue française qui doit rester l'unique marque de notre caractère ethnique, cette langue française, ainsi éclaboussée, ainsi couverte de salissures, n'aura bientôt plus l'attirance et la beauté qu'il importe de lui trouver et de lui reconnaître pour nous justifier de l'apprendre et de l'étudier comme il est nécessaire que nous l'apprenions et l'étudiions, d'abord pour la posséder avant de prétendre à la conserver, ensuite pour la respecter nous-mêmes afin de la faire plus sûrement respecter de nos compatriotes qui l'ignorent ou la méconnaissent. En un mot, et précisément pour consolider cette originalité nationale dont nous sommes si jaloux, il faut à toute force nous résigner à affectionner la langue française, telle qu'elle est de nos jours vivante et, au demeurant, fort avenante et bien portante.
Que si l'on me reproche d'avoir employé des couleurs sombres pour brosser le tableau de la langue française en son état actuel au Canada, j'alléguerai que tant de nos compatriotes peignent cette situation avec des couleurs trop brillantes, que j'ai cru mieux servir notre parler
en signalant à ses amis les dangers nombreux et très réels auxquels, de notre temps, il est exposé, plutôt qu'en augmentant le répertoire des hyperboles inutiles et des flatteries pernicieuses. Que si l'on a été surpris de m'entendre dire quelques louanges de la France, je confesserai mon désir que ces louanges soient un peu compensatoires et rendent moins lourde la charge des calomnies et des médisances que l'on a déposée contre elle dans la balance de l'opinion canadienne, et qu'il n'a fallu pour cela que proclamer la vérité. Que si, enfin, l'on m'impute de m'être en tout cela montré plus français que catholique, j'exciperai de la doctrine même de M. Henri Bourassa, ou, à coup plus sûr, de celle de ses doctrines qui est la moins contestable et qui n'a d'ailleurs pas encore été contestée, puisqu'elle ne l'a fait pécher ni par indépendance catholique, ni par mécréance britannique, ni par fétichisme français:
"D'abord, dit-il, nous croyons que la langue, sa conservation et son développement sont pour nous l'élément humain le plus nécessaire à la conservation de notre foi; et deuxièmement, dans la simplicité de notre pensée et de notre cœur, ayant conservé, dans cette province moyenâgeuse, la foi catholique telle qu'elle s'enseignait autrefois, nous croyons que l'Eglise a des promesses de vie éternelle. De plus, nous pensons que d^ns toutes les revendications de
l'Eglise, les premières démarches, comme la direction générale, doivent venir de ceux en qui nous voyons concertée l'autorité léguée par Jésus-Christ à ses apôtres, et transmise par eux aux évêques et au clergé des siècles qui se sont succédé — tandis que la langue, c'est notre bien à nous: et si nous ne le défendons pas, personne ne le sauvera pour nous" (^^2).
En vérité, l'on ne saurait conclure autrement.
Depuis que M. DeC elles, sandioiché du Droit et de la Vérité — oh, l'emprise des titres ! — a déclaré mensongère et injuste mon étude sur la langue française, fai cru devoir multiplier jusqu'à superfétation les notules, notes, renvois, références, gloses et scolies; j'ai mis des points sur les i et jusque sur les j. Cette tautologie, moyennant quoi je m' efforce d'éviter la gratuité de nouvelles accusations, agacera le lecteur qui sait lire; mais de pareilles précautions sont nécessaires et jamais surérogatoires, puisque toujours insuffisantes. J'ai même fait quelque citation des aveux qui — Dieu lui pardonne ! — ont échappé à M, DeCelles dans son empressement à sauver nos institutions . . .
Page 2-(l). Pour marquer les limites, à peu près, du registre qu'ont parcouru les chantres du parler francocanadien, soprani et basses:
C'est la belle langue française qui résonne à nos oreilles (au Canada), un peu moins claire, moins vive qu'en France, mais c'est la vraie langue classique, point entachée du tout de patois ni de néologisme, telle qu'elle était parlée au XVIIe siècle par les gentilshommes de l'Ile-de-France, de la Bretagne et de la Normandie, avec cependant un petit tour naïf et délicieux comme le style de saint François de Sales. (Père Pierre-Marie CoURBON, M.S.-C; les Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, Paris, mai 1902, pp. 288-292. Le père Courbon demeurait depuis une année à Québec).
Oh! le langage canadien! On prétend que c'est du français! L'Européen de langue française, au moment où il débarque sur la . terre canadienne, reste stupéfait, l'accent qu'il entend est intraduisible; où donc est-il? Quel est le langage qu'il entend? ELst-ce
donc là le parler français des Canadiens-Français qu'on lui a tant vanté ? Est-il, par un miracle incompréhensible, transporté au XVIIe siècle dans le village le plus reculé de la vieille Bretagne française où l'on ne parle que patois? (J.-E. V'Gnes, La Vérité sur le Canada, Paris, 1909, p. 241. M. Vignes a vécu de la vie canadienne, dans la métropole du Canada, pendant près d'une année; il a côtoyé et fréquenté un peu tous les milieux).
Page 3~(2). James Geddes jr, professeur de langues romanes à l'université de Boston: " American-French Dialect Coînparison", dans les Modem Language Notes, Baltimore (Md). déc. 1893; janv. 1894; déc. 1897; janv.fév.-avril-mai 1898;
Mémoires du Premier congrès de la Langue française au Canada, Québec, 1914, p. 1;
Adjutor RiVARD, Etudes sur les Parler s de France au Canada, 1914.
Page 4- (3). Revue des Deux Mondes, Paris, 5 déc. 1850, t. VIII. p. 988.
— "Vers 1630, dit M. Lavisse (donc à l'époque du peuplement du Canada par les colons français), la langue française était inconnue au plus grand nombre des Français. Les zones de la langue d'oc et de la langue d'oïl répondaient à peu près à celles des deux droits; les dialectes de l'une et de l'autre demeuraient vivaces." Hist. de France, t. VII, pp. 159-160; citation de M. RiVARD, op. cit. p. 13.
— Les Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France (t. VI) rapportent, dans leurs Matériaux 'pour servir à l'histoire de France, la traduction de la parabole de l'Enfant prodigue en 86 idiomes ou patois de France; 80 afférent à la langue d'oïl, et 6 à la langue d'oc.
Page 5-(4). Mémoires d' Outre-Tombe, 1ère partie, liv.
Page 5-(5). Candide, ch. XXIII:— Ah! Pangloss! Pangloss ! Ah ! Martin ! Martin ! Ah ! ma chère Cunégonde !
Qu'est-ce que ce monde-ci ? disait Candide sur le vaisseau Hollandais.
— Quelque chose de bien fou & de bien abominable, répondoit Martin.
— Vous connoissez l'Angleterre, dit Candide, y est-on aussi fou qu'en France ?
— C'est une autre espèce de folie, dit Martin; vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpens de neige vers le Canada, et qu'elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut. De vous dire précisément s'il y a plus de gens à lier dans un pays que dans un autre, c'est ce que mes foibles lumières ne me permettent pas.
Dans Micromégas, les Embellissements de la Ville de Cachemire et La Princesse de Babylone, notamment. Voltaire satirise ainsi la guerre et toutes les guerres.
— Dans son Histoire du Canada et des Canadiens-Français, 1884 (p. 238) Eugène Réveillaud a retracé l'expression, inspirée par la même pensée ultra-pacifiste, dans une correspondance antérieure de Voltaire à M. de Moneril (27 mars 1757): "On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge dans notre continent à propos de quelques arpens de glace en Canada."
— Dans La Colonisation de la Nouvelle- France ( 1 905), Emile Salone fournit (p. 429) d'autres citations de Voltaire sur le Canada. Dans son Précis du règne de Louis XV, Voltaire énonce la raison véritable de son opposition à la colonisation de la Nouvelle-France: "On a perdu en un jour . . . quinze cents lieues de terrain. Ces quinze cents lieues étant des déserts glacés, n'étaient peut-être pas une perte réelle. Le Canada coûtait beaucoup et rapportait trèspeu."
— Sous ce titre même. Les Arpents de neige, M. Maurice Trubert, au cours d'un récent article dans un journal de Bordeaux, attribue cette dédaigneuse appellation au duc de Choiseul. V. Bull, de la S. du P. /., vol. XV. p. 90.
Page 6— (e). Cours d'histoire, vol. 2, p. 11.
Page6-(7). Op. cit.. p. 17.
Page 7- (8). Op. cit., p. 40.
Page 7- (9). M. Marius Barbeau, ethnologue de la Commission géologique du Canada, s'applique depuis quelque temps à recueillir à la sténographie, de la bouche de nos paysans, les récits légendaires et merveilleux que la tradition a déposés dans leur mémoire. Cette transcription semblerait nous faire trouver, dans le folklore, un fidèle échantillon du langage de nos ancêtres, puisque les narrateurs, illettrés pour la plupart, ne font que répéter les récits qu'ils ont appris et tels, apparemment, que ces récits ont été transmis de génération en génération. Mais il importe de noter les déclarations du transcripteur, qu'il a* dû faire plusieurs corrections et arrangements dans les textes qu'il a recueillis, afin de rendre ces textes publiables. (Cf. The Journal of American Folk-Lore (Lancaster, Pa.), numéro consacré aux Contes populaires canadiens (français), janvier-mars 1916; et un nouveau numéro spécial devant paraître au commencement de 1917).
Page 8- (10). L' Instruction au Canada sous le régime français {1635-1760), 191 1, passim. Cf. Thomas Chapais, Jean Talon, 1904, ch. XVI. J. -Edmond Roy, Histoire de la Seigneurie de Lauzon, t. III (1900). ch. 29; t. IV (1904). ch. 6 et 8. Sur le langage des anciens Canadiens, V. p. 198 et suiv. du t. IV de ce dernier ouvrage.
Emile Salone, op. cit., p. 405: Il y a longtemps que, dans les trois villes de la Nouvelle-France, on a pourvu à l'instruction de la jeunesse . . . Mais en dehors des villes, les écoles font absolument défaut, et les habitants des campagnes, c'est-à-dire la grande majorité de la population, demeurent condamnés à l'ignorance. Dès la fin du
dix-septième siècle on essaie de porter remède à une situation aussi déplorable.
Page 9-(ll). Cette affirmation m'a valu, de la part du Droit, l'épithète de cruel menteur.
Ce ne furent, a-t-il rectifié, que de rares exceptions qui se firent coureurs de bois; les autres se groupèrent autour de l'habitation de Québec défrichant leurs terres et s'efforçant d'élever leur famille selon les instructions des missionnaires (20 mai 191 6).
Peut-on méservir ainsi la langue que l'on est aux gages de défendre! C'est de la baraterie pure et simple. Pour l'amour de la langue française, de la claire et de la vraie, de celle d'aujourd'hui aussi bien que celle du XVlIe siècle, le Droit devrait bien mettre ses rédacteurs devant le métier que Boileau recommande aux élèves de syntaxe. Admirez la bienfacture de ce style, et voyez ces "exceptions qui se firent coureurs de bois" ? Et ces autres, ces autres exceptions, qui se groupèrent autour de l'habitation, de l'habitation défrichant leurs terres (les terres de ces exceptions), etc., selon (pour en suivant) les instructions des missionnaires. Et pourquoi ces terres et cette famille diffèrent-elles de nombre ? . . . Mais passons, pour indiquer au gazetier qui s'est prononcé là-dessus, les documents qu'il pourra consulter s'il s'avise jamais, avant que de bousiller de pareilles négations historiques, de se renseigner sur la quantité et la gravité des abus auxquels a donné lieu la traite, "un des fléaux du temps" (Sulte):
S et Ordonnan
ces, vol. I
Gabneau
vol. I
vol. II
Hisl. des Can.-Franç. vol. V pp. 29. 35. 52. 99. 123. 127. (SULTE) vol. VI p. 123; 147;
vol. VII p. 6.
Emile Salone, op. cit., p. 169; 5e part., ch. II entier; p. 392. et passirn. P. 256: La course des bois risque de compromettre l'œuvre de Talon au nnoment oij les plus belles espérances sont permises. Voyez quelle dîme elle prélève. "Il y a 800 coureurs de bois", dit Duchesneau. De 500 à 800. dit Patoulet. Prenez le plus bas chiffre. 500; ce n'est que le vingtième de la population totale, mais ce n'est, ni plus ni moins, que le tiers de la population masculine adulte P. 257: Il faut en venir bientôt à une
répression plus énergique. En 1672, les coureurs de bois risquent le fouet et, en cas de récidive, les galères. En 1673. la sévérité s'aggrave. Défense de vaquer plus de vingt-quatre heures dans les bois sans permission, à peine de la vie .... P. 259: (Cependant, les mesures de répression n'ont pas eu grand résultat). Cet échec de la répression s'explique par la complicité universelle. Parmi les condamnés ne trouve-t-on pas les noms les plus respectés de la colonie, un Hertel, un Legardeur ? Il n'est pas jusqu'aux représentants du roi qui ne prêtent au soupçon. Ils se chargent du reste les uns les autres. Duchesneau accuse Perrot et Bizard, le gouverneur et le major de Montréal, et Frontenac rend à Duchesneau accusation pour accusation, fait faire le procès de Perrot, et. dans une dépêche chiffrée demeurée fameuse, met en cause les Jésuistes. A Versailles où il y a un juge impartial, Colbert. c'est Frontenac qui est condamné . . . Etc. V. les docunïents auxquels M. Salone s'est référé.
Page 10-(12). Ernest Marceau. "La langue que nous parlons". Revue Canadienne, fév. 1915.
— A raisonner ainsi, l'on pourrait en revanche établir, et la démonstration ne serait pas moins spécieuse, que nous nç
saurions nous réclamer des classiques anciens puisque leur français, dans les mots, est devenu, parfois, aussi peu correct que celui des plus illettiés de nos contemporains, que des mots identiques se trouvent chez les uns et chez les autres, mais que ces mots communs ne sont pas précisément ceux qui marquent le degré de perfection auquel la langue française est parvenue. Ex.: Dans les Cent Nouvelles NOUVELLES: accordement (conciliation), trouver en belle (avoir l'occasion favorable), excusances (excuses), flambe (flamme), harier (fatiguer — d'où aria), inventoire (inventaire), mauvaise té (méchanceté), en son par-dedans (intérieurement), porcionner (faire des parts), repatrier (rapatrier), ruer (jeter, lancer), suspicionné (soupçonné), tanné (lassé), tu scaras (sauras); Dans MONTAIGNE: abrier (abriter, couvrir), astheure (à présent), bavasser (bavarder), nnorfondement (refroidissement), nuisance (tort, incommodité), parlement (conversation, discussion), pensement (réflexion), prospect (vue), par regard de (par rapport à), si qu'il était (de telle sorte), sentir (écouter), succéder (réussir), sus (dessus, sur), virer (aller en tournant), revirer (retourner), usance (usage) ; Dans Rabelais: absenter (éloigner), allumelle (lame), grande année (année de moisson abondante), arrachit (arracha), barbouilleries (barbouillages), bas-cul (croupière), faire besoin (manquer), breume (brume), cerne (cercle), davant (avant), diviner (deviner, prévoir), ententivement (attentivement), esparvier (épervier), fené (fané, flétri), fruitage (des fruits), hault du jour (midi), incréable (incroyable), impréciable (inappréciable), insigne (enseigne), laboureux (laboureur), létanies (litanies), menteries (mensonges), méchantement (méchamment), myrailler (miroiter), naveau (navet), nayer (noyer), oubliance (oubli), perfumé (parfumé), plonge (plongée, plongeon), plumart (plumet), queconque (quelconque), quitter (céder, abandonner), rechiner (rechigner), rifler, égrafîner (érafler, égratigner), roustir (rôtir), sarge (serge), solide (vrai, réel, entier).
soucilles, sourcilles (sourcils), sucrée (délicate), suffisance (quantité suffisante), tousseux (tousseur), traîne (traîneau), turquoise (turque), vaisseaulx (vases), tu voiras (verras); Dans Villon : s'ayser (se mettre à son aise), bouter (frapper, pousser), boyser (travailler le bois), canceler (barrer, annuler), escarbouiilé (écrasé), se fumer (s'emporter, se mettre en colère), j 'espoir (j'espère), fausserie (fausseté, fausse accusation), foncer (donner de l'argent, des fonds), friquet (freluquet, dandin), grafignier (déchirer avec les ongles), bien habitué (qui a de bonnes habitudes, de belles manières), hébergement (accueil), histoires (ornements), là-sus (là-haut), lavaille (eau qui a servi à laver), malheuretés (infortunes), noailleux (noueux), partement (départ), se peiner (se donner de la peine), plain (entier, solide, franc), plaindre (regretter), plaisances (plaisanteries), reminer (considérer), se revencher (prendre sa revanche), revenue (retour), sumer (semer), tenné (ennuyé), se travailler (s'employer), venteur (qui se vante). Ainsi de suite.
Page n-(13). J.-Edmond RoY, op. cit., t. IV, p. 197.
Page 12-(14). Notre langue assigne à chaque mot dans chaque phrase et à chaque phrase dans le discours une place obligatoire (Etienne Lamy).
Page 13-(15). Rabelais employait aussi bien ce quanque, qui ne signifiait d'ailleurs pas quand, mais tout ce que.
"Messieurs de l'Académie dans leurs observations sur les remarques de Vaugelas ne condamnent point quant à moi .... Ils proscrivent qu^nt et moi pour avec moi" (Richelet).
— Je ne donne, ici et ailleurs, que juste ce qu'il faut d'exemples typiques pour illustrer, lorsqu'il y a lieu, notre analyse du parler franco-canadien. Je n'y cherche aucune
complaisance et ne songe même pas à écrémer. Les collectionneurs, et ceux de mes lecteurs à qui j'aurais la bonne fortune de suggérer la curiosité du plus grand nombre possible de nos expressions diversement défectueuses, pour s'en garder désormais, les retrouveront dans les recueils particuliers des épurateurs dont les noms sont indiqués au cours de cette étude, et pourront même se contenter du Bulletin de la Société du Parler français, dont la série constitue le spicilège et le florilège, le trésor officiel des locutions que nous ferions bien de laisser de côté.
Page 14- (16). Ces deux exemples sont rapportés par le Bull, de la S. du P. /.. vol. 111, p. 32. vol. VI, p. 119.
Page 14-(17). Les épithètes d'horrible, d'effroyable et quelques autres semblables s'appliquent souvent en notre langue aux choses bonnes et excellentes, quoy qu'elles ne semblent convenir qu'à celles qui sont très-mauvaises et très-pernicieus.es ... Et tant s'en faut que cette façon de parler soit mauvaise, ny qu'il la faille condamner, qu'au contraire elle est élégante. {Remarques sur la langue française).
Page 16 (18). Un sergent du 22e m'écrit: ". . . . Le pays que nous traversons ne dira toujours pas que le 22e ne parle pas français. A dix nous arrivions, l'autre soir, avec un billet de logement, chez la comtesse de X . . . qui est la plus comtesse des douairières, à ce qu'il paraît et qu'il nous est bien égal, mais la plus charmante des femmes et à souhait gâteuse de soldats. "Si vous manquez de quoi que ce soit, nous dit-elle, faites-moi la grâce de me le demander sans discrétion. Messieurs les militaires du Canada, puisque je ne serai que trop peu de temps votre hôtesse affectionnée" . . . Aussi notre caporal n'a-t-il pas manqué de faire à notre hôtesse affectionnée "la grâce"
d'aviser une coupe de bananes qui traînait sur l'authentique buffet Henri-II de l'authentique comtesse de céans:
— Comtesse, aveindez-nous donc les bananes!
"Comme elle avait heureusement autant de lettres que d'esprit, elle les a aveindues avec un empressement exquis, en nous aveindant aussi un sourire meilleur que ses bananes. Mais nous n'avons pas, dans notre intendance canadienne, de René Benjamin pour relater les aventures de nos Gasjpards."
Page 17- (19). Récréations grammaticales et littéraires, 2e édition, 1910, p. 198 et passim.
Page 21 -(20). Dans cette étude sur la langue française en son état actuel au Canada, nous ne nous occupons pas du parler des Canadiens-français émigrés aux Etats-Unis; ce parler franco-américain ferait l'objet d'une étude intéressante, mais particulière. Les Canayens des States sont ceux de nos frères exilés qui se sont noyés dans l'élément anglo-américain, qui ont d'abord trouvé quelque avantage à traduire en anglais leurs noms français (l^ehlanc-W hite, Uuhois-W oods, BoileaiU-Drinkwater, etc.), ont peu à peu troqué leur langue maternelle contre le yankee, et ont même et le plus souvent changé de religion. Ils ont donc rompu avec la famille canadienne-française, et la famille canadienne-française, aussi bien, les a décomptés, comme disent joliment de leurs morts nos paysans de la Gaspésie. S'ils se souviennent de leur nationalité originelle, c'est pour la corriger en se désignant eux-mêmes des Canayens des States. Le nombre de ces décomptés est heureusement infime. Les group>ements sociaux et nationaux des Canadiens-français des Etats-Unis, notamment ceux du Rhode- Island, du New- York, du Vermont, du Maine, du New- Hampshire, du Massachusetts et du Connecticut, sont au contraire fort attachés au français, qui fait leur orgueil. Ils respectent et cultivent de leur mieux la langue maternelle,
et se rendent compte que sa survivance dépend uniquement de leurs propres soins, n'étant point garantie par des droits constitutionnels plus ou moins hypothétiques et dont l'énoncé, comme le texte de toutes les lois humaines, n'est jamais si serré qu'il n'empêche un politicien oppresseur, flanqué d'un procédurier retors, de passer au travers avec un attelage à quatre — drive a coach and four through any Ad of Parliament, ainsi qu'un O'Connell le pensait et qu'un Ben Butler l'expérimentait. Lord St. Leonards disait de même: nothing is so easy as to pull them to pièces. (Sur la langue française parlée aux Etats-Unis, V. abbé F.-X. BuRQUE, "U Anglicisme", Bull, de la S. du P. f., vol. III. p. 197; Mémoires et Compte rendu du Premier cong. de la lang. fr. au Canada, passim; Ed. de Ne VERS, L'Ame américaine, 1900, vol. II, p. 365 et passim; Controverse engagée entre journalistes franco-américains sur l'avenir d'une "langue canadienne," extraits rapportés dans le Bull, de la S. du P. /., vol. XIII, p. 415; Statistiques de M. L.-J. K.- Lafl AMME," i^renc/i Catholics in the United States", dsnis The Catholic Encyclopedia, 1909, vol. VI. Documents relatifs à la lutte des Franco-américains du Maine, en 191 1 , pour la revendication des droits du français dans les paroisses catholiques du diocèse de Mgr Walsh; affaire de la Corporation sole; V. plaidoyer de M. Godfroy-S. Dupré, avocat de Biddeford, et autres pièces dans la Revue Franco-Américaine (Montréal), nos de nov. et déc. 191 1. A lire l'amusante anecdote de l'ambassadeur de France aux Etats- Unis parlant "la langue des Canadiens de sang français," article de M. Adjutor Rivard, Bull, de la S. du P. /., vol. XIII, p. 56; etc.
Page 21 -(21). Paysan de Saint- 1 renée (Bas-Canada), d'après les renseignements recueillis sur les lieux en 1861 et 1862. Dans la collection "Les Ouvriers des deux mondes," publiée par la Société internationale des études pratiques d'économie sociale. Paris, 1875, 1ère partie.
Page 22- (22). Avant de me démentir ex abrupto, les rédacteurs du Droit feraient bien d'aller se promener un peu dans les rues de Hull ou de la basse-ville d'Ottawa; ceux de la Vérité, dans les rues de Saint-Sauveur; ceux de la Croix, dans les rues du Mile-End ou d'Hochelaga.
Page 26-(23). Bull, de la S. du P.f., vol. XII, p. 382; vol. XIV. pp. 28. 59. 149. 218. 263. 310. 354. 358. 422. 435.
Page 26-(24). Citation du Bull, de la S. du P. /., vol. V, p. 199.
Page 27-(25). Bull de la S. du P. /.. vol. IV. p. 330.
Page 27-(26). Cf. Charles ab der Halden. Etudes (1904) et Nouvelles Etudes de Littérature Canadienne Française (1907); et l'article que j'ai consacré à cet ouvrage dans la Revue d'Europe et des Colonies, décembre
Page 28- (27). Mémoires du Premier cong. de la lang. fr. au Canada, Québec, 1914, p. 554.
Page 30- (28). Rémy de Gourmont. Esthétique de la la,ngue française, nouv. éd., 1905. ch. IV, p. 60.
— Et Jean Richepin nous confesse de son côté que, pour parvenir à traduire exactement certains poèmes, il recourt au vocabulaire qu'il a réussi à ramasser
à la fin d'une longue carrière passée à fouiller non pas les dictionnaires, comme on croit, mais le langage des gens qui parlent: car, en réalité, pour savoir une langue, ce n'est pas dans les dictionnaires qu'il faut la chercher, c'est dans les corporations qui parlent chacune leur langue . . .Quand on veut bien parler le français, voilà les vrais dictionnaires qu'il faut consulter. Il faut voir les gens des différents métiers, demander des détails comme si on voulait soi-même être un apprenti dans le métier, et laisser tout cela s'entasser dans sa tête — ce qui fait qu'un beau jour, quand on veut trouver des mots, quand on a une idée qui paraît bonne et qu'il faut l'habiller, on sort de sa tête tous les vêtements.
c'est-à-dire tous les vocables qu'on a — il y en a en or, en soie, en coton, en vieille laine usée; mais, avec tout cela, on trouve le coptume qu'il faut. Et, quandl'idée est vêtue, on lui dit: — Et maintenant, marche et danse, te voilà belle, tu peux t'envoler. — (Conférence à l'université des Annales, 5 mai 1915).
Page 36- (29), Cf. Lexique cariadien-françaif^, dans chacun des numéros du Bulletin.
Page 47- (30), Cf. renvoi 25 (annonce^ -réclames) et note 104 {Parinan French.)
Page 47-(3i), L'Anglicisme de notre XV II le siècle, conférence de Jean RiCHEPiN à l'université des Annales. 23 fév. 1916.
Page 48-(32). "Matcher," dans un article de Franc- NoHAiN, Je sais tout, 15 déc. 1905, p. 606.
Page 48-(33). Mesure de longueur anglaise qui n'a pas de traduction dans le français moderne, mais dont les Canadiens-français ont fait verge.
Page 49- (34). L'anglais a emprunté environ 30,000 mots à notre langue; et les Normands, avec Guillaume, ont donné à l'Angleterre une foule d'expressions qu'ils ont plus tard portées jusqu'au Canada. Il est donc possible que des vocables anglais aient même forme que les nôtres, sans que nécessairement ceux-ci soient issus de ceux-là. — Adjutor Ri YARD. Bull, de la S. du P.f.. Vol. VII. p. 251 .
ELx: Robeur (voleur, Marie de France), grevance (grief, chagrin, Charles d'Orléans), plenté (quantité, Villeïiardouin), clergie (la société des clercs, Gerson), prest (prêtre, Christine de Pisan), nice (joli. Rabelais), oystres (huîtres, Villon), pleige (caution, répondant, Id.), scotiste (écossais, Id.), etc. Budget est un vieux mot français, hoidgette (petite bourse, Maurice Block). qui serait passé
en Angleterre et serait revenu en France (V. R.-G. Lévy). Trousse, substantif verbal de trous:'.er (tortiare), est devenu en anglais truss et nous est revenu drosse, terme de marine (Gourmont). Espérons que hievre, dont les Anglais ont fait heaver, ne manquera point de nous revenir de même pour désigner les hievres qui donnèrent leur nom à la Bièvre "dans laquelle circulaient des castors" (Flammarion.)
Page 49-(35). Bull, du la S. du P. /., Vol. IX, p. 203.
Page 49-(36). Conférence d'Adolphe Cohn, directeur des cours de langues romanes à l'université Columbia, à l'Alliance française d'Ottawa, 1er mai 1914.
Page 51 - (37). J.-P. Tardivel, L'Anglicisme, voilà l'ennemi! broch. 1880, p. 7.
— M. DeCelles reconnaît lui-même les ravages de l'anglicisme:
The great enemy of the French language hère is the English» especially in the cities. As nearly ail French-Canadian laborers* clerks, shop boys and girls speak both languages, they often, too often, introduce — without leave of the clergy — English sentences literally translated, besides many words singly. The other day a countryman of mine told me: "Vous regardez bien, monsieur," from the Enghsh "You look well", but meaning in French "Your eyesight is good" or "You look to the right direction." This perversion of language is fatal among people slightly educated (Citizen. Ottawa, 27 mai 1916.)
Page 53- (38). Cet incroyable anglicisme, sur quoi nous tirons l'échelle, se letrouve dans le dcrnier-né de nos romans canadiens.
Page 56-(39). ''L'Anglicisme", Bull, de la S. du P. /., vol III, p. 197.
Page 56-(40). Cf. A. RivARD, " La francisation des mots anglais dans le franco -canadien" , Bull, de la S. du P. f., vol. V. p. 252.
Page 58-(4i). Op. cit.. pp. 89, 1 10.
Page 59-(42). Jargon: langage, expressions, tours de phrase particuliers à certaines gens (Bescherblle). Le jargon diffère de Yargot en ce que celui-ci est toujours une langue de convention, tandis que le jargon peut varier d'homme à homme et avoir ainsi, dans le mauvais goût de chacun, des caractères propres d'originalité. L'un (le jargon) change avec les pays et les classes d'hommes d'un même pays; l'autre (l'argot) peut changer de société à société, d'individu à individu {Id.)
Jargon: langage altéré (Littré). Abusivement, le jargon est une langue étrangère qu'on n'entend pas {Id.): c.-à-d. dans le sens impropre du terme.
Stapfer: La grande différence entre les jargons et les patois demeure que les patois sont de véritables langues qui ont leurs lois, leur organisation, leur grammaire, tandis que les jargons provinciaux ne sont que des excroissances (Bossuet eût dit: des excréments) qui, par contagion et imitation, se répandent au dehors d'autant plus facilement qu'elles sont plus extérieures et plus superficielles.
Ibid.: Il faut suspecter les phrases de jargon, parce qu'il est probable d'avance qu'elles sont la corruption d'un français meilleur; il faut accueillir les mots de jargon avec une curiosité sympathique, parce que, toujours intéressants à connaître, ils sont quelquefois des aventuriers de fortune, et très souvent des vétérans émérites, encore bons au service actif.
Lafaye: On nomme jargon tout langage obscur.
Vingt jargons barbares succèdent à cette belle langue latine qu'on parlait du fond de l'illyrie au mont Atlas (Voltaire) : c.-à-d. vingt langues dérivées, mais de façon barbare, du latin.
La ville est partagée en diverses sociétés qui sont comme autant de petites républiques qui ont leurs lois, leurs
usages, leur jargon (La Bruyère). Il n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon et le barbarisme, et d'écrire purement (Id.). Le jargon fleuri de la galanterie (Rousseau). Le jargon des livres (Id.). Le jargon de l'amour (La Fontaine). Le jargon des précieuses (Tallemant). Vous avez l'art d'endormir ma douleur Au doux jargon de muse marotique (Chaulieu). Le jargon des savants (Voltaire). Le jargon des chasseurs (Id.). Le jargon du monde (Marivaux). Le jargon de la philosophie (Con- DILLAC). Etc.
Page 61-(43). Bull, de la S. du P. /., vol. XIII. p. 462; vol. XIV, p. 40.
Page 65- (44). L'Avenir du Peuple canadien-français, 1893, page 142.
^ Page 70-(45). "Lalanguefrançaise elles Ecoles primaires", article dans VAlmanach de la langue française, 1916, p. 62.
Page 70- (46). Sénateur Pascal Poirier, discours au Cong. de la lang. fr. au Canada, Compte rendu, p. 281.
Page 70- (47). Bull, de la S. du P. /., vol. I. p. 118. Cf.
Mgr Laflamme, "La Société du Parler français au Canada", Bull, de la S. du P. /.. vol. I, p. 37.
Page 73- (48). Préface aux Fautes à corriger, de Lusignan.
Page 76-(49). Antonio Perrault, "Les avocats et le parler français", dans V Almanach de la langue française, 1916, p. 72.
Page 76- (50). A ceux de nos avocats qui ont le souci de franciser leur vocabulaire professionnel se recommande
l'article de M. l'abbé Etienne Blanchard, "Le bon langage au Palais", Revue Canadienne, nov. 1916.
Page 79-(51). Le labeur est immense et l'étude infinie ix)ur arriver à écrire bien en n'écrivant pas mal (c.-à-d. pour apprendre à ne pas écrire mal). Taine avait calculé que quinze ans sont nécessaires à ce travail; mais le chiffre est insuffisant, arbitraire, et la vérité est qu'il y faut peiner toute sa vie (Stapfer, op. cit., p. 257.)
Page 79-(52). Jean RiCHEPiN, De la langue française. reproduction introductive au catalogue des Beaux et bons livres français, de la librairie Larousse, 1910.
Page 80-(53). J.-P. Tardivel, "La langue française au Canada", Revue Canadienne, 1881, t. I (nouvelle série), pp. 259-267.
Page 80-(54). Faisons un pas de plus, et ne laissons pas croire que les naturalistes, dans leurs écrits, se soient bornés à éviter les défauts des romantiques. En rapprochant l'art de l'imitation de la nature, les Flaubert et les Taine, les Leconte de Lisle et les Renan ont donc donné au style un degré de précision, de plénitude et de solidité, de "densité," disait Flaubert, dont on s'était depuis longtemps désaccoutumé. Quelques grands vers de Leconte de Lisle (citation); quelques pages de Flaubert, — le Comice agricole d'Yonville-l'Abbaye, dans Madame Bovary, la description de la forêt de Fontainebleau, dans l'Education sentimentale; — quelques pages de Taine ou de Renan, entre lesquelles on n'aurait que l'embarras du choix, nous ont rendu la sensation du "définitif" et de 1' "achevé." (Ferdinand Brunetière, Manuel de l'Histoire de la Littérature française, 1899, 6e édit., pp. 499-500).
Ce manuel de Brunetière se recommande, sinon aux pensionnaires de psallettes qui n'en auraient que faire.
aux novices es humanités soucieux d'apprendre franchement autant que sommairement ce qu'est la Httérature française, depuis le moyen âge jusqu'au XXe siècle. Directeur de la Revue des Deux Mondes, maître de conférences, de langue et littérature françaises, interviewer de Léon XIII, Brunetière a professé une doctrine "fondée sur la tradition humaine, ou, si l'on veut, sur l'identité constante du sens commun . . . S'il n'est pas arrivé à la complète dictature intellectuelle qu'il méritait par ses fortes qualités, c'est qu'il a trop dédaigné le désir et l'art de plaire" (Larousse). Dans toutes ses œuvres il n'a cessé de combattre ceux qu'il appelait "les ennemis de l'âme française"; en quoi il ne fut point si mécréant que l'université Laval ne l'invitât à donner des conférences à Montréal.
Page 81-(55). René du RouRE, "La langue française au Canada", article de la Revue hebdomadaire, Paris, reproduit par le Canada, Montréal, 4 juil. 1912.
Page 81 -(56). "La langue française à l'étranger", Bull, de la S. du P. f., vol I.p. 86.
Page 82-(57). Lavedan.
Page84-(58). Essais sur la littérature canadienne. 1907, p. 355.
Page 85- (59), Ainsi le Premier congrès de la Langue française au Canada (qui avait cependant affiché, parmi ses inscriptions les plus engageantes, le vers de Zidler: C'est notre doux parler qui nous conserve frères), eut soin d'exclure de sa participation nos frères protestants.
— A la séance générale des quatre Sections de la Société royale (Ottawa, 17 mai 1916), la délibération suivante a été soumise à l'assemblée en majeure partie composée de Canadiens-anglais protestants — et adoptée à l'unanimité:
It was moved by His Grâce Archbiahop Bruchési and seconded by Sir William Peterson, that the Society endorse the views expressed by the Président in his address — that in the schools of the Dominion increased attention be paid to the study of French language and French literature. — Carried.
— J'ai dit, en avant-propos, de quelle façon, d'autre part, M, DeCelles, président de la Section française de cette même Société royale, a accueilli mon étude défendant la langue française au Canada, mais touchant à un élément de notre clergé catholique. L'observateur peut comparer la tolérance des uns avec celle des autres.
— Un autre exemple de cette vigilance janséniste qui se déclenche à la moindre allusion effleurant notre catholicisme rigoriste, mais que l'honneur de la langue française trouve généralement insensible: Le 13 avril 1916, M. Silvercruys, invité à donner une conférence à l'Alliance française d'Ottawa, soumit préalablement quelques sujets au président de ce cercle, qui choisit, parmi ces sujets, Jammes et Verhaeren. Parlant à des intellectuels, M. Silvercruys exposa donc Verhaeren tel qu'il est réellement et tel que tous les pays littéraires l'admirent, à savoir un poète jouant volontiers de la chanterelle panthéiste. Le président du cercle d'Ottawa ne put se tenir de protester séance tenante contre la négligence du conférencier à gazer, à jeter un mouchoir sur la gorge de Dorine, je veux dire à mettre une sourdine hypocrite sur la corde panthéiste de la lyre verhaeréenne :
Par de pareils objets les âmes sont blessées. Et cela fait venir de coupables pensées . . .
A quoi M. Silvercruys aurait pu répondre, tout comme Dorine à Tartufe:
Vous êtes donc bien tendre à la tentation. Et la chair sur vos sens fait grande impression! Certes, je ne sais pas quelle chaleur vous monte: Mais, à convoiter, moi, je ne suis point si prompte; Et je vous verrais nu, du haut jusques en bas, Que toute votre peau ne me tenterait pas;
mais il n'a dit rien du tout, Estomaqué, coi, il n'en revenait pas, il n'en est pas revenu, et ne nous reviendra probablement pas davantage . , .Le 31 octobre 1916, M. Tridon survint {V. note 91); mais le même président du même cercle de la même Alliance française ne jugea point à propos de protester, de faire part à M. Tridon de l'impression "écœurante" (style Tridon) qu'il produisit sur son auditoire canadien, de dire ni quoi ni qu'est-ce. Les auditeurs en restèrent, plus que le président, pantois, et n'en sont pas revenus; mais M. Tridon reviendra peut-être, lui, pour nous parler, cette fois et d'aussi tridonnante façon, de Jeanne d'Arc.
Page 85- (60). Mgr BoURNE, archevêque de Westminster— discours prononcé à Notre-Dame (Montréal), Congrès eucharistique, 10 sept. 1910:
If the mighty nation that Canada is destined to become in the future is to be won for and held to the Catholic Church, this can only be done for makmg known to a great part of the Canadian people in succçeding générations the mysteries of our faith through the médium of our English speech. In other words, the future of the Catholic Church in this country, and its conséquent reaction upon the older countries in Europe, will dépend to an enormous degree upon the extent to which the power, influence and prestige of the English language and literature can be definitely placed upon the side of the Catholic Church.
Deux années plus tard (24 juin 1912), au Congrès de la Langue française au Canada, S. E. Mgr Stagni, délégué apostolique, prononça les paroles suivantes qui ont assez l'air d'une réponse officielle à l'archevêque de Westminster;
Au dix-septième siècle, ce fut la langue française qui fut le premier organe de la vérité catholique au Canada et dans la plus grande partie de l'Amérique du Nord. C'est encore la langue de presque tous ces apôtres et religieux dévoués qui apportent encore de nos jours la bonne nouvelle aux peuplades sauvages de l'Ouest et du Nord de ce continent, jusqu'au cercle polaire . . . Ce que nous voyons au Canada se vérifie à peu près dans tous les pays où il y a des âmes à gagner à la vérité de l'Evangile. C'est la langue du plus grand nombre des apôtres de ces siècles derniers. Voilà
une gloire que les chrétiens de toute autre langue doivent bien envier au doux parler de France.
Et Mgr G. -A. GuERiiN, évêque de Manchester, confirmait ainsi, de son autorité de prélat américain, les déclarations du délégué apostolique:
O langue française, c'est toi qui as été l'élue du Seigneur. Le Christ t'a prise dans ton berceau et t'a sacrée de ses mains pour être son porte-parole. Tu as eu l'incomparable honneur d'être désignée pour succéder aux idiomes d'Athènes et de Rome dans la propagation de l'Evangile. C'est toi l'ange du salut et le missionnaire des nations.
Cependant, les évêques canadiens de langue anglaise n'en démordent point. A titre documentaire, entre autres, la déclaration qui se trouve dans la lettre pastorale de Mgr McNally, évêque de Calgary, reproduite par la Northwest Revievj (Winnipeg) du 5 février 1916, page 6:
As to country, to ail men of good-will, no matter wh-\t their earthly origin, who are hère to make this country their home, it should suffice to call themselves Canadians. What is the meaning of patriotic duty, as God intended it, other than loyal co-operation with our fellow-beings in the community in which we find ourselves, aiding one another through the pilgrimage of this life. till it be swallowed up in life unending ? We are living in the présent, not in the générations gone by; and a union productive of ever-increasing greatness hère, and culminating in the possession of perfect union in the real and eternal Father, can never be achieved by futile and senseless harking back to the corners of the earth where our various grandfathers chanced to spend their little period of probation. I could never believe that men of real intelligence, and of genuine faith in an eternity with our common Father, could sincerely share in the racial "frenzy," as the Holy Father portrays it, which, in its last analysis, is of the earth, earthly, the incarnation of an empty vanity and a contemptible seliîshness, and utterly unworthy of minds imbued with true brotherly love and heavenly aspirations.
Page 86-(6i). Garneau, vol. 3, p. 352.
Page 86- (62). Louis Fréchetie, "La Capricieuse" {La Légende d'un Peuple, 1890).
Page 86- (63). Histoire du Canada des Frères des Ecoles chrétiennes, 1914, p. 351. Cf. T.-B. Bédard, Histoire de Cinquante ans, ch. I; Charles Gailly de Taurines, La Nation canadienne, 1894.
Page87-(64). Siegfried, Le Canada — Les deux races, 1906, ch. vii.
Page 88-(65). Op. cit., t. IV. p. 200.
Page 88- (66). Op. cit., Préface, Bibliographie, et p. 460.
Art. 43 de la capitulation de Montréal — Les papiers du gouvernement resteront sans exception au pouvoir du marquis de Vaudreuil et passeront en France avec lui . . .
Art. 44 — Les papiers de l'intendance, des bureaux du contrôle de la Marine, des trésoriers anciens et nouveaux, des magasins du Roi, du bureau du Domaine des forges de Saint-Maurice resteront au pouvoir de M. Bigot intendant et ils seront embarqués pour la France dans le vaisseau oîi il passera . . .
Page 89- (67). Au risque de faire sourire de pitié les lecteurs qui comprennent le français, il me faut dire aux journalistes qui m'ont fait attribuer de la bassesse à notre clergé, qu'ils se méprennent sur mes expressions autant que sur mes intentions. Cette expression de "bas clergé" n'impute aucune bassesse au clergé. Elle sert tout innocemment aux historiens laïques pour désigner les curés et les vicaires, particulièrement ceux des banlieues ou des faubourgs et de la campagne, et pour distinguer leur groupement de celui du "haut clergé" qui se compose des chanoines, des protonotaires apostoliques, des évêques et des autres princes de l'Eglise. Et s'il faut l'autorité d'un dictionnaire à ces journalistes, je les réfère à Hatzfeld & Darmesteter.
Page 89-(68). Comme échantillon de la prose que la Croix, entre autres journaux cléricaux, sert à notre bas clergé pour le renseigner sur la France, les deux extraits suivants d'un premier-Montréal intitulé tout simplement La Justice de Dieu et signé "Un prêtre":
Les Allemands, pour leur honte éternelle, ont massacré de petites victimes qui n'avaient pour toute défense que leur sourire et leur innocence . . . Les Français n'avaient pas mérité ce châtiment ? Oh, non! N'allez pas leur dire cela^ Mais vont-ils regretter ces chers disparus ? C'est douteux. Des enfants, chez eux, il y en a généralement trop! En France, les familles nombreuses sont honnies, montrées au doigt et trouvent difficilement à se loger. Les enfants qui ne sont pas tués dans leur corps sont tués dans leur âme. Par des lois iniques et impies, on les empêche de gagner le ciel en leur dtant le moyen de connaître Dieu et de pratiquer la vertu qu'il récompense.
Les cathédrales de Reims et d'Arras, et quantité d'édifices religieux ont été détruits; c'est une impiété impardonnable pour les Allemands de s'en prendre à Dieu même pour se venger de leurs insuccès dans leurs combats. Mais qu'importe à Dieu la disparition de ces beaux monuments, qu'une nation vaniteuse conserve comme des musées, pour sa glorification auprès des autres peuples, lorsqu'il a à lui faire expier tant de confiscations, de profanations, d'abandon, à la ruine, de chapelles, de couvents, de collèges, de monastères, de séminaires, d'églises de campagnes et de cette belle église de la patronne de Paris, Sainte Geneviève, d'où l'on a chassé Dieu pour en faire un reliquaire (qu'on me pardonne le mot) de charognes; pour en faire un Panthéon de tous les cadavres de ceux qui furent l'essence de la pourriture morale de la France. — {La Croix, Montréal, 13 mars 1915).
Cette haine féroce ne date donc pas de Combes ou de Viviani, puisque la première désaffectation de l'église Sainte-Geneviève pour l'établissement d'un Panthéon français remonte à 1 791 et que c'est depuis près d'un siècle (1830) qu'on y lit l'inscription Aux grands hommes la 'patrie reconnaissante.
Quant aux leçons de patriotisme, voyons celles que ce même journal donne aux prêtres canadiens, sujets britanniques:
La Croix tient "la Russie et l'Angleterre responsables de la guerre" (5 déc. 1914);
La Serbie est la cause première de "l'épouvantable guerre allumée par le crime maçonnique international de Serajevo, avec les complicités officielles serbes" (9 oct. 1915);
L'Italie elle-même est "l'instrument aveugle ou conscient des sectes anti-chrétiennes" (19 déc. 1914);
Le 31 octobre 1914, le directeur du journal écrit:
La Belgique, pays catholique cité au monde entier comme un modèle de vraie prospérité et de vraie grandeur, était devenue depuis longtemps l'objet de la haine des loges ... Je me suis laissé dire que si cette haine n'avait pas été si profonde, l'Angleterre et la France, où la "secte infâme" est toute puissante jusque dans les hautes sphères de l'armée, auraient bien su trouver le moyen d'empêcher l'Allemagne de ravager la Belgique.
Mais, à quelques semaines de là (19 déc. 1914), un soidisant "ex-diplomate" apprend à la Croix qu'il pourrait citer
des manifestes publiés par les Grands.*. Orients.*, (organismes politiques) de la maçonnerie, en France, en Belgique, en Espagne, en Italie . . . Le premier, en date, émane du Gr .'. Or .*. de France (9 août 1914) chargeant le Gr .*. Or ,*. de Belgique de féliciter, au nom de la maçonnerie, les Belges, de leur résistance à l'invasion . allemande.
Donc, la Belgique aussi doit être châtiée!
Cependant, et l'on s'en doutait bien, la grande coupable, c'est la France .... La cause première de la guerre, c'est l'orgueil incommensurable d'un Viviani, c'est la scandaleuse immoralité d'un Caillaux, c'est la diabolique haine d'un Jaurès. Ah, les misérables! (29 août 1914).
Notre ancienne mère-patrie, sous l'action dissolvante du malthusianisme prêché par les adeptes de la franc-maçonnerie, marche à grands pas vers son propre suicide. Triple crime: contre la société, contre la patrie et contre Dieu (I 7 avril 1915).
Enfin, tous les Alliés doivent être châtiés: La France, l'Angleterre, la Russie, l'Italie, la Serbie, la Belgique même — s'il en reste. Par contre, et naturellement, les sympathies de la Croix vont à Ferdinand de Bulgarie, qui a
su déjouer les complots des francs-maçons (9 oct. 1915), puis à l'Allemagne et à l'Autriche:
Les Allemands, contre le droit des gens et contre toute justice, ont, il est vrai (!) mis à mort et emmené en captivité des vieillards et des femmes, pères et mères de leurs adversaires (13 mars 1915)...
N'en déplaise à une certaine presse exaltée qui, sous le manteau du patriotisme, cache la vérité et montre l'erreur, l'Eglise, en Autriche et même en Allemagne, voit ses œuvres grandir et fleurir merveilleusement (29 août 1914).
C'est ainsi de suite, à jets continus et dans ce style "pur et parfait" dont nous pourrions causer un tantinet, si l'on pouvait avoir le cœur à rire en lisant des vilenies et des traîtrises pareilles, et cette prose vipérine qui inspire moins d'amusement que de répulsion.
Page 90- (69). Cette intervention du ministre des douanes s'est renouvelée en août 1916, à Québec.
Mme Th. Bentzon, Nouvelle-France: Sous prétexte qu'il existe de mauvais livres, les Canadiens catholiques défendent même les bons; jamais je ne m'étais doutée avant d'avoir causé avec eux — et je parle des gens éclairés — qu'autant d'oeuvres littéraires fussent à l'index. Il n'y a rien de plus vide et de plus désolé qu'une librairie de Québec, si ce n'est le même magasin à Montréal.
Page 92-(70). Op. cit. p. 373.
Page 92- (71). Cette opinion a fait bondir ou plutôt rebondir le Droit:
Le plus beau démenti, c'est que de toutes ces maisons sont sortis des hommes qui ont fait leur marque dans les lettres françaises, historiens, poètes, orateurs. Ce sont ces maisons d'éducation, fruits de l'activité du clergé, qui ont formé les Parent, les Garneau. les Ferland, les de Gaspé, les Crémazie, les Chapais, les Routhier, les Gosselin, les Casgrain, les Chauveau. et que d'autresl (20 mai 1916).
La vérité plus vraie, c'est que tous nos écrivains "qui ont fait leur marque dans les lettres françaises" (et c'est à supposer que le Droit veuille parler des lettres francocanadiennes) doivent leurs succès et leur notoriété aux études littéraires ou historiques spéciales auxquelles ils ont dû se livrer au sortir du collège et en France, pour la plupart. Arthur Buies (que le Droit a oublié de nommer, bien qu'il ait été l'un de nos écrivains qui ont le plus marqué dans les lettres franco-canadiennes et même françaises) a écrit en 1884:
Lorsque je revins de France en 1862, après y avoir passé six années pour refaire entièrement le cours d'études que j'avais suivi dans nos collèges, ce qui était impérieusement nécessaire si je voulais apprendre quelque chose, je fus effrayé de l'ignorance générale de mes compatriotes {La Lanterne, réimpression de 1884. p. 321).
M. l'abbé Camille Roy, qui s'est d'ailleurs reformé en France (je n'ai pas écrit réformé), écrit encore ceci, à la page 347 de ses Essais:
C'est notre langue française (et le contexte indique clairement que M. Roy pense à la bonne langue française et non à la langue spéciale du Droit) qui exprime, pénètre de sa vertu, et comme de son arôme subtil, nos pensées, et c'est avec toutes les qualités précieuses qui en sont inséparables, et que nous avons héritées de nos pères, que l'on a composé les oeuvres les plus délicieuses et les plus substantielles que l'on voit dans notre biliothèque nationale. Et loin que nous songions à changer ce langage, notre Société du Parler français n'a d'autre but que de l'étudier pour le mieux connaître, et de le mieux connaître pour le mieux conserver.
Enfin, le rédacteur qui me démentit, et nasarde si bellement du même coup ce distingué professeur du séminaire de Québec, corrobore suffisamment lui-même, malgré qu'il en ait, le témoignage de tous nos dénigreurs religieux ou profanes, car il écrit fort mal pour avoir été formé dans les maisons d'éducation dont il parle si bien. Voyons. "Faire leur marque" n'est pas français, au sens que le Droit donne à cette expression, et n'est pas davantage anglais. C'est un solécisme franco-canadien et un idiotisme de la
langue particulièrement riche en images imprévues que le Droit enseigne et emploie. En vrai français, dans la langue d'aujourd'hui, aussi bien que dans celle du XVI le siècle ou du moyen âge, "faire sa marque" signifie l'action d'un homme qui, ne sachant écrire, supplée au défaut de signature. Nous venons de voir encore appliquer cette expression bien française, dans le seul sens qu'elle comporte en français, devant l'un de nos tribunaux très supérieurs, lequel a été mis en possession d'un afïidavit attesté par douze témoins par moitié canadiens-français et canadiensanglais. Six de ces douze témoins y ont fait leur marque. . . Si le Droit m'accuse de faire une insinuation malveillante, il peut se livrer au plaisir d'infliger une correction à cette malveillance en recherchant la pièce judiciaire dont je parle et en la publiant — s'il l'ose.
En sorte, donc, que l'expression du Droit, traduite en français, signifie littéralement ceci: "dans les lettres françaises, les hommes sortis des maisons d'éducation, fruits de l'activité de notre clergé (!), ont fait leur marque, ne sachant écrire" {Cf. Littré). Et puis des maisons d'éducation ne sont point des fruits, voyons! Appliqué à des maisons, à n'importe quelles maisons, le mot fruits ne saurait indiquer, en langue française ancienne ou moderne, veuillez m'en croire, que le loyer des maisons, les baux à ferme, les intérêts des sommes exigibles, etc., ou encore les profits ou bénéfices rappKjrtés {Cf. Bescherelle). En français, on dit les Gaspé et non "les de Gaspé" {Cf. Stapfer); et poètes exige un accent grave, et non un tréma. {Cf. le petit Larousse) .... Etc.
Il y a, comme cela, quelque quatre doubles colonnes, en mon honneur seulement. Quelle pitié de n'être pas assez méchant pour tirer un peu les mandibules à ces sauterelles de notre parler français, qui, non contentes de le gruger, le polluent encore de leur sérosité mélassée, sous couleur de l'ami tonner de leurs papelardises ! Elles mériteraient pourtant qu'on leur fasse rendre trompe, comme
les petiots de nos villages disent en cadence à ces bestioles qui dévorent les bons grains:
Donn'-moi d'ia m'nasse
Ou ben j'te tue; Donn'-moi d'ia m'nasse
Ou ben j'te tue!
Mais ce serait amusette!
Page 93-(72). Quiconque veut étudier la rythmique française peut ne lire que La Fontaine et Hugo, et négliger tout le reste .... Sa merveilleuse divination de la forme lui a révélé (à Hugo) ces deux formes de la pensée, le style et le rythme, et il les a fait conspirer ensemble d'une manière inimitable .... Il a eu un style à lui, créé par lui, et puis il a eu à sa disposition tous les autres (Emile Faguet, Dix-neuvième siècle).
Page 96-(73). Op. cit., p. 68. Cf. Jean LiONNET, Chez les Français du Canada, 1908, passim.
Page 97- (74). Quelques menues citations graves, pour faire une peur aux écoliers qui ne savent pas encore que les mots sont en vie:
Un vieux grammarien, Geoffroy Tory, exprimait déjà, en 1529, le vœu qu'on s'employât "à mettre et ordonner par reigle nostre langaige françois," sans quoi "on trouvera que de cinquante ans en cinquante ans la langue françoise, pour la plus grande part, sera changée et pervertie" (Note de Paul L allemand, op. cit. infra).
Montaigne: Selon la variation continuelle qui a suivy nostre langaige jusques à cette heure, qui peut espérer que sa forme présente soit en usage d'icy à cinquante ans ? Il escoule tous les jours de nos mains, et depuis que je vis, s'est altéré de moitié.
Bossuet: Mais l'éloquence est morte, toutes ses couleurs s'effacent, toutes ses grâces s'évanouissent, si l'on ne
s'applique avec soin à fixer en quelque sorte les langues et à les rendre durables. Car, comment peut-on confier des actions immortelles à des langues toujours incertaines et toujours changeantes ? Et la nôtre, en particulier, pourrait-elle promettre l'immortalité, elle dont nous voyons tous les jours passer les beautés, et qui devient barbare à la France même dans le cours de peu d'années ?
HuGO: L'esprit humain est toujours en marche, et les langues avec lui . . . Le français de certaine école contemporaine est une langue morte.
Etienne Lamy: Elle (notre langue) vit, c'est dire qu'elle change. Voix d'un peuple, elle est la voix de ses âges divers, de sa santé et de ses maladies.
Darmesteter: S'il est une vérité banale aujourd'hui, c'est que les langues sont des organismes vivants dont la vie, pour être d'ordre purement intellectuel, n'en est pas moins réelle et peut se comparer à celle des organismes du règne végétal ou du règne animal,
A lire, toute ronde. La vie des mots (Darmesteter); aussi la Vie du Langage (Whitney) ; Pathologie du langage (LiTTRÉ); etc.
Cf. Paul L ALLE M AND, "De la îuodernité dans l'art d'écrire", rep. par le Chercheur (Québec), 1er fév. 1889.
Page 97-(75). Cf. Larive et Fleury, Troisième année de Grammaire et Exercices de Troisième année.
Page 98-(76). Anatole France, Le Jardin d'Epicure, "Ariste et Polyphile ou Le langage métaphijsique." Ce dialogue d'Ariste et Polyphile pourrait s'ajouter à nos références sur la vie de la langue (74) et sur le jargon (42).
Page 100-(77). Mgr Touchet, évêque d'Orléans. Discours prononcé dans la cathédrale de Québec, 4 septembre
Page 100-(78). A, -M. Elliott, professeur à l'Université Johns-Hopkins : "On a philological expédition to Canada", dans The Johns Hopkins University Circidars, Baltimore, 1884-5. Extraits traduits par Napoléon Legendre dans sa brochure La Langue française au Canada, 1890.
Page 100-(79). Au pays de la vie intense, 1904.
Page 101- (80). Ainsi de l'ancien norois, la langue mère des idiomes Scandinaves modernes, qui, devenu ici le norvégien, là le suédois, ailleurs le danois, s'est maintenu à peu près intact jusqu'à nos jours en Islande (Note de Darmesteter).
Page 102- (81). Bull, de la S. du P. /., sept. 1915. p. 14, note.
Page 102- (82), Pour être de bon compte, il faudrait se rappeler que l'anticléricalisme français moderne naquit de la politique de sauvegarde que la République jugea à propos d'adopter pour enrayer les intrigues cléricales coalisées, après la chute de l'Empire, contre Gambetta en faveur de Chambord, coalition par conséquent révolutionnaire contre le pouvoir établi et dont le pouvoir dut se garer par des mesures qui ont subsisté ou se sont accentuées selon les circonstances. L'anticléricalisme français surgit donc de conflits purement politiques et de complications purement locales; il n'est pas "un article d'exportation." (Cette note m'a été fournie par M. DeCelles, l'érudit conservateur de la bibliothèque du parlement canadien, "au cas que j'oserais m'en servir." Je ne voudrais point avoir manqué de l'en remercier publiquement, comme aussi de l'aide qu'il m'a copieusement apportée dans le labeur de la documentation).
— Un contradicteur m'écrit: "Seuls, ceux qui connaissent assez l'histoire pour croire que l'anticléricalisme ne fut
qu'un mouvement politique, ont le droit de discourir là-dessus."
Mais alors, tous ceux de nos francophobes qui font de l'anticléricalisme français leur grand cheval de bataille, connaissent-ils l'histoire, oui ou non ? S'ils la connaissent, ils doivent croire que l'anticléricalisme en France ne fut qu'un mouvement politique, et, pour être sincères et même honnêtes, n'en point parler d'autre façon; et s'ils ignorent l'histoire, ils n'ont pas le droit de discourir là-dessus. C'est de la part d'un ami de notre clergé que je prends la respectueuse liberté de répéter ce raisonnement.
Page 103-(83). Notons les journaux essentiellement catholiques, comme la Vérité de Québec et la Croix de Montréal, qui ont pris la spécialité de dégoiser toutes les diffamations contre la France, et se sont ainsi fait une clientèle, notamment parmi le clergé et le corps enseignant franco-canadiens.
Nous avons rencontré des enfants d'école qui croient dur comme fer que les soldats français tués à la guerre doivent aller en enfer . . .Et comme nous leur demandons d'où ils tiennent cette vérité, ils nous répondent que ce sont leurs maîtres qui l'affirment "parce que la France n'est pas bonne."
Pour attester des sentiments tout personnels de cet élément francophobe de notre bas clergé, donnons comme exemple (entre plusieurs autres qu'il nous serait aussi loisible de rapporter) la lettre suivante reçue, par un comité de secours français, du curé d'une paroisse de la province de Québec, qui l'a écrite en vue de la publication, comme il appert du post-scriptum:
20 novembre 1914.
J'ai lu attentivement la circulaire que vous adressez à tous les curés de la Province, touchant les secours devant être apportés aux victimes françaises de la guerre. En réponse, je regrette de do
pouvoir répondre effectivement à votre demande tant que nous n'aurons pas l'assurance que le comité chargé de la distribution des secours en France ne mettra pas l'affreuse condition pour les familles catholiques d'avoir à envoyer leurs enfants aux écoles de l'état, i e. sans Dieu, maçonniques, si elles veulent avoir part aux dits secours.
Je sais bien qu'il y a d'indicibles souffrances sur le sol français, mais elles pourraient être quelque peu restreintes si l'impiété d'un grand nombre de commandants militaires faisaient taire leur esprit sectaire, en permettant aux soldats blessés d'être soignés dans les hôpitaux tenus par les sœurs. On maudit l'espion allemand pour le mal qu'il fait à la France et on n'a pas un mot de blâme pour les français qui espionnent leurs compatriotes catholiques. Dans votre circulaire, vous parlez de quelques dissentiments passagers entre la F"rance et nous. Madame, entre la France officielle et nous, il y a, comme dirait je ne sais plus quel personnage éminent de France, il y a toute la question religieuse. Je sais bien que le gouvernement n'est pas la France, mais comme c'est le gouvernement qui préside aux distributions de secours, vous savez à quelles conditions pour les catholiques.
Je crois que nous pourrions porter ailleurs nos sympathies effectives. Je suis de plus en plus convaincu que les catholiques de France seront les victimes de la tragédie qui se déroule en ce moi ment; pour ma part, je ne veux pas être l'objet de la reconnaissance
^, L "^^ de la France qui nous remerciera en nous envoyant ses agents des
If''.'*' ^ loges pour nous déniaiser, comme ils disent si candidement.
P.S. Cette lettre, si elle doit vous servir, devra garder l'anonymat.
Et comme nous avons fait état d'honorables exceptions dans la francophobie de notre bas clergé, empressonsnous de rapporter cette autre lettre:
Grand'Pointe (Kent), Ont.
22 janvier 1915.
Je vous transmets aujourd'hui le produit d'une souscription que j'ai prise le jour de Noël et les jours suivants pour le Comité de secours national. La somme n'est pas très forte. Mes gens ne sont pas riches non plus. D'habitude la collecte de Noël est offerte au curé. Je vous l'adresse — beaucoup augmentée par cette annonce que l'offrande devait être envoyée pour les orphelins français. L'intention de mes paroissiens a donc été de venir en aide spécialement aux orphelins. Un mot de votre part au Comité pourra peutêtre faire classer cette légère obole, que je vous offre, spécialement pour les tout petits.
Il serait très difficile de se procurer des habits ou autres effets pour votre comité. Mes gens semblent avoir juste le nécessaire.
Veuillez m'adresser un blanc de souscription que je remplirai. L. Landreville, Ptre-curê.
Je vous renvoie ci-inclus une liste de mes paroissiens qui ont contribué au fonds de secours. J'ai pu recueillir encore (depuis ma dernière lettre) quelques sous. Ci-inclus chèque au montant de $7.50 que vous voudrez bien ajouter à la somme adressée auparavant ($70.00).
Avec mes meilleurs souhaits de succès pour votre œuvre, je demeure.
Votre tout dévoué en N. S.