‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 11 sur 12 · IS IL · texte numérisé non relu

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que quort, port, tout comimne on prononce encore aux environs de Saint-Malo.

Je connais même un compatriote — très instruit du reste — qui n’a pu se faire comprendre d'un sergent de ville parisien, parce qu'il persistait à lui demander où se trouvait la gdre Snint-Luzdre.

Cette mauvaise prononciation, néanmoins, il fait plaisir de le constater, tend à disparaitre Mais en voulant réagir contre ce défaut, plusieurs tombent dans l'extrême opposé ; et, croyant parler à la parisienne, ils reproduisent en réalité une faute propre, par exemple, à la Picardie, donnaut un a a‘au et très bref là où il faut de toute nécessité un à grave et long. Ainsi, ils disent nafion, éluculion, population, démonstration, vocation, agglomération, ete. :

tandis que la véritable prononciation française est nétion, éducâtivn, poputätion, vocätion, ete. L'a devant tion — de mêmne que l'o—est toujours grave et long. Ceux qui croient qu’en pronon-

çant dtion, ils parlent à lu parisienne se trompent étrangement. Ce petit son maigre et affecté est très disgracieux et doit être évité avec soin. Les garçons de café et les cochers de Paris nrononcent peut-être tout en a aigu: les Parisiens instruits toutefois mettent un & grave et long là où il en faut un. Ils ne diraient pas plus la nätion française que ma pért ; mais invariablement : ln ndtion française, et ma pürt. Si vous ne m'en croyez pas, écoutez avec attention

M. le consul général de France la première fois que vous aurez l’occasion de l'entendre parler.

VI.—Aimons, respectons notre langage canadien, et travaillons à faire disparaître tont ce qui peut en ternir l'éclat

Comme conclusion, que dirai-je, sinon ce que j'ai déjà dit? Ne méprisons pas notre langage canadien. Au contraire, aimons-le, respectons-le, faisons-le respecter. Mais n'ullons pas croire qu'il

goit sans défaut! Reconnaissons franchement qu'il a des taches, et travaillons courageusement à fuire disparaître tout ce qui en ternit l'éclat. Gardons le juste milieu en cette matière, comme en toute chose.

Aimons et respectons notre langue française, ai-je dit. Ne craignons pas de la parler en toute circonstance: La langue française, c'est notre drapeau national. C’est elle qui fait que nous sommes une nation distincte sur cette terre d’A-

mérique, et que l’hérésie a si peu de prise sur nous.

Ne mettons jamais notre drapeau en poche.

N'y at-il pas une tendance parmi nous à nous servir trop facilement, sans nécessité réelle, de la langue anglaise ?

Je le crains. Réagissons contre cette tendance.

N'y u-t-il pas aussi une tendance à exagérer l'importance pour tous les Ca-

nadiens-français de savoir parfaitement l'anglais ?

Quelques-uns des nôtres voudraient faire du peuple canadien-français un peuple bilingue. Que nous serions puissants, dit-on, si tous les Canadiens-français parlaient également bien l'anglais et le français ! Prenons-y garde ! C'est un piège qu'on nous tend ; un piége dore, peut-être; mais un piége tout de même, Connaissez-vous beaucoup de peuples bilingues ? Pour moi, je n’en connais aucun. Je connais, par exemple, un peuple qui a perdu sa langue nationale, parce qu’on lui a fait apprendre, de force, une autre langue. N'allons pas, de notre plein gré, tenter une expérience aussi dangereuse.

Que ceux des nôtres qui ont réellement besvin de savoir l'anglais l'apprennent: ‘u'ils lapprennent bien.

Mais qu'il prennent d’abord le français, et que le français reste toujours

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leur langue maternelle, leur vraie langue.

Soyons convaincus que feu Mgr Laflèche, ce grand Canadien français, avait raison de dire qu'il n’aimait pas à entendre ses compatriotes parler l'anglais gens au moins un petit accent françuis.

Le mot est profond et renferme un grave avertissement. Médituns-le.

Faisons respecter notre langue, ai-je dit encore. Elle a ses ennemis en ce pays, n’en doutons pas.

La guerre que l'on fait à la langue française au Canada, est sans doute moins ouverte aujourd'hui que jadis ; m. ven est-elle pas que plus dange-

Notre langue est une 28

uvielles du Dominion. Cela

celu nous flatte; mais aussi

dort. Veillons sur les mille

ee u- souvent insignifiants pris séparément, mais qui forment un tout formidable. C'est par là que se ferait, gra-

AU CAXADA 67

duelle et silencieuse, la proscription du français en ce pays.

Ne nous berçons pas d'illusions: on n’a pas renoncé au projet de faire du Canada un pays exclusivement de langue anglaise. Un journal plus audacieux que les autres disait naguère qu'il faudrait abolir l'usage officiel du français, non seulement à Ottawa, mais même à.

Québec.

Tous nos adversaires n’expriment pas:

aussi ouvertement leur pensée; mais.

soyons persuadés que, parmi les Anglais.

qui nous entourent, beaucoup désirent ardemment voir disparaître la langue:

française du sol canadien (1). C'est qu'elle forme obstucle à la réalisation de leurs.

rêves. Impossible pour eux, ils le sentent.

(1) J'ai trouvé, peu de temps après avoir lu cette conférence,. une preuve saixisxante du bien fondé de cette accusation. Le Daïly Gleaner, de Fredericton, Nouveau-Brunswick, nuinérodu 17 avril 1901, au cours d'nn article écrit pour justifier l'expulsion des Acadiens, à fait l'étonnante déclaration que voici =

“Il ya un autre aspect de cette question qu'il ne faut pasperdre de vue. Si les Acadiens étaient restés en grand nombre, iln auraient pu l'emporter sur les Anglais et faire de la Nouvelle-Ecosse une province française comime Québec ; ce

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bien, de détruire la foi catholique tant que restera debout un des principaux boulevards de cette foi au Cunada: la langue de nos mères, la langue de nos premiers missionnaires, de nos guides les plusillustres, de nos glorieux martyrs— la langue des Champlain, des Brébeuf, des Laval, des Plessis, des Bourget ?

À AT Que ces rêves d’anglicisation générale ne nous étonnent pas et ne nous exaspèrent pas : ils sont naturels. Mais, à ces

rêves, opposons sans aigreur, Sans haine, avec fermeté, toutefois, une grande réalité historique. Et cette réalité, c'est que, si la divine Providence a implanté la

qui aurait été nnixible A la prospérité d'une colonie britanuique et aurait augmenté les inconvénients qu'on éprouve par suite + tn de l'élément français compact de la province de « ee,”

Il est peut-être bon de donner le texte anglais de cette “ucroyable explosion de francophobie. Le voici :

# There is another important feature in the matter not to be over looked. Had the Acalianx remained in full force, they might have outnumbered the English and made Nova Scotia a French Province like Quebec. This would have been injurious to the welfare of a British colony and would have added to the inconveniences félt by the existence of the solid French of Quebec.”

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langue françuise en Amérique, c'est pour qu'elle y reste. pour qu'elle s’y développe, qu'elle y remplisse son rôle et utteigne à de hautes destinées,

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