‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 10 sur 12 · LA LANGUR FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LA LANGUR FRANÇAISE

mange, ils mangent, se prononcent comme i mange, i mangent. Dans une nouvelle édition publiée en 1823, le continuateur de l'ouvrage de M. Restaut ajoute, page 493 : ‘* Mais si le verbe commence par une voyelle, l'? ne se prononce qu'au singulier : ‘il aime ; et au pluriel, ils aiment, il faut prononcer : à zaiment.”

N'est-ce pas que nos habitants se trouveraient bien de ces principes dédiés aux princes du sang ?

Retournons à la cinquième édition de Restaut : “On ne fait pas entendre l’7 dans votre, notre, quand ils sont pronoms possessifs absolus, c'est-à-dire quand ils précèdent leur substantif, et on prononce notre maison, notre chambre, comme s’il y avait note maison, note chambre. ”

Nos gens qui disent note maire, note député, suivent, suns le savoir, les principes que M. Restaut a proclamés, “avec approbation et privilège du roi.”

Voici un autre de ces étonnants principes auxquels nos Canadiens sont restés fidèles : ‘Cet se prononce st, et cette comme ste. Ainsi, quoiqu'on écrive cet civeau, cet honneur,

AU CANADA 41 celte femme, il faut Prononcer stoiseau, sthonneur, stefemme.”

Par conséquent, lorsque nos gens disent: à stheure, ils ont, non pas une

Prononciation vicieuse et corrompue, mais la vraie Prononciation d'autrefois.

Encore un Principe posé par M. Restaut :

“Quelque, quelqu'un se Prononcent aussi comme s’il y avait Quêque, quéqu’un, sans L. On prononce encore, en Conversation, craire, ic crais, pour croire, je crais, frèt, pour froid, etc. Mais on rétablit la véritable Prononciation de ces mots,

aussi bien que des précédents, dans la poésie et dans le discours soutenu. ”’—(Pages 511.12).

Dans la onzième édition de cet ouvrage, publiée en 1774 et dédiée à Mgr le duc d'Orléans, on devient de plus en plus canudien. Nous y lisons, à la page 562: ‘11 faut {oujours prononcer l'r à la fin des mots terminés en ar, Eur, or, our et ur, comme dans César, douleur, Pouvoir, retour, obscur, excepté dans la proposition sur, où l’on ne peut pas

faire sonner l'r avant une Consonne, en pronçant sur lui comme su lui.”

Il est donc établi, ce me semble, que la prononciation de nos gens de la cam-

pagne, laquelle passe sonvent pour incorrecte, négligée, corrompue, est, en réalité, la vérituble prononciation française d’autrefois, conservée à peu près intacte par la tradition.

Faut-il tenter de la rétablir dans nos collèges et nos couvents cette prononciation d'autrefois et enseigner à notre jeunesse studieuse à prononcer: à zaiment, pour ils aimemt ; note curé, pour notre curé; quèque chose et quequ'un, pour

quelque chose et quelquun ; su la table, pour sur la table ; gloère, crère, dévoère, etc. ? Assurément non. Mais, par exemple, il faut bien se garder de rire de ces archaïsmes de prononciation et d’admettre que c’est du patois, ou encore moins une prononciation corrompue.

Voyons maintenant si les Canadiens, qui ont si bien conservé l'antique prononciation, ont gâté la langue française en y ajoutant des mots de leur cru.

IV.—Les Canadiens, règle générale, n'ont rien inventé en fait de mots ou d'expressions.

Très souvent, on entend dire : tel mot, telle expression, ce n’est pas français, c'est du canayen.

Eh bien! quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, on se trompe. A part quelques très rares vocables qu'ils ont dû créer pour désigner certains objets qui n'existent pas en France, les Canadiens n'ont rien inventé en fait de mots et d'expressions. Ils ont soigneusement conservé la langue telle que leurs ancêtres l'ont apportée au pays.

Avec un peu de patience, un peu de recherches, on pourrait retrouver presque tous les mots dont les Canadiens se servent, presque toutes les fautes même qu'ils commettent, signalés dans quelques vieux dictionnaires ou dans quelque glossaire de telle ou telle partie de la France, ou même dans les dictionnaires modernes complets.

Voilà une étude très intéressante à faire:

je la recommande aux jeunes gens studieux. En la poursuivant avec un peu de persévérance, ils serout convaincus de l'exucte vérité de cette proposition: La langue parlée encore aujourd'hui dans n's campagnes reculées, là où l'anglicisme n’a pu pénétrer, nous est venue de ln France, telle qu’elle est. Nous n’y avons pour ainsi dire rien changé, ni dans la prononciation, ni dans les mots:

et nous n’y avons ajouté que bien peu de chose.

Dans une simple causerie, il est impos.

sible de signaler le demi-quart, je dirais mê.ne la centième partie des expressions qui passent journellement pour du canuyen, et que l'on peut retrouver dans quelque lexique françai:.

Pour vous montrer la richesse de ce filon, laissez-moi vous indiquer quelquesuues des découvertes que j'ai faites dans ‘un sc} glossaire, le glossuire du Centre de la France, par M. le comte Jaubert :

Abimer, — dans le sens de se blesser :

il s'est abîmé la main.

Abutteux d'ouvrage, — Un homme qui fait beancoup d'ouvrage.

Amiquié, pour amitié.

Arbe, pour herbe: « jet aussi permis par

ladite coustume (de Bourges) à un chascun de couper de l’arbe d’iceux communaux.”

Animuu, au singulier — Un animau pour animal,

Argent, au féminin. De lu bonne argent.

Barauder — mouvoir obliquement.

Barbot — Blatte, toute espèce de petits scurabées.

Bouquets — fleurs en général. Ce pré est plein de bouquets. Semer des bouquets.

Berdusser. Faire du ! uit.

Chérant, qui vend chi...

Clairté, pour clarté. “ C’est belle chose voir la clairté du jour. ”—Rabelais,

“* Il était presque jour, et le ciel souriant,

Blauchissait de clairté les peuples d'Orient.” R&Gx1eR (Discours au Roy).

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Coti — qui commence à se gâter — du bois coti.

Coronel — pour colonel — Rabelais.

Qu'ri pour quérir, chercher. — Va donc qu'ri…

Se débourrer — qui commence à profiter. Voilà cet enfant qui se débourre.

Démancher, dans le sens de demettre, Se démancher un bras.

Devenir, dans le sens de revenir. Avezvous été à la ville ? J'en deviens.

Dévirer — détourner. Quand je lui ai parlé, il a déviré les yeux.

Ecarter, égurer. —- J'ai écarté mon couteau.

Emmiauler, prendre avec des paroles douces

Endur:2r pris en bonne part. J’endnrerais bien mon manteau ; on endure bien le feu.

Escousse ou secousse. — Un laps de temps. Je l'ai attendu une bonne escousse,

Espérer, duns le sens d'attendre.

Siner, ancienne Prononciation, dit Jaubert ; et il cite cet exemple des Chroni.ques de Reims: ‘La reine sina de la main diestre.” Et aussi ce vers de Lu F ontaine :

‘En attendant que Mars m'en donne un (passeport) et le sine,”

Siler. Faire entendre un siflement.

Ce jars est en malice, il sile.

Tubaquière. Cette prononciation, dit Jaubert, est conforme à l'usage de lu Cour sous le règne de Louis XIV. Et il cite le passage suivant de l'ubbé Cal.

lières, membre de l’Académie françuise, qui publia en 1692 un ouvrage ayant pour titre : Des mots à lu mode et des nouvelles façons de parler ”: « Vous voyez quantité de jeunes gens de qualité, reprit la marquise, qui viennent chez vous avec une tabaquière, à la main, le visage et les doigts tous salis de tabac.”

Tuer la chandelle pour l'éteindre Passe pour du patois canadien, On trouve cette expression dans le glossaire de Jaubert,

Saccage, pour une graude quantité,

sent égilement le terroir canadien. Ce mot se trouve aussi dans Juubert.

S'ennuyer de quelqu'un ou de quelque chose, dans le sens d'éprouver de l'ennui à cause de l'absence de quelqu'un, ou de la privation de quelque chose, est une expression fort pittoresque qui nous vi-nt de loin et que nous ferions bien de conserver. Je n'ai pu la trouver dans aucun dictionnaire, pas même dans celui de Furetière, ni dans celui de Trévoux. Mais M. Sylva

Clapin, dans son intéressant Dictionmaire cunadien-frunçais, cite ce vers du Roman de Berte aux grands més :

‘“ Moult forment luy ennuye de sa fille.” l

Cette chanson de geste fut composée par le célèbre trouvère Adenet, en la seconde moitié du XIIIe siècle.

Dans l'ouvrage cité plus haut, M.

Ampère dit en parlant du langage des Canadiens : ‘ Le bigage d'un voyageur s’ap-

pelle butin, ce qui se dit également en Normandie et ailleurs, et convient parfaitement inx descendants iles anciens Scandinaves.”

Un dernier exemple. “ii y à, duns notre vocabulaire cana in, un mot qui semb'e propre à nos Campagnes c'est bien tou. Or voici que M. Clupin cite d’un vieil auteur français, L. de Lincy, dont je n'ai pu trouver le noi duns aucun dictionnaire d'écrivains frunçais, les deux vers suivants, remarquables Comme axiome de philosophie morale

. Q cl »

Lien que peu conformes aux règles de la versification :

‘ Quand la chèvre sante au chou Le chevreau y saute itou.”

On trouve aussi itou dans Molière et Thomas Corneille.

Même nos fautes, nos barbarismes, nos locutions vicieuses, ai-je dit, nous viennent de la France, pour la plunert, Ainsi M. Jacquemard, dans ses Eléments de Grummuire frangçuise, publiés en

1805, sisnale les barbarismes suivants, que vous reconnaîtrez facilement :

Avanshier ; balier pour baluyer ; calaplame, pour cataplasme ; un sieuu, sieau d'eau ; Je leurs ai parlé ; Parlez leurs en : Nous les suiverons ; Il veut, qu'il mu dit, vous obliger ; donne-moi s'en ; tiens-toi s’y; occupe-toi s'en ; demander excuse, pour demander pardon. Buillez-moi cela, pour donnez-moi cela, etc.

Il y a dans la bonne ville de Québec une rue dont le nom populaire était jadis : la rue du Grôt âbe. Voilà du québerquois, pensez-vous peut-être. Ouvrez le dictionnaire de Littré aux mots gros ct arbre, et vous verrez que la prononciation grôt dbe nous vient du Berry !

Au mot brouette, Littré dans son grand dictionnaire (1873) dit, en parlant de l’étymologie du vocuble : « Berry berouette,”

Au mot seau, le même auteur dit:

‘< Seau, sô ; la Prononciation populaire est si6 ; au XVIe siècle Zèze dit : ‘ On prononce seau, un e fermé s'entend avec o et ne fait qu’un son, ne Prononcez pas siau comme les Parisiens.”

Est-ce à dire que les Canadiens qui, comme les autres, ont le droit de créer des mots, n'aient absolument rien ajouté à la langue ? N'existe-t.il pas des vocables, des expressions qui soient vrai.

m-nt de notre cru ? Il y en a quelquesuns, mais le nombre en est fort restreint. Et il est à remarquer que les rares mots de création vraiment canadienne sont généralement des mots gracieux, expressifs, pittoresques et dignes d’être conservés.

En l'automne de 1879, je passais sur le chemin de Beauport en compagnie de M. René Mauzès, jeune Français au:si aimable qu'intelligent, que plusieurs d’entre vous ont dû rencontrer, Nous Causions de nos hivers canadiens et de nos tempêtes de neive,

—C'est ici, lui dis-je, en désignant la Canardière, endroit qui a une belle exposition au nord-est, c’est ici qu'il faut venir pour voir ce que c'est qu’une poudrerie.

— ‘Une pougrerie, fit Mauzès, je n’ai jamais entendu ce mot dans ce sens, mais je crois comprendre. Lorsque le vent soulève la neige et la pourchasse en tourbillons, ça doit être une poudrerie. Quel joli mot !”

M. H. de Lamothe, dans son ouvrige déjà cité, trouve que le mot canadien pouvoir d'eau, est une “très juste expression locale.”

Il me semble que bordée de neige, expression d'origine certainement canadienne, est aussi pittoresque que poudrerie.

Le mot sucrerie, dont nous avons étendu le sens à une forét d'érables, peut aussi être considéré comme une heureuse création canadienne.

Une autre jolie expression canadienne, c'est le montant et le buissant, pour dé signer le flux et le reflux de la murée.

De même aussi : {« brununte pour désigner le crépuscule, mot que je n'ai jamais pu trouver dans aucun dictionnaire ou glossaire français.

Lice ou lisse, au lieu du vilnin mot rail, employé beaucoup plus autrefois que maintenant, est un mot que nous aurions dû conserver. Il a, in'a-t-on dit, excité l'admiration d’un savant français, M. Ampère, le grand mathématicien et physicien français, inventeur de la télé-

graphie électrique, qui visita notre pays il y à plus d’un demi-siècie.

LDégradé, dans le sens d'être arrêté en chersin par une tempéte ou un aceid. nt, me part être un de ces termes de 19arine importés par les colons bretons et que nos ancêtres 9nt adaptés au langage usuel. Amarrer un che entre dans cette catégorie des expres-ions #Mnurilimes qui sont devenues terriennes aû Canada.

Il y en à d’autres, mais je n'arrête, en

‘invitant les amateurs de ce genre d'é-

tudes à pousser plus loin les recherches.

Examinons maintenant, rapidement, le revers de la médaille, car il en a un.

V.—C'est le langage des Canadiens instruits qui laisse, généralement, le plus à désirer.

La langue française, au Canada, surtout la langue populaire, est bien, dans son ensemble, la langue française du grand siècle. Je crois l'avoir prouvé.

Mais quelque paradoxal que cela puisse paraître, c'est le langage des Canadiens instruits qui laisse, généralement, le plus à désirer.

Proportion gardée, nos habitants parlent mieux que nos hommes de profession, y compris les journalistes.

La grande tache qui dépare la langue française en Amérique, c'est l'anglicisme.

Par anglicisme, il ne faut pas entendre l'adoption de certains mots, et leur incorporation dans ls langue. Cette infiltration se produit en France peut-être

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plus qu'ici, du moins dans le langnge usuel, Nos cousins de là-bas se servent d'une foule de mots anglais que nous ne songeons pas à employer ; tels sont leur five o’clock tea, leur shake-hands, leur home, leur rocking - chair, leur bookmuker.

Dans le langage technique, du commerce et de l’industrie, nous employons, il est vrai, une foule de mots anglais, pour la raison bien simple que nous ignorons souvent les termes français. C'est

regrettable, mais enfin le danger pour la langue littéraire n’est pas là. Ce danger, il se trouve, je le répète, dans l’anglicisme, qui peut se définir ainsi: l'emploi de mots français, auxquels on donne un sens propre à des mots semblables de la langue anglaise, ou mwne tournure an-

glaise.

Quelques exemples feront mieux saisir cette définition. Ainsi, nous entendons dire ou nous lisons dans les journaux, à chaque instant : Uu tel à fait applica-

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tion pour tel emploi. Le mot application est parfaitement français, mais il n’a pas le sens de demande. On fait l'upplication d’un principe, quelquefois ; on fuit aussi et plus souvent l’application d'un cataplasme. Mais dire : “ fuire application pour un emploi” c’est parler en anglais

avec des mots français.

Il en est de même de faire apologie pour faire des excuses ; ne vous donnez pas ce trouble, au lieu de cette peine ; réaliser pour se rendre compte de.

“Nous ne réalisons pas bien notre position,” voilà une expression qu'emploient souvent des personnes d’ailleurs très instruites. C’est de l'anglais. Réaliser veut dire rendre réel. On réulise une fortune, des espérances se réalisent ; mais on ne saurait réaliser une position.

‘{ Vous prenez exeeption à ce que j'ai dit,” voilà comment, il y a quelques années, un homme très haut placé commençait une lettre adressée à la Vérité. Toujours de l'anglais : Fou take exception to what

T have said. L'expression français:

scrait : Vous n’admettez pas ce que j'ai dit, ou quelque chose de semblable.

De même : “Ceux qui objectent à l'envoi d’un contingent,” n'est pas français, non plus. Objecter est toujours verbe actif ; on objecte une difficulté à une proposition, on objecte que, mais on ne saurait dire : ceux qui objectent à — Those who object to — C'est ceux qui s'opposent à qu'il faut dire.

Défalcation, défalcataire,pour détournement de fonds, concussionnaire, anglicismes ; renverser un jugement pour annuler, casser un jugement, anglicisme ; j'occupe un logement de sept appartements, au lieu de pièces ou chambres, anglicieme ; on entretient des craintes, des inquiétudes à tel sujet, au lieu de : on a des craintes, des inquiétudes, anglicisme ; je vous introduis M. Un tel, pour je vous présente, anglicisme.

Anglicisme aussi la phrase suivante :

Je comprend que vous allez partir

demain, au lieu de j'apprends ou j'a appris ; et celle-ci : je le nie emphatiques #— emphatiquement se prend toujvrs en mauvaise part et signifie ave: emphase, et non point avec énergie ou formellement, comme beaucoup sem- L'ent le croire.

Des argents — monies — pour sommes d'argent, ou de l'argent ; contracteur, pour entrepreneur ; qr solide, pour or massif ; instruction compulsoire, pour obligutoire ; supporter un candidat ou une candidature, pour appuyer : autant d'anglicismes.

Au Palais législatif, nos Solons ont leurs anglicismes particuliers, auxquels ils tiennent avec une ténacité qu'ils n’auraient peut-être pas, s'il s'agissait de maintenir un véritable privilège. En voici quelques-uns.

Prendre le sens de lu Chambre, pour la consulter.

À cet étage de la disenssion, ou dæ bill, pour phase.

Service civil, employé civil, pour administration, employé de l'administrution.

Les Canadiens-français entendent les députés anglais dire elerical error : et ils se croient obligés, libéraux comme conservateurs, de protester, eux aussi, contre les erreurs cléricales. Ne croyez pas que le radicalisme français nous menace, à cause de ces protestations fréquentes contre les erreurs cléricules. I s’agit simplement d'erreurs de rédaction ou de copiste.

Moi pour un, traduction servile de l'anglais : Z for one, veut dire, dans la pensée de ces messieurs: Pour ma part, où Quant à moi.

Je concours duns les observations de l'honorable député ; la Chambre n’a pas concouru dans ce rapport. Ne vous imaginez pas qu'il s'agisse de coopéralion. On essaie seulement de traduire le mot anglais to concur. Il serait pourtant

si facile de dire : j'abonde dans te! sens; la Chambre n'a pas adopté le rapport.

Puis, en notre langage parlementaire :

incorporer une compagnie ne veut pas dire, selon le sens véritable du mot, l’unir à une autre compagnie, mais lui donner la personnalité civile.

Signalons enfin le plus étonnant peutêtre des anglicismes qu'on entende au puluis législntif et qui est réservé pour les grandes circonstances : J'ai le pluncher — I have the floor — pour j'ui lu parole !

Je pourrais allonger, et allonger encore la liste des anglicismes qui ont envahi le langage de nos hommes instruits, mais je crois vous en avoir assez signalé pour vous convaincre que le danger est réel. Oui, le danger existe et le danger est d'autant plus grand que le mal ne semble pas vouloir céder facilement aux rerièdes qu’on a tenté d'y appliquer.

Voilà trente ans, peut-être davantage, que quelques zélés font la guerre aux

snglicismes : et nos journaux n'en sontils pus encore tont hérissés ? On peut se demander si un scul à disparu. Toutefois, il ne faut pas déposer les arines, La réaction finira par se produire.

Un autre mal qu'il faut signaler, parce qu'il se propage rapidement pariui nous, c'est une mauvaise prononciation de lu lettre «. Cette faute, d'origine relativement récente, est d'autant plus à craindre que ceux, et encore davantage celles qui la commettent, s'imaginent, très sincèrement, parler avec une élégance peu ordinaire.

Lorsque M. l'abbé P. Lagacé a publié son Cours de Lecture à haute voix, en 1875, il paraît que ‘: nous faisions graves la plupart des a aigns, et trop graves ceux qui doivent l'être. ” Le savant professeur ne dirait plus cela aujourd’hui, je crois. Sans doute, nous faisons graves un certain nombre d'a aigus Plusieurs des nôtres disent encore très souvent deux heures ct un quéit, — pour ma pârt, ete. pres-

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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