‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 15 sur 48 · XXVIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXVIII AVANT-PROPOS

résipiscence. Les fautes, grièves ou vénielles, que l'on ne manquera point de me reprocher, m'inspireront une contrition parfaite: et je prie le ciel que les péchés que j'ai cru nécessaire de confesser pareillement pour ceux de mes compatriotes qui n'ont pas le temps de battre leur coulpe, inspirent de même aux offenseurs de la langue française un aussi ferme propos de n'y plus retomber, en reconnaissant comme leur, l'un de mes med-culpâ. C'est ma prière au cœur saignant de la doulce parlure de France, de ce langage de la Vérité, de la Justice, de la Franchise, de la Paix et de la Beauté—de notre langue maternelle. Si je l'ai dite comme un enfant qui balbutie son oraison naïve. j'aurai mêmement la candeur de croire que le ciel, aidant ceux qui s'aident, exauce parfois avec une plus grande bienveillance la prière des petits que la rogation des grands. Et je ne cesserai de travailler et d'espérer. Fac et spera.

Ce modeste essai, je le livre À la tartuferie des DeCelles de tout acabit et à la prudoterie des attrape-minons, tout autant qu'à la mauvaise foi mal-écrivante des rédacteurs du Droit et de leurs congénères, au patriotisme inverti de ceux des Canadiens qui professent qu'il faut cacher la vérité, à la candide ignorance,

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enfin, d'autres Canadiens qui se sont fait accroire que notre langue n'est susceptible d'aucun amendement. Les lecteurs animés par ces sentiments où muSs par ces dispositions diverses, pourront— en toute connaissance de cause, cette fois— apprécier cette opinion comme bon ou mauvais leur semblera et, si le cœur leur en dit, me lancer les foudres dont ils disposent. Une critique vigoureuse, acerbe, acidulée, déchirante, à la saumure, à la cantharide, au vitriol, au picrate, à la mélinite, voire au tomahawk, n'est pas pour me désobliger. Hélas! il y a déjà jolie lurette que j'ai passé l'âge à qui les coupeurs d'oreilles sont un épouvantement! Le volètement des chauvessouris de sacristie n’effarouchera pas davantage ma conscience, ni ne la dévoiera: pas davantage ne m'épeureront les clappements de bec des hiboux que la lumière fait boubouler et dont le chuintement sinistre d'oiseaux ténébreux clangore en cris de Pierre l'Ermite, à ce qu'ils s'imaginent, mais plus réellement en criailleries zigzaguantes de jars capitolins flairant, à temps perdu, quelque nouveau Capitole à sauver. L'on me fera probablement un crime aussi de m'en prendre à un homme dont le mérite le plus clair est d’avoir de l'âge—à quoi je répliquerai d'abord que l'attaque est venue de lui; ensuite, que, de bon compte et de bonne guerre, l'âge ne saurait être un bouclier qu'à condition qu'il cesse d’être une arme offensive. Et je

XXX AVANT-PROPOS ne crois pas qu'à m'observer, en l'hôtel de Bourgogne ou de la lune opaline, le gentil Cyrano de Bergerac, mon bon maître, eût senti se coaguler son sang généreux, car plût à Dieu que je n'eusse visé une cible. plutôt que de viser à un but. Sur ma foi, je ne me soucie mictte de brocarder un bonhomme qui s'est mis au blanc sans y être invité et qui, à la vérité, eût été mieux inspiré de rester à l'arrière où il n'eût pas eu à se plaindre du commerce des embusqués. Au reste, il a une plume et des loisirs: qu'il se justifie autant qu'il le pourra, et le Saint-Esprit l'assiste! I] n'aura d'ailleurs pas à courir jusqu’à Berlin pour trouver des juges de son geste, de sa posture à l'égard de la langue française. .. Aussi de rien n'aurai-je à me repentir si j'ai pu déshabiller quelque neu nos saints de bois et découvrir leurs icones, qui prétendent en imposer à la vénération des adorateurs : mais je me féliciterais de fleurdelyser à l'épaule, sinon au front, Pour qu'ils se reconnaissent eux-mêmes au moins, tous ces faux bonshommes qui nous prêchent leur véreuse morale et qui sont, n'est-ce pas que

trop vrai, les grands responsables du gauchissement de nos exaltations, de notre incurie Pour notre langue, du mésusage de nos aptitudes et énergies, notre patriotisme à contre-fin, de cette Pour mieux dire, en quoi tout cela à la continue, de ce

de veulerie, se transforme tte veulerie qu'ils enruban-

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