‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 3 sur 48 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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bionnés sous le parapet des préjugés religieux et nationaux, se mirent en frais de découdre de point en point son hérésie. Aucun d'eux, ni même personne jusqu'alors, n'avait lu une demiligne de cette modeste, mais longue étude. C'est ainsi que M. DeCelles a bien voulu dénoncer l’auteur à l'anathème des messieurs filant droit, des dames superstitieuses et charitables, des échappés d'Hérode et des “blessés” de l'Ontario, et qu'il à su faire frissonner les gens bien pensants, au seul nom de ce nouveau suppôt des puissances infernales. Tant et si bien, que ces gens bien pensants touchaient du fer ou du bois à sa rencontre pour conjurer le mauvais œil de ce renégat à sa rac et à sa religion, de ce traître qui fournit des munitions à l'ennemi, à une époque où la langue française subit, chez nous, ‘a sort of Verdun assault"” (1).

Oui-da! Mais, pour une fois que M. DeCelles jouait à la sentinelle, et tant qu'il y était, il aurait pu crier qui-vive avant de se fendre à l'aveuglette et de foncer à vide comme il s'est fendu et comme il a foncé. Car l'auteur qu'il a tué se porte à mcrveille. Et puisque notre langue subit un assaut de Verdun et que, très certainement, il est indispensable de reconnaître les rôdeurs des avant-postes, qu'il soit permis à l’auteur, que M. DeCclles a de force fait sortir du rang, de

(1) Citizen, Ottawa, 27 mai 1916,

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voir en effet à qui et à quoi l’on a affaire ici, de reconnaître d'abord cette sentinelle qui ignore le rudiment du guet, et de crier ce qu'elle n'a pas crié:

—Qui vive ?

La comparaison du siège de Verdun est plus heureuse que M. DeCelles ne l’a pensé.

Notre langue maternelle, moins fortifiée que la ville de Verdun, n'a tenu, ne tient et ne tiendra que par l'obstination des Canadiens-français à recevoir sans broncher tous les coups dirigés contre elle. Ce sont, à la vérité, les Poilus qui ont longtemps fait, de leurs poitrines, le rempart infranchissable et infrangible qui manquait à la forteresse de Verdun. Mais, au lieu de s’attarder à applaudir et à couvrir de fleurs les défenseurs de la place, au lieu de se pâmer d'admiration en des attitudes d'extase qui ressemblent à des attitudes de victimes expiatoires, la France a prêté l'oreille au cri d'alarme d’un patriote, du sénateur Charles Humbert, qui n'eut de cesse qu'il ne l'eût persuadée du péril qu'elle courait à faire une confiance absolue à l'héroïsme tout nu de l’armée, et que, pour réduire le Boche et remporter sur lui une victoire définitive, il fallait que toute la population inengagée se livrât corps et âme à cette unique et impérieuse préoccupation d'armer ses défenseurs: “Des canons, des mu-

she — N ti die

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nitions!”" Ce cri d'alarme traversa peu à peu les discours lénifiants des optimistes donneurs d'assurance, puis il alla se répétant de bouche en bouche. Vicillaids, femmes et enfants même, toute la France se mit à fabriquer, jour et nuit, ‘des canons, des munitions”: les défenseurs de Verdun reçurent ‘des canons, des munitions,” donnèrent échec et mat aux terribles assiégeants, et Verdun est resté ville française. L'histoire dira plus tard combien Verdun redoit au cri d'alarme du sénateur Humbert.

Plutôt de m'extasier devant l'invincibilité de notre parler, durant ce siège de Verdun que la langue française subit chez nous, j'ai voulu faire entendre à mes compatriotes qu'ils manquent d'armes suffisantes, que la langue qu'ils parlent n'est point fortifiée comme elle devrait l'être pour résister aux attaques de ses assaillants: ‘Des canons, des munitions!” Par déférence pour ceux de mes compatriotes de l'Ontario qui se sont laissés convaincre que mon essai devait nuire à leurs revendications scolaires devant les tribunaux, et pour répondre de la meilleure manière à ceux qui m'accusèrent de fournir des munitions à nos adversaires, j'ai retiré cette communication de la Société royale, par lettre en date du 3 juin, c’est-à-dire avant qu'un seul membre de la Société royale, ayant lu cette communication, ait pu y faire la moindre objection fondée, Et j'ai déclaré que je publierais cet essai

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