‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 36 sur 48 · SYMPATHIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

SYMPATHIES ANGLAISES

N'allons cependant pas donner, nous aussi, dans le fanatisme haïssable et dans l'aveuglement, et reconnaissons que la langue anglaise vaut mieux que bon nombre de ceux qui la parlent chez nous et s’en servent contre nous; reconnaissons surtout que notre malheur vient de ne point compter, au Canada, un plus grand nombre d'Anglo-saxons amis de notre langue, comme ces distingués universitaires, hommes d'Etat et journalistes que nous savons, qui ont jugé nécessaire à leur instruction d'apprendre notre langue et d'en instruire leurs enfants, qui l’aiment et la défendent en connaissance de cause, en toute sincérité et en toute ardeur; comme aussi ces gens du monde qui, à défaut d'instruction française, ont cependant l'éducation qu'il faut pour sentir que le parler français est respectable, digne d'égards et d'estime (165). La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a institué (1911-12) des cours publics de français pour les personnes de langue anglaise, et ces cours sont

bien suivis: de même se remarquent aux conférences ct aux représentations théâtrales frai.çaises (lorsqu'elles valent que nous, Canadiensfrançais, nous dérangions pour les entendre) un

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bon nombre d'assistants de langue anglaise qui démontrent assez que l'élite anglo-canadienne ne se formalise point de la pénétration françaïse, mais au contraire l'encourage.

Au point de vue constitutionnel aussi bien, notre langue a jusqu'à présent dû son salut et le devra encore demain à ces Anglais qui la com- Prennent ou tout au moins comprennent son rôle et sa fonction—ce qui revient à dire que c'est de Londres ou des gouverneurs venus de Londres (106), que nous avons déjà reçu et que nous recevrons encore les protections les plus efficaces et les plus clairvoyantes, surtout depuis la guerre, depuis l'alliance effective dans laquelle l'Angleterre et la France ont appris à se connaître et à se comprendre, depuis que ces deux puissances ont pu se rendre compte, autrement que par des discours de bienvenue, que leurs destinées nationales sont auxiliaires l’une de l’autre.

Dans sa préface au Glossaire d'Oscar Dunn, Fréchette a noté, en 1880, ces deux témoignages qui devraient se trouver, non seulement dans nos archives nationales, mais dans la mémoire de tous les Canadiens, quelles que soient leurs origines et leurs croyances religieuses:

Cette thèse de l'influence de la langue française en

mérique a reçu une sanction officielle de la part de lord Dufferin, dans sa réponse à l'adresse que lui présenta

l'Assemblée législative au moment où il quittait le pays, et tout récemment, au banquet de la Saint-Jean-Baptiste,

de la part de son successeur à Rideau-Hall, le marquis de Lorne. Tous les deux ont exprimé cette pensée tue, loin d'essayer à faire disparaître le français. l'autorité anglaise devrait au contraire en favoriser la diffusion, comme un moyen sûr de ‘aire profiter les populations du Pomirion des grandes idées que la France représente dans le morde,

et de donner à la nationalité qui est en voie de formation sur cette partie du continent une originalité véritable et féconde.

Donc, quand nous faisons observer que la

situation actuelle du français au Canada est devenue un problème difficile à résoudre, nous songeons à ces barricades que l'on érige autour de nos paroisses françaises et catholiques pour intercepter le courant et le choc des grandes idées qui doit produire la lumière, et nous songeons aussi à la raison principale qui meut l'autorité anglaise pour favoriser la diffusion du français au Canada ‘comme un sûr moyen de faire profiter les populations du Dominion des grandes idées que la France représente dans le monde.” Si cette situation ne constitue pas un problème diffcile à résoudre, c'est à ne plus comprendre ce que parler veut dire. Et nous voilà au rouet, dirait Montaigne.

Soyons Canadiens, Canadiens avant tout et formons un peuple nouveau, à la bonne heure!

Constituons, si nous le pouvons, notre propre intellectualité. notre propre génie; restons catho-

liques et gardons notre langue pour servir de

bouclier à notre foi, c'est parfait! Mais, pour garder cette langue, si c'est la langue française

sn

que nous voulons dire, et non une autre, ct non une langue qui va se périmant, et non un patois en formation l'on peut prédire sans être grand prophète que nous ne réussirons point à la conserver au Canada, cette langue française, en fermant nos oreilles aux voix de France. Et à ces voix, à cette voix humaine, nous pouvons appliquer en terminant la définition de l'éloquent évêque que nous avons déjà cité: ‘Une voix, quelque chose d'immatériel et de sensible; quelque chose qui caresse et q': épouvante: quelque chose de si discret que l'ore‘!le le perçoit à peine et de si sonore que l’espace en sonne: une voix, quelque chose qui éveille le courage, berce le chagrin, ébranle la volonté. chante, pleure, commande: le Lies iræ du sublime inconnu; le Requiem de Mozart, la Murseillaise de Rouget de l'Isle, l'hymne O Canada: une voix, presque rien, tant cela va sans laisser trace, et tellement tout que l'Eglise a épuisé son effort de louange à l'égard du Saint-Esprit quand elle a dit: Il a la science de la voix’ (107).

Conclusion

Au point de vue numérique, le parler français au Canada n’est point en péril (198). Le nombre ne mesure cependant pas également l'influence ou la puissance des Franco-canadiens, car à l'égard de la langue comme à d'autres égards, ils manquent d'organisation et se trouvent souvent dans un état d'infériorité par rapport aux autres races qui, comme les Hiberniens, ont constitué des sociétés secrètes pour élaborer leurs projets nationaux et les réaliser avant que les races concurrentes les apprennent et se mettent en état de les contrecarrer. Constitutionnellement, la langue française est officielle autant que l'anglaise au Canada (1%), et semble se contenter de cet attribut qui menace de ne se retrouver bientôt que dans le texte des statuts: des vétérans de la politique nous disent que, de concession en concession, la langue française se parle et s'écoute de moins en moins au parlement fédéral.

Nous avons vu que le sol de la Nouvelle- France fut peu favorable au marcottage de la langue française pure—à preuve qu'il a fallu donner une dénomination particulière au parler des Néo-Français ou Canadiens, le franco-canadien, qui y a germé en dérivation du français. Et nous avons vu que si, d'une part, la langue franco-canadienne s'épure sans cesse pour se

rapprocher le plus possible du parler de France. elle se contamine fortement d'autre part, si bien qu'en certains milieux particulièrement envahis par l'anglais, dans les centres manufacturiers et parmi Îles populations circonvoisines, cette langue aurait besoin d'une indication étymologique additionnelle pour préciser sa nature complexe et devrait se nommer l'anglo-franco-canadien. Généralement, la diffusion du français est sérieusement entravée. Les attaques politiques dont il est l'objet en quelques provinces ne doivent en rien provoquer son abandonnement, mais au contraire engager les populations opprimées à s'y tenir plus fermement. Les moyens d'enseignement devenant plus diffciles en ces provinces contrariantes, il est à craindre que le langage foncièrement incorrect du populaire ne se diffuse avec trop de licence en manquant d'un système de redressement suffisamment organisé. L'industrie est le plus puissant propagateur de l'anglais au Canada: et dans ce pays en plein développement, on peut aussi bien appréhender que cette propagation quasi mécanique de l'anglais ne paralyse dans une large mesure les efforts de l'enseignement français et de l'épuration verbale qui aurait cependant assez à faire contre les affections organiques du langage: les anglicismes, les barbarismes, les solécismes, les canadianismes de trop mauvaise frappe, les formes dialectales équivoques et

l'anémie du vocabulaire — surtout si le peuple persiste, par un ‘faux respect de la tradition,” à filier son langage à une langue demi-morte, et s'il ne revient pas des préjugés dont il a été pénétré à l'endroit de la France, source de notre parler. Il faut donc espérer que la guerre nous corrigera de cet illogisme suprême, générateur de tout le mal et qui fait naître, chez ceux-là mêmes qui prêchent le triomphe de la civilisation française, de l’aversion à l'apercevance de tout ce qui est français. Et pour l'avancement de la langue française dans notre pays, aussi bien que par loyauté à la Grande-Bretagne, outre les autres espoirs que nous plaçons dans la victoire des Alliés contre la coalition teutonne, nous devons faire des vœux ardents pour que la France remporte de la guerre les plus beaux lauriers. Mais nous ne devons point nous bercer de l'illusion que la victoire des Alliés sera, comme elle devrait s’acheminer à l'être, un motif décisif de réconciliation entre les deux races anglo et franco-canadiennes. Celle-ci—un député des Communes l'en a déjà avertie (110) —s’entendra réclamer des comptes. L'autre, en effet, ne manquera pas: de lui reprocher le peu d'ardeur qu'elle aura montré pour l'enrôlement et de diminuer à sa plus simple expression sa participation réelle; de lui garder rancune de la campagne nationaliste contre l'aide à l'Angleterre; de faire état des outrances de langage commises

de côté et d'autre et qui sero: :ortées au passif de toute la race. Et commela -on du plus fort sera toujours la meilleure, les ‘’ranco-canadiens ne gagneront guère à ce procès.

Par ailleurs, les amis du français vont se multipliant parmi les Anglo-canadiens instruits et de bonne foi qui savent faire la part des gens et des choses; l'opinion publique s'éclaire et le rôle de la langue française se comprend mieux. .. La truculence ultramontaine de Louis Veuillot nous agrée comme la philosophie méthodique cartésienne congrue au sens pratique de nos compatriotes anglais. Or, Veuillot a écrit: “Le Beau, c'est le bon sens qui parle français’”’; de son côté, Descartes a dit: ‘Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée." L'espoir serait-il donc aussi invraisemblable qu'un rêve, d’un rapprochement du bon sens et du beau, par un accord patriotique autant qu'utilitaire? Si bien que malgré toutes les luttes, on pourrait entrevoir, un jour ou l’autre, à défaut d'un règlement final de la situation politique du français, l'intervention d'un modus vivendi permettant— comme c'est le cas en Acadie—l'enseignement libre et normal du français aux minorités dont c'est la langue maternelle. Dans les plus grandes villes, à Montréal et à Québec, le français est plus cultivé, les livres de France sont plus répandus, la littérature française est davantage pratiquée et un plus grand nombre s'y adonnent que par le

passé. La connaissance du français est jugée le complément d'une bonne éducation dans les familles anglaises à l’aise, et la société francocanadienne honnêle aspire au perfectionnement de la conversation. Les études classiques devenant progressivement plus sérieuses à mesure que l'accès des professions libérales exige une plus forte préparation, la fréquentation des auteurs français se fait aussi plus étendue et plus régulière (*#). Le sentiment populaire français, amorti depuis plusieurs années par les préventions religieuses et nationales, se ranime à la vue de la France telle que la guerre l’a révélée; et cet heureux retour devra disposer le peuple et ses éducateurs à écouter de meilleure grâce et avec plus de profit les voix de France, inspiratrices et gardiennes naturelles, et même les seules gardiennes de la langue française au Canada. Si tant est que la race canadienne-française doive sauvegarder son tempérament distinctif et pour cela penser autrement qu’on pense en France, et si tant est que la langue franco-canadienne doive se perpétuer comme un idiome sui generis, cet heureux retour au sentiment français fera peutêtre enfin comprendre que, pour revigorer celui des éléments constitutifs de notre race et de notre langue que la désignation même de notre race et de notre langue déclare français, et pour que cet élément essentiel ne se dégrade point tout à fait, il peut, certes, n'être pas indispensable que

nous nous départions d’une réserve qui, si l’on y tient, doit marquer et maintenir notre dégagement des idées françaises: mais si cette réserve se mue en animadversion outrée, comme celle que nous voyons ressourdre à chaque rercontre et qui éclabousse tout ce qui est français, la langue comme le reste, cette langue française qui doit rester l'unique marque de notre caractère ethnique, cette langue française, ainsi éclaboussée, ainsi couverte de salissures, n’aura bientôt plus l’attirance et la beauté qu'il importe de lui trouver et de lui reconnaître pour nous justifier de l'apprendre et de l'étudier comme il est nécessaire que nous l’apprenions et l'étudiions, d'abord pour la posséder avant de prétendre à la conserver, ensuite pour la respecter nous-mêmes afin de la faire plus sûrement respecter de nos compatriotes qui l'ignorent ou la méconnaissent. En un mot, et précisément pour consolider cette originalité nationale dont nous

sommes si jaloux, il faut à toute force nous résigner à affectionner la langue française, telle qu'elle est de nos jours vivante et, au demeurant, fort avenante et bien portante.

Que si l'on me reproche d'avoir employé des couleurs sombres pour brosser le tableau de la langue française en son état actuel au Canada, j'alléguerai que tant de nos compatriotes peignent cette situation avec des couleurs trop

brillantes, que j'ai cru mieux servir notre parler

en signalant à ses amis les dangers nombreux et très réels auxquels, de notre temps, il est exposé, plutôt qu'en augmentant le répertoire des hyperboles inutiles et des flatteries pernicieuses. Que si l’on a été surpris de m'entendre dire quelques louanges de la France, je confesserai mon désir que ces louanges soient un peu compensatoires et rendent moins lourde la charge des calomnies et des médisances que l'on a déposée contre elle dans la balance de l'opinion canadienne, et qu'il n'a fallu pour cela que proclamer la vérité. Que si, enfin, l'on m'impute de m'être en tout cela montré plus français que catholique, j'exciperai de la doctrine même de M. Henri Bourassa, ou, à coup plus sûr, de celle de ses doctrines qui est la moins contestable et qui n'a d’ailleurs pas encore été contestée, puisqu'elle ne l'a fait pécher ni par indépendance catholique, ni par mécréance britannique, ni par fétichisme français:

“D'abord, dit-il, nous croyons que la langue, sa conservation et son développement sont pour nous l'élément humain le plus nécessaire à la conservation de notre foi; et deuxièmement, dans la simplicité de notre pensée et de notre cœur, ayant conservé, dans cette province moyenâgeuse, la foi catholique telle qu'elle s'enseignait autrefois, nous croyons que l'Eglise a des promesses de vie éternelle. De plus, nous pensons que dans toutes les revendications de

l'Eglise, les premières démarches, comme la direction générale, doivent venir de ceux en qui nous voyons concertée l'autorité léguée par Jésus-Christ à ses apôtres, et transmise par eux aux évêques et au clergé des siècles qui se sont succédé—tandis que la langue, c'est notre bien à nous: et si nous ne le défendons pas, personne ne le sauvera pour nous” (112),

En vérité, l'on ne saurait conclure autrement.

Depuis que M. DeCelles, sandwiché du Droit el de la Vérité—oh, l'emprise des titres !—a déclaré mensongère et injuste mon étude sur la langue française, j'ai cru devoir m ultiplier jusqu'à superfélation les notules, notes, renvois, références, gloses et scolies; j'ai mis des points sur les à et Jusque sur les j. Cette lautologie, moyennant quoi Je m'efforce d'éviter la gratuité de nouvelles accusalions, agacera le lecteur qui sait lire; mais de pareilles précautions sont nécessaires et jamais Surérogaloires, puisque loujours insuffisantes. J'ai

méme fait quelque citation des aveux qui— Dieu lui pardonne !—ont échappé à M. DeCelles dans son empressement à sauver nos institutions . . .

Page 2-(1). Pour marquer les limites, à peu près, du registre qu'ont parcouru les chantres du parler francocanadien, soprani et basses:

C'est la belle langue française qui résonne à nos oreilles (au Canada), un peu moins claire, moins vive qu'en France, mais c'est la vraie langue classique, point entachée du tout de patois ni de néologisme, telle qu'elle était parlée au XVIle siècle par les gentilshommes de l'Ile-de-France, de la Bretagne et de la Normandie, avec cependant un petit tour naïf et délicieux comme le style de saint François de Sales. (Père Pierre-Marie CouRBoN, MS.-C; les Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, Paris, mai 1902, pp. 288-292. Le père Courbon demeurait depuis une année À Québec).

Oh! le langage canadien! On prétend que c'est du français! L'Européen de langue française, au moment où il débarque sur la terre canadienne, reste stupéfait, l'accent qu'il entend est intraduisible: où donc est-il > Quel est le langage qu'il entend ? Est-ce

donc là le parler français des Canadiens-Français qu'on lui a tant vanté? Est-il, par un miracle incompréhensible, transporté au XVIle siècle dans le village le plus reculé de la vieille Bretagne française où l'on ne parle que patois? (J.-E. Viaxes, La Vérité sur le Canada, Paris, 1909, p. 241. M. Vignes a vécu de la vie canadienne, dans la métropole du Canada, pendant près d'une année; il a côtoyé et fréquenté un peu tous les milieux).

Page 3-(2). James GEDDES jr, professeur de langues romanes à l'université de Boston: ‘‘American-French Dialect Comparison’, dans les Modern Language Notes, Baltimore (Md), déc. 1893; janv. 1894: déc. 1897; janv. fév.-avril-mai 1898;

Mémoires du Premier congrès de la Langue française au Canada, Québec, 1914, p. |;

Adjutor Rivarp, Etudes sur les Parlers de France au Canada, 1914.

Page 4-(3). Revue des Deux Mondes, Paris, 5 déc. 1850, t. VIII, p. 988.

—"*Vers 1630, dit M. LavissE (donc à l'époque du peuplement du Canada par les colons fronçais), la langue française était inconnue au plus grand nombre des Français. Les zones de la langue d'oc et de la langue d'oil répondaient à peu près à celles des deux droits; les dialectes de l’une et de l’autre demeuraient vivaces.” Hist. de France, t. VI, pp. 159-160; citation de M. RivARD, op. cit. p.13.

—Les Mémoires de la Soc. des Antiquaires de France (t. VI) rapportent, dans leurs Matériaux pour servir à l'histoire de France, la traduction de la parabole de l'Enfant prodigue en 86 idiomes ou patois de France: 80 affèrent à la langue d'oil, et 6 à la langue d'oc.

Page 5-(4). Mémoires d'Outre-Tombe, lère partie, liv.

Page 5-(5). Candide, ch. XXIII:—-Ah! Pangloss! Pangloss! Ah! Martin! Martin! Ah! ma chère Cunégonde!

Qu'est-ce que ce monde-ci > disait Candide sur le vaisseau Hollandais.

— Quelque chose de bien fou & de bien abominable, répondoit Martin.

—Vous connoissez l'Angleterre, dit Candide, y est-on aussi fou qu'en France ?

—C'est une autre espèce de folie, dit Martin: vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpens de neige vers le Canada, et qu'elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut. De vous dire précisément s'il y a plus de gens à lier dans un pays que dans un autre, c'est ce que mes foibles lumières ne me permettent pas.

Dans Micromégas, les Embellissements de la Ville de Cachemire et La Princesse de Babylone, notamment, Voltaire satirise ainsi la guerre et toutes les guerres.

—Dans son Histoire du Canada et des Canadiens-Francais, 1884 (p. 238) Eugène RÉVEILLAUD a retracé l'expression, inspirée par la même pensée ultra-pacifiste, dans une correspondance antérieure de Voltaire à M. de Moneril (27 mars 1757): ‘On plaint ce pauvre genre humain qui s'égorge dans notre continent à propos de quelques arpens de glace en Canada.”

— Dans La Colonisation de la Nouvelle-France ( 1905), Emile SALONE fournit (p. 429) d'autres citations de Voltaire sur le Canada. Dans son Précis du règne de Louis XV, Voltaire énonce la raison véritable de son opposition à la colonisation de la Nouvelle-France: ‘On a perdu en un jour... quinze cents lieues de terrain. Ces quinze cents lieues étant des déserts glacés, n'étaient peut-être pas une perte réelle. Le Canada coûtait beaucoup et rapportait trèspeu.”

—Sous ce titre même, Les Arpents de neige, M. Maurice Trubert, au cours d’un récent article dans un journal de Bordeaux, attribue cette dédaigneuse appellation au duc de Choiseul. V. Bull. de la S. du P. f., vol. XV, p. 9.

140 APPENDICE Page 6-(6), Cours d'histoire, vol. 2, P. 11.

Page 6-(7). Op. cit., p. 17.

Page 7-(8). Op. cit., p. 40.

Page 7 (9). M. Marius BanrzAv, ethnologue de la Commission géologique du Canada, s'applique depuis quelque temps à recueillir à /a sténographie, de la bouche

de nos paysans, les récits légendaires et merveilleux que la tradition a déposés dans leur mémoire. Cette iranscription semblerait nous faire trouver, dans le folklore, un fidèle échantillon du langage de nos ancêtres, puisque les narrateurs, illettrés pour la plupart, ne font que répéter les récits qu'ils ont appris et tels, apparemment, que ces récits ont été transmis de génération en génération. Mais il importe de noter les déclarations du transcripteur, qu'il a dû faire plusieurs corrections et arrangements dans les textes qu'il a recueillis, afin de rendre ces textes publiables. (Cf. T'he Journal of American Folk-Lore (Lancaster, Pa.), numéro consacré aux Contes populaires canadiens (français), janvier-mars 1916; et un nouveau numéro spécial devant paraître au commencement de 1917).

Page 8-(10). L'Instruction au Canada sous le régime français (1635-1760), V911, passim. Cf. Thomas CHAPAIS, Jean T'alon, 1904, ch. XVI. AE Edmond Ro: , Histoire de la Seigneurie de Lauzon, t. WE (1900), ch. 29; t. IV (1904), ch. 6et 8. Sur le langage des anciens Canadiens, V. p. 198 et suiv. du t. IV de ce dernier o'vrage.

Emile SALONE, op. cit., p. 405: Il y a longtemps que, dans les trois villes de la Nouvelle-France, on a pourvu à l'instruction de la jeunesse . .. Mais en dehors des villes, les écoles font absolument défaut, et les habitants des campagnes, c'est-à-dire la grande majorité de la population, demeurent condamnés à l'ignorance. Dès la fin du

dix-septième siècle on essaie de porter remède à une situation aussi déplorable.

Page 9-(11). Cette affirmation m'a valu, de la part du Droit, l'épithète de cruel menteur.

Ce ne furent, a-t-il rectifié, que de reres exceptions qui se firent coureurs de bois; les autres se groupèrent autour de l'habitation de Québec défrichant leurs terres et s'efforçant d'élever leur famille selon les instructions des missionnaires (20 mai 1916).

Peut-on méservir ainsi la langue que l'on est aux gages de défendre! C'est de la baraterie pure et simple. Pour l'amour de la langue française, de la claire et de la vraie, de celle d'aujourd'hui aussi bien que cells du XVIIe siècle, le Droit devrait bien mettre ses rédacteurs devant le métier que Boileau recommande aux élèves de syntaxe. Admirez la bienfacture de ce style, et voyez ces ‘exceptions qui se firent coureurs de bois’? Et ces autres, ces autres excep- ‘ions, qui se groupèrent autour de l'habitation, de l'Arbi-

tion défrichant leurs terres (les terres de ces exceptions), etc, selon (pour en suirunt) les instructions des missionnaires. Et pourquoi ces terres et cette funille diffèrent-elles de nombre? ... Mais passons, pour indiquer au gazetier iui s'est prononcé là-dessus, les documents qu'il pourra consulter s'il s'avise jamais, avant que de bousiller de pareilles négations historiques, de se renseigner sur la quantité et la gravité des abus auxquels a donné lieu la traite. ‘un des fléaux du temps” (SULTE):

Edits et Ordonnances, vol. 1 1673 p. 73:

GARNEAT vol. I 1686 p. 284; vol. II 1706 262;

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