VERBES IRRÉGULIERS
Je ne cite que ceux qui présentent des cas singuliers.
Aller. On dit toujours : je vas et non je vais; jme suis en allé, i s'sont en allés, au lieu de je m'en suis allé, ils s’en sont allés, etc. Ce verbe offre en outre une singulière contraction à la première personne du présent de l'indicatif: j'mas te payer, jmas partir, pour : je m'en vais te payer, je m'en vais partir, Cette forme contractée est très usitée,
au DB ae
Envoyer. On dit au présent j'envoye, t'envoye, il envoye, ete. ; au futur et au conditionnel : j'envoyerai, J'envoyerais, ete. Ici, au lieu de dire: allez! mais allez donc ! on dit : envoye, envoyez, et même : envoyez fort !
—Bouillir. On dit je bouille, tu bouilles, il bouille, ete. Au futur et au conditionnel, on dit assez souvent: je bouillerai, je bouillerais, etc., au lieu de je bouillirai, je boutilirais. Pour ce cas cependant, nous avons avec nous plusieurs grammaires.
—Couvrir peut être l’objet de la même remarque pour le futur et le conditionnel.
— Cueillir fait assez souvent an présent de l’indicatif : je cuerllis, tu cueillis, etc.
—Fuir, s'enfuir, font au subjonctif présent : que je fuye, que je m'enfuye, ete. On se sert plus volontiers, cependant, du verbe se sauver!
— Haïr fait au présent de l'indicatif : je haïs, tu haïs, etc., et plus souvent : j'ayis, t’ayis, etc.
—Quérir, se contracte en qu’ri : allez qu'r1.
— Tenir. On dit quelquefois : je quiens, tu quiens, ils quiennent. On se sert plus rarement de l'infi-
nitif tendre ou queindre. Cependant on trouve, çà et là : 27 a qu'à ben s'tiendre, queindre.
— Venir, On trouve quelquefois, à l’imparfait du
Los: DT
subjonctif, la singulière forme suivante : que je vinssis que tu vinssts, qu'il vinssit,qu’on tinssit,que vous vinissiez ou vinssites, qu'ils vinssirent ou vinssissent. On dit même, mais rarement : à faudrait qu'ivinssit & venir.
— Vétir, Le t du participe passé se change quelquefois en c: c’est un homme bien vécu. Habiller et s'habiller sont “’un usage plus général.
—S'asseoir, asseoir. On dit assez fréquemment : s'assire, ussire : Va l’assire. On a aussi, souvent : j'm'assis, tu t'assis, ils s’ussisent, etc., ou je m’assots, j'assois, ete. Ces deux formes se retrouvent à presque tous les modes, On trouve quelquefois, mais assez rarement : jm’ assis, j'Mm'avaiis assis.
— Pouvoir. On dit toujours : je peux, et, le plus souvent, au présent du subjonctif : que je peuve, que tu peuves, etc. Quelquefois, à l’imparfait, on dit: que je pouvisse, que tu pouvisses, qu’il pouvit, que vous pûtes, qu'ils pirent ou pouvissent.
— Savoir. Au présent du subjonctif, on dit ordinairement: que je save, que tu saves, que vous saviez, etc.
— Valorr, voir, vouloir, donnent vauloir, vaulant, nous vaulons, vous vaulez, etc; que je vuule, que vous vauliez, etc; je voé ou je vois; je voir, je voirais ; que je voye, que je veule, que tu veules, etc.
Croire. Je crois, tu crois, ou je cré, tu cré, etc ; je croirai, je croirais, ou je crèrai, je crèrais; que je croye ou crèye, etc.
Croître est rarement usité; on emploie pousser. — Dire fait quelquefois : vous disez.
— Lire. On trouve quelquefois, mais rarement, le participe {u changé en !2 : j'ai li ma leçon.
— Maudire fait au présent du subjonctif: que je maudisé, etc. ; la forme régulière est, cependant, d’un usage aussi fréquent. Il est assez singulier qu’on n’emploie jamais le féminin du participe et que; néanmoins, on manque rarement de donner la terminaison féminine à l'adjectif maudit : En chassant sa tille, il l’a maudit ; ne lui parlez pas, elle est maudite.
— Moudre. Au lieu de : vous moulez, ils moulent, que je moule, étc., on dit : vous moudez, ils moudent, que je moude, etc.
Rire. On trouve quelquefois, au présent du subjonctif : que je rise, que tu 1'ises, etc.
Voici donc, sur un très grand nombre de verbes irréguliers que nous avons en français, à peu près les seuls qui offrent quelque anomalie. Il convient aussi de remarquer que presque tous les participes qui ont une terminaison phonétique diffcrente ne s’emploient qu'au masculin : La parole que j'ai dit,
—. OE''e
la lettre que j'ai écrit, la porte est clos, la glace est pris. Cela vient sans doute de l'habitude qu’on a d'entendre constamment d’autres participes qui changent pour l’œil seulement, et non pour l'oreille : lé câtéchisme est su, la leçon est sue ; le miroir est brisé, la glace est brisée. Le même fait se produit dans l’emploi de certains adjectifs, et pour la même rdison. De ce qu’on dit : le beurre est cher, et la viande ést chère, sans que l'oreille percoive la différénce dés terminaisons, on est naturellement porté à dire : elle est craintif : merci, madame, vous êtes bién gentil. Cependan:, ces exemples ne sont pas aussi communs qu’on serait tenté de le croire.
L'adverbe, la préposition et la conjonction s’emploient toujours assez correctement, sauf certains défauts de prononciation. Je vais cependant signaler les quelques irrégularités que l’on peut trouver sur ce terrain.
L’y persiste en présence du futur et du conditionnel du verbe aller, et on dit j'y rai, j'y trais. On trouve, du reste, des exemples fréquents de cette manière d'écrire même dans Fénelon. Du tout fait pas en toute ou plus souvent pantoute, Environ se remplace souvent par œutour, aux environs, aux approchants : j'en ai autour de trois mille, auæ environs, aux approchants de deux mille. Maintenant est peu usité ; on dit à ct’heure, Tant pire,
us OZ de
presquement et quasiment sont employés presque partout.
Dans avec, on supprime tantêt le v, tantôt le c : venez donc «ec nous, il est parti avé lui, Après outre, on met souvent de, comme après en outre : outre de cela, outre de cé que je vous dis. Sauf fait presque toujours sous, dans les expressions : sous votre respect, sous le respect que je vous dois. Cette expression qui à vieilli ailleurs est restée ici dans toute sa jeunesse. On ne parle jamais de certains animaux, de certaines choses regardées comme triviales, sans l’y joindre en forme de correctif : Il a vomi partout, sous le respect que je vous dois ; j'ai acheté, sous vot’ respect, un beau cochon gras, En même temps se remplace très-souvent par quand et : Je partis quand et lui; venez-vous-en quand et moi. Dès fait quelque fois drès : il est arrivé drès le petit matin. Au lieu de fait assez souvent alieurs de : Défendez-vous, alieurs de vous plaindre.
Aussi est quelquefois remplacé par étou : Ila peur, lui éou.
Me voici arrivé au terme de ma tâche. Je n'ai rien fardé, je n’ai rien caché, comme on à pu le voir. Et, cependant, dons toute cette longue nomenclature, est-on capable de me signaler la i10indre apparence de jargon ou de patois ? Il n’y a pas au monde une seule langue qui se parle exacternent comme elle
s'écrit, même chez les gens instruits, et, à plus forte raison chez le peurle, Et c’est la langue de notre peuple même que je viens de mettre sous les yeux du lecteur, Or, si nous comparons ce langage avec celui des campagnes de Krance, d'Angleterre ct des Etats-Unis, — pour ne parler que des pays avec lesquels nous avons de fréquents rapports, — nous verrons que Ce ñe sont pas nos paysans ou nos ouvriers qui s'écartent le plis de la langue
écrite,
Nous avons des défauts, nous le reconnaissons : nous n'accentuons pas assez les mots ct les phrases, nous ne chantons pas assez nos paroles, et notre discours est d’un recto tono fatigant ; nous prononcons mal certains mots, certaines lettres; tout cela est vral. Mais 1l y a loin de là à parler jargon ou patois. Et quoi, quand vous entendez un Anglais vous dire advertisment, engine, leftenant, chastisment, et d'autre part, un citoyen des Etats-Unis prononcer advertisement, engine, lieutenant, chastisement, irez-vous dire que Fun des deux parle un langage incompréhensible ? Et lvrsque chez nos voisins quelqu'un vous dira Z œaint a’going to, you maught ’a done your chores, allez-vous de suite en conclure que les Anglais des Etats-Unis parlent le patois ou le jargon ! Ce serait une sottise ; et c’est précisément cette sottise méchante que commettent
tous les jours nos détracteurs. Nous avons des défauts, des fautes même à corriger, mais tout cela disparaît graduellement. Dans tous les cas, — et je le répéterai jusqu’à épuisement,—je tiens surtout à constater que nous n'avons pas ici de patois ; et tous les Kowalski du monde, de même que tous les redresseurs de torts qui pensent et disent comme lui ne réussiront pas à étouffer cette vérité, Ils pourront bien en imposer aux ingénus ; ils pourront bien dénaturer les faits, mais ils ne les modifieront pas. S'ils ne nous comprennent point ; s’ils prennent pour du patois le langage dont je me sers en ce moment, il faudrait réellement leur donner notre pitié, s’il n’y avait pas, probablement, derrière cette prétendue ignorance, un sentiment d'intérêt qu’il convient d’exposer.
Car, on a réellement un grand intérêt à tâcher de faire croire que notre langue s’est amoindrie ou perdue, à nous décourager de la parler. On comprend parfaitement que c’est la langue seule qui fait un peuple, une nationalité,
Tous les peuples qui, pour une cause ou pour une autre, pressés par la tyrannie ou paralysés par l'indifférence, ont abandonné leur langage national ; tous les peuples qui ont laissé se détendre ce lien qui seul tient une race,—se sont effacés peu à peu et se sont trouvés bientôt déchus de leur nationalité,
Depuis au delà d’un siècle, un travail lent, mais constant, dangereux d'autant plus qu’il est moins apparent, jlus dissimulé, un travail s’est fait de toutes parts pour désagréger notre existence nationale, et pour en arriver à une fusion dans Jaquelle notre race elle-même se trouverait comme étouffée et anéantie.
Cajolcries, promesses, menaces, violences, on a mis en œuvre tous les moyens, on à eu recours à tous les artifices. Mais, nous avons su éviter tous les pièges, repousser toutes les attaques; et nous avons donné ce glorieux exetipie, — peut-être unique dans le monde, — d’un pétit peuple qui, foit de son droit, cantonné dans cette forteresse inexpugnable de la langue maternelle, à su résister au flot des assaillants qui l’envahissait sur tous les points. Et non seulement nous avons résisté, non seulement nous ne nous sommes pas laissés entamer, mais nous avons assailli à notre tour, nous nous sommes répandus et nous avons occupé les places fortes mêmes de nos adversaires.
Je parle d’assauts et de forteresses ; et pourtant, c’est une campagie bien pacifique que nous avons faite. Si, de temps à autre, l’action s’est un peu échauffée, ces mouvements n’ont été que des accidents passagers, et nous avons toujours, autant qu’il
a été en notre pouvoir, procédé par les moyens pai-
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sibles ; nous nous sommes tenus strictement dans la s bère Gu calme et du droit.
Or, si nous avons pu conserver cette tranquilité permanente d'esprit, -— qui, après tout, nous à servis beauçoup mieux que les agitations violentes, — c’est parce que nous nous sentions forts et, pour ainsi dire, invincibles ; c'est parec que nons nous sentions unis par ce lien si mystérieux, et pourtant si difficile à romye, le lien d’une langue commune.
Oui, aimons-la bien, conservons-la jrécieusement cette admirable lanuue française, Ja plus noble, la plus franche des langues parlées, celle qui est restée la langue de la grande dit lomatie, la langue préférée des classes dirigeantes chez presque tous les peurles civilisés, Ajmons-la bic, cette langue qui a toujours servi à exprimer le: idées les plus élevées, les sentiments les plus chevaleresques. Conservons-la, cette langue qui a toujours été ln première à s'élever dans l'univers, quand 1l s’est 2: de flécrir une injustice, | de secourir une infortune, ou :"uplaudir à un acte d'hésisme, Aimons-la, cette larigue qui a laissé dans la littér ture universelle des monuments impérissables de glei.e à la lumitre desquels l'humanité tout entière vient s’éclairer, Honorons-la, cette langue déjà si illustre qui a revêtu un nouvel éclat dans les œuvres du poète incomparable que la France pleure encore,
et dont le génie sublime a illuminé le monde entier.
Le UN AE
Aimons-le, conservons-la, nous surtout, Canadiens- Français, cette langue admirable, parce qu’elle nous a faits ce que nous sommes, parce qu'elle nous a sauvés dans le passé, parce qu’elle nous fortifiera dans l'avenir. |
Pour moi, je me suis imposé un devoir, je me suis assigné une tâche que je remplirai dans la mesure de mes moyens: cest de défendre, toujours, parts :, contre tous, la langue de mon pays, la langue dé mére patrie; c'est de tiavuiller de toutes mes forces à répandre, à faire connaître, À faire aimer, dans toute su glorieuse beauté, la largue dans I: "elle des voix chères m'ont accueil, à mon bereear, a langue quia chanté les rêves de ma jeunesse, la langue qui me consolera, ‘: l'espère, à me ‘“erriers moments !