II
Lettre de M. P. L. V. Dubois, ingenieur, de Bruxelles, au sujet de l'étude qui précède.
Monsieur,
Je vous remercie de tout cœur au sujet de l'envoi que vous avez bien voulu me faire de vos notes philologiques insérées dans les mémoires de la Société Royale du Canada, Ces mémoires m'ont intéressé
au plus haut point ; si vous vouliez bien agréer un compliment très sincère de ma pait, je dirais que votre œuvre dénote une profonde érudition, un grand talent d'écrivain et un noble cœur.
C’est dans votre travail intitulé “ La race française en Amérique” et surtout dans vos poèmes que se révèlent Vos sentiments. Je vais me permettre seulement d'envisager vos études philologiques, après avoir exposé la suite des idées diverses que je me suis faites jusqu’à ce jour, au sujet du langige du Canada.
Par mon exposé, on verra combien il est parfois difficile de concevoir une opinion exacte des faits qui se produisent au-delà de notre horizon habituel.
[l y a longtemps déjà, je lisais dans la “ Science du langage ” de Max Müller (p. 76) :
‘“ Arrachez un idiome de son sol natal... et vous en arrêtez immédiatement Ja croissance... La langue que les réfngiés norvégiens portèrent avec eux en Islande n’a presque pas varié depuis 7 siècles, tandis que sur son sol natal, et entourée du patois, elle s’est dévelonpée et s’est scindée en deux langues distinctes, le suédois et le danois...” Et en note : “ Il y a moins de locutions et de prononciations particulières à certaines localités, dans le vaste territoire des Etats-Unis, que sur le sol comparativement étroit de la Grande-Bretagne. On pourrait faire la même observation à propos du français tel qu’il s’est
CO s
conservé et qu'il est parlé aujourd’hui encore au Canada.”
Je me suis done dit :
1° Il est probable ou plutôt certain que les personnes lettrées, dans le Canada francais, écrivent et parlent la langue française tout comme en France, sauf peut-être quelques vxcentions tout-à-fait négligeables ;
2° Dans les quelques localités franco-canadiennes uniquement habitées par des personnes dont'les ancêtres étaient originaires d'un seul et même village de France, le patois d'aujourd'hui doit être différent du patois actuel du village francais ;
30 À part cette exception, si elle existe, il n’y a pas de patois dans la Nouvelle-France.
Cette dernière idée, je me la faisais en me disant que les premiers cclons, venus de différentes régions et réunis dans un même navire, puis dans un même village canadien, avaient dû probablement abandonner ieur langage local pour adopter Ja langue commune, le français. Mélanger les patois, c’est les supprimer, me disais-je. feste à savoir si les premiers colons étaient bien dans la nécessité d’abandonner leurs patois et sil leur était possible de parler un autre langage.
J’ariive à votre article du journal la J'ustice, de