M L'OUE
Vous avez pu voir, dans ma “ Monographie des patois du Luxembourg méridional”, que les pronoms relatifs lequel, dont, ete., sont inconnus dans les patois franco-belges et qu'il s’y traduisent par un mot unique, correspondant an que francais. J'ai été agréablement surpris en constatant que dans la Nouvelle-France on s'exprime eomme ici.
Vous remplacez presque toujours l'imparfait du subjonctif par le présent de ee mode on par le conditionnel, En Belgique et dans une partie de la France, lu grande majorité des personnes lettrées emploie le présent du subjonctif, en parlant le fran çals.
On dit quelquefvis, au Canada, j'ai tombé et j'mai fait battre ; cette façon de conjuger les verbes neutres et les verbes pronominanx est commune au langage canandien et aux différents patois de ja Belwique francaise.
Il faut que je croye nous est commun. Vous disez (vous dites), et j'ai là (lu) ma leçon se rendent en patois de mon pays par vw digez, dj'ai là ma l'çon.
En disant “ la lettre que j'ai écrèt”, vous vous exprimez comme on le fait dans tous les patois francobelges.
Votre mémoire mentionne la phrase suivante :
« Michel est arrivé et ils vont rester à veiller, eux
deux Baptiste.” Cela signifie bien sûr que Michel passera la soirée avec Baptiste, On parle de cette manière dans mon pays, où l’on emploie également la formule sous vot'respect dans les mûme conditions qu'au Canada.
Je termine ici cet examen comparatif, qu’il serait facile de poursuivre.
En dehors des faits qui nous sont communs en matière de langage populaire, il en est de plus importants qui sont relatifs à la situation ethnologique et politique de nos pays. Comme les Canadiens, en effet, les Belges habitent une contrée où deux langues sont en usage ; maïs ici, les rôles sont renversés : c'est le français qui jouit de presque tous les honneurs. Comme vous, nous formons une nations indépendante de la France. Comme les Canadiens enfin, les Belges du Midi appartiennent par la race et par la langue à cette grande famille francaise, dont vous soutenez avec tant de talent et de patriotisme les droits imprescriptibles.
En vous priant de faire de cette lettre l'usage que vous jugerez convneable, je vous présente mes respectueux hommages et, aves votre permission, une main fraternelle à travers l'Océan.
DuüBoIS, rue de Liedekerke, 55.
Bruxelles, 27 novembre 1888.