‹ La langue française au Canada [microforme]Chapitre 13 sur 19 · EU T · texte numérisé non relu

EU T

Québec, du 23 août dernier, journal communiqué par mon ami M. Vekeman, à Sherbiocke, Les conclusions de votre travail se forinulent où peuvent se formuler comme suit 3

10 Il n’y a pas de patois au Canala ;

2° Abstraction faite de certains joints, on y parle le français tel qu'il se prononcut en {'rauce aux XVIIe et XVIII: siccies

Votre pPuys à été colon. jar

1 ++ s . 3 lit ATüHCtT, ShUCCIAIE-

meut dans l'intervalle qui sé: uüre ie coturiencement du XVIIe siècle de la secoue moiue du X Vite; en 1763, l'Angleterre s'est substitute à la France, Il ne serait donc pas surprenant que Votre lanvage fût encore celui de Racine et de Vollaire ‘Toutelois, il est bon de remarquer qu'une ressemblance eu certains points n'implique pas d'une mamère absolue l'identité gunipléte.

Je vais m'expliquer en analysant votre imémoire intitulé : *“ La langue que nous parlons.” À mon grand regret, je serai furcé de me séparer de vous, malgré toute lautorité qui s'aitache à vos travaux ; je serai oblivé,—ie croirait-on ?-—de prendre position d’une

entre vous et le “ professeur de Baltimore, part, “Je professeur Ontario ” et... le pianiste Kowalski, d'autre part. Vous me pardounerez aisé-

ment ma témérité, VOs écrits me démontrant que vousmême vous recherchez avant tuut la vérité scientifique,

RQ, EAU

La premiére impression que j'ai éprouvée en lisant votre mémoire sur le langage populaire du Canada m'a fait penser que ce langage diffère du. français en un assez grand nombre de points. Je m’empresse d'ajouter que cette observation n’a qu’une importance secondaire ; en effet, certains patois de France sont presque identiques à la langue francaise, tandis que d’autres patois français de France et de Belgique s’éloignent notablement de lidiome littéraire. de m'empresse de dire aussi que votre langue est plus rapproché du françuis que ne le sont les patois de Marseille, de Lite: et de bien d'autres localités.

J'ai constaté, dans le langage populaire du Canada, certaines anomalies qu’on ne rencontre pas dans les patois du Vieux-Monde (je parle, bien enteudu des, patois que je conuais entièrement où quelque peu, c’est-à-dire des patois de la Beloique francaise où wallonne, de la Wrance septentrionale, des patois flamans et de divers patois allemands) Vous dites là. bas : je vois ou je vod, mouchouer ctinouchois, poids (qui ne se prononce jas comme Île mot français “ poids ” }, rot, drett idroit}, ete, Dans mon village natal (Florenville, provinee de Luxembourg, partie françiise de la Belgique), le peuple prononce ces mots uniformément, de Ja manière suivante : dju ot ou en écrivant autrement, djyu w& je représente par dj le son du g anglais dans yentry, et par w le son

LS, di

anglais w dans wine), moutchoi (tch le ch anglais dans vhurch,) poi, roi, droi. Dans le pays de Namur, on dit : dji wet (ne prononcez pas le t) molchwet, pwet, swet, drwet, Observons qu'en France le son ot de roi, etc., appartient à l’île-de-France, au Centre et à la Bourgogne, tandis que le son et de dret ou de drett est normand.

Dans le langage populaire du Canada français on dit aussi : à & péri ou à «a péri, à ont vendu ou iz ont vendu, et d'autre part, al (elle) & parlé, c'est à elle, à (elles) doivent coûter cher, èz (elles) auraient dû venir. La prérosition avec, se red Jar uë et avé, Ces formes multiples et d’autres encore, que j'appelle des anomalies (à supposer qu’elles soient simultanément en usage dans telle ou telle localité), ne se rencentrent pas dans ros patois.

S'il est bien vrai de dire, somme vous l'avez demontré, que la prononciatiun canadienne est identique en certains points à la prononciation française des XVIIeet XVIIIe siècles, en revanche il faudrait, selon toute apparence, faire une exception pour les différentes séries de mots dont je donne ci-après des échantillons, renseigr.é dans votre mémoire,

Prononciation canadienne. Pronoïcialion française. Port Guieu Part Dieu Forat Moquié Forêt Moitié Viyeur Dzur Vigueur Dur

Diyaume Etc, Guillaume Eto

La forme de “ forat ” et de ses congénères me paraît provenir de la Beauce ou du Berri ; “ Guieu” me semble être originaire du Centre de la France ; quant à moquié, voici ce qu’en dit Max Müller (Nouv. Lec. sur ja science du langage, I, 212) : “ Des observa- “ teurs attentifs nous disent qu’au Canada les gens “ du peuple ont coutume de confondre T'et ÆK, et “ disent mékier et moikié au lieu de “ métier ” et “ moitié ” ; et en note : “ C’est ainsi que parlent “aujourd'hui encore les paysans du centre de la TANGO ares save

Il ne serait pas difficile de démontrer, je crois, que la plupart des mots dont vous avez trouvé identique la prononciation dans le langage canadien et dans la langue française du XVIÏe siècle se prononcent encore aujourd’hui de la même facon dans tel et tel dialecte de France ; il s’en trouve même dans le patois de mon pays natal. Il fandrait en conclure non pas que le patoie du Luxembourg, par exemple, est un héritier direct dé la langue francaise du XVIIe siècle, — ce qui serait manifestement contraire à l’histoire et au tempérament philologi jue de mon patois, — mais tout simplement que ce patois et la langue du XVITe siècle appartiennent à la même famille d’idiomes. Bref, qui dit purenté ne dit pas toujours filiation.

Je passe à un autre ordre d’idée en sigualant un

aie RU

fait que l’on constate généralement dans les principaux idiomes de l’Europe, pourvu que l’on considère seulement les différents dialectes d’une seule langue. Ici, la répartition géographique des patois est telle, que le langage populaire d’une localité quelconque est intermédiaire entre le patois parlé dans une seconde localité située, par exemple, à 50 kilomètres au Noid de la première, et le langage populaire usité dans une troisieme localité située à 50 ou 60 kilomètres au Midi. Le patois de notre première localité ne sera pas un simple mélange de mots pris, les uns, au dialecte du sud, et les autres, au patois du Nord ; c’est l'essence même du langage de la prenière localité, c’est spécialement là phonétique qui occupera une position intermédiaire. Grâce à cette répartition géographique des jatois, nous pouvons dire, par exemule, que les patois de Liège, Touruay, Reims, etc., ont des traits communs et en même temps qu'ils présentent chacun des caractères particuliers.

Or, duns le Canada francais, il semble qu'il n’y ait qu’ un seul et même laugige d'un bout à lautre du pays. En eflet, dans :

dites jamais : Tel mot où tel forme est en usage à

Votre mémoire, Vous ne

Québec, et tel autre mot, à Montréal ou à Sherbiooxe.” Une seule fois, jouitant, vous parlez d’une forme qui est plus speciile à Quévec et au bas du fleuve.

Si les observations que je viens de faire au sujet de votre mémoire sont l’expression de l’exacte vérité, je me crois en droit de tirer de ee mémoire et de mes observations les conclusions fuivantes :

1° Le langage populaire du Bas-Canada est un patois de la langue française, Le mot est lâché ; je ne le retirerai qu'après somination,

Par le mot “ patois,” j'entends fout langage populaire qui west pas la langue littéraire.

2° Sije ne me trompe, le langage populaire du Canada est un mélange plus ou moins uniforme, sur toute l'étendue ou sur une grande partie du territoire canadien, des divers patois de la France. (Centre, Normandie, etc.)

Suis-je bien d'accord avec les faits ?

De ce que le langage populaire du Canada n’est pas exactement la lingue française, s’ensuit-il que celle-ci doive être déchue de ses droits dans votre pays ? Nullement! Ne sait-on pas qu'il existe des patois en France, en Angleterre, dans tous les pays du moude, et que si lon devait supprimer les laugues là où elles se trouvent en contact avec leurs patois, ils seraient bien rares ceux qui pourraient encore sur notre globe parler un idiome littéraire ? Qu'on envisage seulemeut la langue écrite par les Canadiens lettiés, on que lon considère langage

parlé par le peuple, on est forcément amené à dire et à proclamer bien haut: Votre langue est langue françuise au même titre que celle-ci est la langue de la Picardie, de la Champagne, de la Normandie, de la France entière, au même titre enfin que l'anglais est la langue des divers comtés anglosaxons de l’Angleterre et des pays anglo-américains.

Comme vous le voyez, tout en ayant pris position entre vous et “le professeur d’Ontario, j'arrive aux mêmes fins que vous. Je m'en félicite hautement.

Il me reste à signaler rapidement, pour compléter cette épitre déjà longe, les traits qui sont communs au langage populaire franco-canadien et au patois de mon vilage natal.

Comme vous, nous disons sumer (semer) ; quand ce mot est précédé d’un autre mot finissant par une voyelle, il se prononce s’mer, comme en français dans des circonstances identiques. Il en est probablement de même au Canada, Cette élision de l’e dans un nombre considérable de mots, élision très-fréquente ici, est soumise à une loi très-simple que j'exposerai peut-être ultérieurement,

Au Canada, vous dites c'est lui qu'est mon ami ; nous de même c'est Lui qu'est m'n ami.

C'est eux, au lieu de ce sont eux, est également une facon de parier qui est commune à nos deux pays (nous disons c’est zeu.)

Page 1