LATIN : FKHANÇAIS POP: FRANÇAIS SAV
Fragilis, Frêle, Fragie, Computum ou comptum Compte, Comput, Alumine, Alum, Alumine, Debitum, Dette, Débit, Examen, Essaim, Examen, Mobilis, Meuble, Mobile, Organum, Orgue, Organe, Porticus, Porche, Portique, Polypus, Pouipe, Polype, etc.
Rien toutefois ne nous empêche, n'est-ce pas, de remonter un peu plus haut, en passant par le latin ou le grec, et d'aller quelquefois retrouver dans le sanscrit les premiers éléments des mots que nous étudions. Il ne faudrait pas cependant suivre le chemin que Ménage indique à propos du mot haricot. qu’il tire de faba (fève). On a dû dire, écrit.il, fabaæ, puis fabaricus, puis fuburicotus, puis abricotus et enfin haricot.
Je reviens pour un moment au mot vertu, par suite d’une réflexion qui n’a frappé, et qui ne mauquera pas de vous frapjer à votre tour. N’est-il pas singulier qu’on dise d’une femme qui tombe “ qu’elle m'a pas su conserver sa vertu,” tandis que d’un homme, on dit “ qu’il n’a pas su conserver son honueur ?” Le mot vertu serait-il considéré comme se apportant davantuge à Ha femme, qui doit faire
briller, surtout au foyer domestique, les qualités solides du cœur et de l'esprit, le renoncement de soimême, caché et ignoré, le dévouemnt par excellence ? Et le mot honneur, un peu retentissant, conviendrait-il mieux pour exprimer les qualités moins domestiques, plus extérieures de l’homme, qui est appelé surtout à l’existence du dehors, aux rapports sociaux ? C’est ce que je ne saurais décider. IL est singulier toutefois de constater comb'en souvent il arrive qu'on se serve d'expressions différentes pour peindre des états analogues chez l’homme et chez la femme, et comment aussi, pour l’une et pour l’autre, les mêmes mots n’ont plus là même signification. Ainsi, le plus souvent, un grand homme veut dire un homme d’un mérite considérable, tandis qu'une grande femme signifie plutôt une femme d’une taille élevée. Par contre, un grand monsieur est un homme de haute stature, et une grande dame &st une femme distinguée par ses qualités, se: titres ou sa position.
Venons-en maintenant à l’histoire et à la géographie. J’ai déjà cité le mot franc, qui pourrait trouver ici sa place. Je pourrais également parler des appellations de grec, de juif et d’esclave (slave) qui offrent aussi un grand intérêt historique, dans un autre sens, mais sur lesquels il vaut mieux glisser sans appuyer davantage, Prenons des mots moins dangereux.
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Tout le monde a mangé des cerises, maïs tout le monde ne counaît pas l’origine de ce mot. Il vient de Cérasonté ou Cérasus (aïjourd'hui Kérésoum), ville de l’Asie-Mineure, d’où Lucullus rapporta à Rome les premières cerises.
Tous les fumeurs et les priseurs ne savent pas, non plus, que le mot tabac n’est pas le véritable nom de cette plante aromatique. Les naturels de lîle de Salvador, à l’époque des voyages de Colomb, appelaient cette plante cahibor. Ils la faisaient brûler sur un tison et en aspiraient la fumée ; et c’est le tison luimême qui s'appelait éabaco, nom qui a séul survécu.
Dans toutes les églises vous voyez une petite boîte qui porte l’inscription : Tronc pour les pauvres. Pour comprendre ce mot, il faut se rappeler qu’autrefois on déposait les offrandes dans le creux d’un tronc d’arbre, sur la place publique. L'objet a changé de forme et de lieu, mais le nom est resté le »nême.
Le mot mousseline vient de Mosul, ville des bords du Tigre, où l’on fabriaua d’abord ce tissu. Baïonnette vient de Bayonne, où cette arme se fabriquait. Baldaquin tire son nom de Baldaco (corruption de Bagdad) où l’on tissait les étoffes avec lesquelles on fait les rideaux du baldaquin, Le damas se fabriquait snrtout dans la ville de Damas, en Syrie, et la ville a légué son nom à l’étoffe. La bougie qui nous éclaire a emprunté son nom à la ville africaine de Bougie
(en arabe Budjaïa), qui fournissait une grande quantité de cire, et où l’on fabriquait des bougies. De même calico vient de Calicut, ville de la côte du Malabar ; faïence, de Faenza, bourg d'Italie où la poterie a été inventée ; fœisun, de Phasis, fleuve de la Colchide, d’où cet oiseau fut apporté, Le mot pêche, en latin persicum, et en Italien persicu, est simplement un fruit de la Perse ; l’adjectif est devenu un substantif, Zndigo, du latin indicum, est devenu par le même procédé un substantif ; c’est le bleu de l’Inde.
La turquoise est une pierre qui vient de la Turquie, Autrefois l'adjectif {urc, turque se disait turquois, turquoise, de même qu'on disait aussi eanadois et canadoise, en parlant des indigènes du Canada. Ceux qui portent des cravates, —et, aujourd’huiï c’est tout le monde, —croient peut-être que c’est là un mot d’origine bien française ; il en a, du reste, toutes les apparences ; et pourtant il est tiré du nom des Cravates ou Croates, habitants de la Croatie, qui vinrent au service de la France, et qui portaient autour du cou un morceau d’étoffe ressemblant à une cravate. Solécisme a encore une singulière origine, Ils’était établi dans la ville de Soloï ou Soles, en Silicie, une colonie d'Athéniens qui, par suite de leur mélange avec les habitants, en étaient venus à parler très mal la langue de Démosthènes. De là le substantif solokismos qui désignait une
tournure ou une expression vicieuse. Solokismos a fait solécisme.
Je pourrais, si le temps me le permettait, donner ici une liste des noms de forts, villages, paroisses, villes, etc., qui renferment tout un épisode historique. Et pour cela il ne serait pas nécessaire de sortir de cette province. Mais je n’apprendrais à mes lecteurs rien de nouveau, et je dépasserais les limites que je me suis assignées.
A côté de ces mots qui nous parlent de poésie, de religion, de morale, d'histoire et de géographie, il y a encore une foule d’autres termes qui ont été détournés de leur sens primitif, et qui ne disent plus ce qu'ils devraient dire. Les uns ont été relevés, anoblis en quelque sorte ; d’autres sont déchus, ont dégénéré. Ainsi le mot cicerone ne désigne pas un personnage d’une condition bien relevée ; et cependant il a été emprunté au nom de l’un des plus grands orateurs de l'antiquité. Je crois qu'on a eu tort de descendre Cicéron de son piédestal pour l’assimiler à un guide parleur, à un hâbleur. Et ce mot hdbleur lui-même, pourquoi lui a-t-on donné cette acception qui le déclasse, quand le verbe espagnol kablar, d'où il est tiré, signifie simplement parler. Il est vrai que, quand nous disons d’un individu qu’il fait le mouchoir, ou qu’il est un faiseur, nous usons d’un procédé analogue, Quand nous parlons d’une prude,
nous n'avons pas l'intention de faire par là un éloge ; et, cependant, prude, pruderie ont la même origine que prudence, prudent et preuæ, qui sont loin de dire la même chose. Le mot libertin n'est que le diminutif de libre, et pourtant nous en avons fait un qualificatif qui sonne assez mal, de même que son substantif libertinage. Faquin n’est pas nou plus une appellation très enviable, et pourtint litalien fucchino, avec lequel nous l'avons formé, signifie seulement porteur, porte-fuix. Virtuose, qui signifie un musicien habile, est exactement le même mot que vertueux. Les anglais disent qu’une ville contient mille mes, mais qu'une fabrique emploie cent muins (a hundred hands). Le mot homme n’est plus qu'une main, Mais, ne nous hâtons pas de condamner, nous qui disons que les campagnes, que les usines manquent de bras. Du reste, quand nous parlons de cavalerie, ne disons-nous pas : un corps de ciny cents chevaux ? Le cavalier disparait, absorbé par l'importance de sa monture. Toutes les recrues des corps de cavalerie vous diront, au surplus, que cette absorption est une grande vérité.
Le mot supplice indique une idée de souffrance, de torture, de mort. Et, pourtant, anciennement il voulait dire simplement prière, supplication.
Nous disons : bête comme un dne, quoique les ânes ne soient pas moins bien doués que la plupart
des autres animaux. Nous croyons avoir décoché une des plus fortes injures quand nous avons lancé à quelqu'un l’épithète de chien. Et, néanmoins, trouvez-moi bien des hommes qui fassent preuve d'autant d'affection, de fidélité, de dévoûment et de reconnaissance que le chien, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune ; qui pratiquent surtout aussi admirablement le pardon des injures et l’oubli des mauvais traitements. On dit encore : sot comme une oîe ; et, pourtant, il serait facile de prouver que l'oie n’a jamais fait le demi-quart des sottises que les hommes ont écrites avec ses plumes,
Voyons maintenant les expressions que l’usage a relevées et anoblies,
Quand nous disons d’une personne, d’une chose, qu’elle est sublime, nous employons un des qualificatifs les plus forts que nous ayons dans notre langue. Examinons cependant quelle en est l’humble origine. “ Il s'employa d'abord, dit M. Michel Bréal, en parlant des esclaves qui, quand ils avaient commis quelque méfait, étaient attachés sous le seuil supérieur de la porte pour être battus de verges. Sublimem te rapiam est une expression fort fréquente chez les poètes comiques pour dire : ‘“ Je te ferais suspendre pour recevoir des étrivières.” Le philologue allemand Ritschl fait remarquer que les meilleurs manuscrits de Plaute ont sub limen, ce qui nous donne l’éty
mologie. L’adjectif sublimis a ensuite signifié, d’une facon générale, ‘enlevé de terre.” Enfin, se détachant de plus en plus de son origine, sublimis a désigné tout ce qui est ou paraît suspendu en haut, les oiseaux, les nuages, le ciel, et particulièrement ces figures ailées traversant l’espace, comme on représente Jes divinités. Enfin, sublimis a été usité dans le sens de “haut, fier, généreux, désintéressé, sublime.”
Croix et crucifiæ sont des expressions qui provoquent aujourd’hui notre vénération ; et ceperdant, dans l’origine, ils infligeaient une flétrissure, Il en est de même de martyr, qui ne signifiait d’abord qu'un simple témoin, Aujourd'hui ce mot est revêtu d’une auréole qui le transfigure. Géne, sans être une expression tout à fait à son aise, est pourtant encore bien au-dessus da mot géhenne (enfer), dont on l’a tirée. Quand on parle d’un enfant gûté, d’un enfant malin, n'est-ce pas que ces expressions gâté et malin sont singulièrement adoucies par le voisinage du mot enfunt, qui leur prête un peu de son charme innocent ?
Il y a encore une autre manière de détourner les mots de leur sens primitif pour en construire ces espèces d'expressions amphibies qu’on décore poliment du nom d’enphémismes,
Ainsi, un àndustriel ne veut pas toujours dire un
homme qui s'occupe d'industrie, de même qu’un chevalier d'industrié n'a rien de commun avec les Roland et les Bayard. Un pot de vin est une petite politesse que les lois du jour jugent assez sévèrement ; et ce que nous appelons eau-de-vie est bien, dans un grand nombre de cas, plutôt une eau de mort. Les sauvages du resté, avaient peut-être trouvé un excellent moyen terme en l'appelant eau de feu.
C’est encore une singulière manière de parler que d'appeler le poison de la poudre de succession, ou de dire, comme les Italiens, d’un individu qu’on a empoisonné ou poignardé: ‘“EÆE stata ajutata la sua morte.” Sa mort a été aidée, on lui a donné un petit coup d'épaule. Mais la perle se trouve dans les îles Fidji, où l’on appelle un porc rôti: un porc court, et un être humain rôti : un porc long.
Et, au surplus, que ne trouverions-nous pas, si nous voulions un peu approfondir le sens de ces euphémismes dont notre presse est peut-être trop prodigue : rouge, bleu, grit, tory, libérâtres, castors, petits-manteaux, sénécaleux, etc.
A côté de ces singularités, il y a encore plusieurs mots qui ont subi une certaine dépréciation par l'usure, comme les pièces de monnaie qui ont beaucoup circulé. Aïnsi un grand nombre de personnes ne vous diront plus : “c’est la vérité ;”” mais, “ c’est la vérité vraie,” ou “ la vraie vérité.” On ne dit point
non plus : “ je vous donne ma parole,” mais “je vous donne ma parole d'honneur,” et dans les circonstances graves : “ ma parole d'honneur la plus sacrée” De même, on ne se contente point d’une affirmation, d’un serment, il faut une affirmation ‘ solennelle,” un serment “ solennel.”
Je me réserve l’occasion de dire, plus tard, d’où vient cette manie d’exagérer que nous avons transformée en habitude. l'our le moment, j'aime mieux revenir au sanscrit et à l'arabe; le terrain est aussi fertile et moins dangereux.
J'ai donné, il y a un instant, l’étymologie du mot asthme, des deux racines as et mu. Voici maintenant la racine plu, couler, courir, que vous reconpaîtrez facilement dans pluie, fleuve, effluves, flux et reflux, flot, affluent, fluide, ete., dans l'anglais to flow et dans l’italien fume. L’l est disparu dans le mot italien, parce que cette langue n'admet pas facilement la réunion de certaines consonnes qui offrent un conflit de son. Ainsi, flamme fait fiumma ; blimer, biasimare; plein, pieno, ete. C’est ce qui explique l’absence de certaines lettres de la racine dans plusieurs Cas.
Le verbe swan, retentir, crier, a donné le français son, sonner, etc., l'anglais sound, et probablement gswan, cygne, l'oiseau qui chante avant sa mort, l'italien suono suonare. Le verbe ang veut dire
rapprocher, resserrer ; d’où nous avons angle, angoisse, angine, angustie. Quand nous avons du chagrin, nous disons que nous avons le “ cœnr serré ; c’est la véritable signification du mot angoisse. Le verbe Kert, qui signifie couper, a donné court et ses derivés, ainsi que l’anglais short et curtuil.
Le verbe man veut dire penser, parler, informer ; vous le reconnattrez dans les mots mander, mandat, mentir, mensonge, reminiscence. Et, l’homme étant l'être pensant et parlant, nous avons en auglais le mot man, puis mind et mean, dans le sens de signifier. Wir représente la couleur des jeunes plantes ; il a donné le latin viridis, le français vert, l'italien verde, et l'anglais verduncy, verdant. Puis, de l’idée qu’une plante jeune et verte est robuste et vivace, on à tiré la signification de vigueur: vér, virilis viril, virilité, viruleñt, virulence, en franals. |
"Le verbe al veut dire monter, il a formé la latin altus, d’où nous avons tiré altier, haut (qui s’écrivait hault), puis huuteur (haulteur), altitude, etc.
Mg siguifie mouvoir, agir. Nous avons directement de cette racine : mécanique, machine machination. Les mots anglais make, maker ont la même origine (grec mecanè, latin et italien machina). La verbe bruïs, signifie trembler, craindre. Il a donné frisson et frissonner, le latin frigus et jiigidus,
parceque le froid fait trembler, C’est de là que vient aussi notre mot froid qui s’écrivait autrefois freiz, comme le prouve la Chanson de Roland : “ Et endurer et granz chauz et granz freiz.” Observez l’analogie que présente l'anglais freeze, fright, et l'italien freddo. Frise, friser, frison, viennent encore de la même racine, On saisira tout de suite, en effet, la proche parenté qui existe entre friser et frissonner.
Vous seriez sans doute curieux d'apprendre d’où vient le mot anglais heart ? Il vient di mot sanscrit Hri, qui signifie également trembler, s’émouvoir, palpiter. ri à fair le substantif Herd et Herdayan, le palpitant, l’objet qui palpite, c'est-àdire le cœur, heart, C’est de la même racine que viennent le latin horreo, horresco, horror, et le français horreur, horrible, etc.
Le verbe dram, quia la même signification, a donné le grec tremein, le latin {remere, l'italien tremare, le français trembler, l'anglais tremble, et leurs derivés. Notez que, dans ces trois racines, c’est la lettre r qui indique le tremblement,
Prenons maintenant le verbe wap, qui vent dire coudre, tisser, etc. Nous allons en tirer d’abord les mots wWeuve et weaver; puis, de son. substantif wapas ou wapus, nous aurons les mots latins opus, operari, qui nous donnent en italien operare,
operaio, opera ; puis, en français, opérer, ouvrier, (qui s’écrivait ovériér), ouvrer, ouvrage et œuvre.
Le verbe stab signifie attacher, fixer. Il donne le français stable ; l'anglaise stop et stamp et probabablement séump ; puis encore, le français éampe, étamper, (ancienne orthographe, estampe, estamper), étable (estable) ; enfin établir (establir), stabilité, etc.
Le verbe luth signifie entamer, enlever, blesser. Les latins en ont fait laesio laedere, d’où nous avons tiré lésion et blessure. Mais souvenons-nous que ce verbe signifie aussi retrancher, entamer. C’est pourquoi nous en avons formé lésiner, lésinerie, c’est-à-dire retranchement, économie, auxquels l’idée de blessure a attaché un sens d’avarice, de mesquinerie.
Le verbe médh ou matram signifie mesure. De la première forme nous avons fait modeste, modestie, modéré, modération ; de la seconde nous avons tiré mètre et tous ses dérivés.
Le verbe wal signifie tourner, entourer, et par suite protéger. De là nous avons val, vallon vallée, circonvallution, et l'anglais wall (mur).
Djaks veut dire rire, badiner. Nous avons de là le latin jocus, Jocari ; l'italien gioco, giocare, jioja, giojoso ; le français jeu, jouer, joie, joyeux, et l’anglais joke et Joy avec ses dérivés. L’adjectif Joviul
ne vient pas de la même racine (qui aurait donné joyal) ; il est tiré de Jovis, génitif de Jupiter, parce qu'on considérait que du maître de lOlympe procédaieut toute Joie et tout contentement.
Quelques-unes de ces transformations sembleront peut-être un peu étranges. Et pourtant, en y réfléchissant et en tenant compte de la manière dont toutes les langues se sont formées, par un procédé lent d’assimilation, on trouve qu’elles n'offrent rien de bien étonnant. ‘“ Tant que l’homme conserve la juste idée de l’organisation des mots ; tant qu'il comprend bien les racines, 11 prononce bien et accentue toutes les syllabes ; mais à mesure que cette connaissance s’efface, certaines lettres, certaines syllabes s’amoindrissent et finissent par disparaître.” Considérons comment le latin cognoscere x pu faire en italien conoscere, en français, connuistre, connoîûtre, puis connaître ; comment, du latin benedicere, on à fait l'italien benedire et le français bénir ; nou pourrons alors, d’une façon relativement facile, expliquer des dérivations qui nous paraissent, à première vue, manquer . * peu de suite.
Je n’ai cité qu’un bien petit nombre des racines sanscrites dont nous avons fait notre profit, en les retrouvant à travers le latin et le grec ; 1l faudrait plusieurs volumes pour les consigner toutes. À part cela, nous avons encore fait de nombreux emprunts directs à la langue arabe. Plusieurs des termes usi-
tés en mathématiques, comme algèbre, chiffre, etc., sont des mots arabes francisés. Alcôve vient de l'arabe al-kobba, qui signifie petite chambre. Assassin est formé de l’adjectif hatchatchi, dérivé lui-même du substantif hutchitché, parce qu’un chef arabe faisait prendre du haichitche aux hommes de sa troupe, qui, surexcités par cette terrible drogue, tuaient et massacraient sans merci, sur un signe de sa main.
Babouche est le mot persan papouché, qui nous est venu par l’arabe, lequel, n’ayant point la lettre p, l'a remplacée par un b.
- Carafe vient du verbe garafu, qui signifie puiser. On trouvera peut-être dans cette racine la raison pour laquelle un si grand nombre de personnes prononcent garafe.
Girafe vient également de zourafa, qui a la même signitication.
Hasard offre une très grande ressemblance avec az-zhar, nom du dé à jouer chez les Arabes,
Jupe, jupon, viennent de dzouppa, qui a la même signification.
Lilas descend en ligne directe de lilac. L’anglais lilac a même conservé l'orthographe et la prononciation.
Luth vient de Alloudh, dont le portugais alauda se rapproche encore davantage,
Makhazin, qui en arabe signifie dépôt, nous a donné magasin.
Mascarade a une grande ressemblance avec maskhara, qui signifie bouffon, bouffonnerie.
Enfin, mesquin est une véritable photographie de l'arabe meskhin, qui veut dire pauvre, nécessiteux.
Je m'arrête ici.
En voilà suffisamment, non pas pour nous éclairer et nous instruire beaucoup, mais pour nos faire réfléchir et nous inspirer peut être le désir de nous renseigner davantage sur le sujet. Dans les œuvres du Créateur, ce qui se dérobe à nos sens n’est pas moins admirable que ce qui frappe et étonne le regard. Le très petit est, d’une certaine manière, aussi considérable que le très grand ; il ne s’agit que d'aller le découvrir et l’examiner chez lui, à l’aide des instru-* ments que notre intelligence a créés, et qui nous révèlent un guerrier armé de toutes pièces dans linsecte qui se cache sous un grain de poussière, et nn soleil immense, d’un diamètre bien supérieur à celui de l'orbite lunaire, dans cette petite étoile dont la lumière tremble là-haut, tout au fond du firmament.
Pour l’homme qui étudie sérieusement, il n’y a presque pas de petites choses, et il peut tirer un exemple utile, un enseignement salutaire, aussi bien de quelques syllabes obscures, d’un mot oublié, que des grandes œuvres du génie humain.
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