LES VERBES
Les verbes réguliers se conjuguent assez correctement. Néanmoins, dans tous les verbes, réguliers ou non, on n’emploie presque jamais la première personne du pluriel, excepté au passé défini. Pour la remplacer, on se sert de la troisième personne du singulier avec le pronom 0. Ainsi, nous ne disons point : Nous irons, nous nous promenons, mais bien : on ira, on se promène.
Très souvent, lorsque le verbe commence par une voyelle ou une À muette, on intercale la lettre L entre le pronom et le verbe : On l'était, on l'aimait mieux. Lorsque l{ s’y trouve déjà régulièrement, — soit comme lettre initiale du verbe soit comme abréviation du pronom Le ou la, on la double : on l l'aimait, on l’ louangeait.
Voici comment se conjugue généralement le verbe avoir :
Indicatif : prés. J’ai, t’Âs, i, il, ou al 4, on À, vous avez, 1Z ont ou 1 yont. Imparf, J'avais, t'avais, i, ou al avait, on l'avait, vous aviez, i ou iz avaient.
aies O4 émis
Passé défini (il est très souvent employé) : j'eus, t’eus, i, il ou al eut, on eut et nous eûimes, vous eûtes, 1, il ou iz eurent. Passé indéfini. J'ai eu, t’a eu ou t’as eu, il a eu, on l’a eu, vous avez eu, i où 1 ont eu. L's, le z et le f dans «ts, avez, ont, etc., ne se font presque jamais sentir. Le passé antérieur : j'eus eu, ne s'emploie que très rarement, En revanche, on se sert assez Volontiers du passé antérieur surcomposé : j'ai eu eu, tu as eu eu ; on place presque toujours uns euphonique entre les deux participes : j'ai euss” eu ; vous avez euss’ eu. Futur : j'aurai ou plutôt j'arai, t’arâs, il ar, onl arû, vous arez, 1 ou 1z aront. Le conditionnel offre les mêmes accidents.
Subjonctif : que j'eye, que t’eye, qui, qu'il, ou qu'al eye ; qu’on l’eye, que vous eyez, qu’i, ou qu’iz eyent. Le subjonctif présent du verbe aller se conjugue exactement de la même manière,
L'imparfait du subjonctif est à peu près inusité, sauf dans quelques verbes. On le remplace par le présent où par le conditionnel : il faudrait que j’eye, ou que J'aurais. Passé : que j'eye eu, que t’eyes eu, qui, ou 1l, ou al eye eu, qu'on leye eu, que vous eyez eu, qu'i, OÙ 1Z eye eu,
Le plus-que-parfait : que j’eusse eu, s'emploie rarement.
La conjugaison du verbe étre présente à peu près
les mêmes accidents. On se sert beaucoup du passé défini : je fus, tu fus, au lieu de j'allai, tu allas. On fait aussi un emploi assez fréquent du passé antérieur surcomposé : j'ai eu été, t'as eu été, etc. Au futur et au conditionnel, on trouve quelquefois : jch’rai, j'ch’rais, à la première personve du singulier seulement, Au subjonctif, on dit : que je soye, que tu soyes, etc.
Ces deux exemples donnent une idée assez exacte de la conjugaison des autres verbes ; cependant, nous allons parcourir rapidement le sujet pour en relever quelques points intéressants, IL est inutile de remarquer que dans toutes les conjugaisons, on élide très souvent le muet, j'aim’rai, nous r’cevrons, etc., excepté devant les terminaisons rions, riez, et ions, iez : nous ferions, vous devriez, vous tentez, nous venions.
Quand on se sert du passé défini de la première conjugaison, on le termiue presque toujours en 1s : j'aimis, l'aimis, il aimit, on l'aimit, vous aimites, ou ?z aimirent. Je constate, du reste, une tendance générale à former de cette manière le passé défini d’un assez grand nombre de verbes en tr et en oir,ayantle passé définienus ou éns: je {ins ou j'éenis, j'eourus ou j'eouris, je r’çus ou je r’eevis, Voici une une phrase que j'ai entendue à Lévis en 1854 et qui est toujours restée gravée dans ma mémoire : “ Mon
ch'val m'échappit, j'eouris après, je l’rattrapis et jell'attachis au piquett.” Cette forme est plus spéciale à Québec et au bas du fleuve. (Cependant, on dit toujours, je mourus, etc. : il mourut presque de peur.
Dans les verbes en oùr, le diphtongue se prononce toujours o devant une consonne sonore : devoër, recoëvent.
Au sujet des verbes neutres, il y a à remarquer qu'on en conjugue quelques-uns indifféremment avec étre ou avoir, à certains temps composés : je suis tombé ou j'ai tombé, je suis resté ou j'ai resté, je suis parti ou j'ai parti, j'avais tombé, j'aurais resté, etc. Il ne faut pas croire, cependant, que l’emploi de l’un ou de l’autre auxiliaire se fasse sans raison. Avec étre, le verbe présente un sens absolu, et le participe est considéré comme un adjectif; avec avoir, il offre une signification plus restreinte. Ainsi, quand on dit : madame est sortie aujourd’hui, on parle d’un état actuel, comme si l’on disait : madame est morte, madame est malade, Lorsqu'on dit : madame « sorti aujourd'hui, on énonce simplement un fait qui s’est produit à un moment donné et qui peut ne plus exister.
Les verbes réfléchis, à part ‘les accidents de prononciation, ne prêtent à aucune remarque spéciale, On entend cependant dire, mais bien rarement : j m'a fait battre, ils s’ont fait gronder, etc.
x NT à
Dans les verbes impersonnels, je signale le verbe falloir qui se prononce fuuloir, faulait, faulu. Pleuvoir n’est, en général, usité qu’à l’infinitif, On dit plus volontiers mouiller : il mouille, il mouillait.