IMPRIMEUR ET ÉDITEUR
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(Mémoire lu à la séance publique de ix Société du Parler français au Canada, 22 février 1911.)
Monsieur l'Administrateur, Monseigneur le Président, Mesdames et Messieurs,
Elle signifiait trop de choses, l'invitation de la Société du Parler français au président de l'Association d'Éducation des Canadiens français de l'Ontario, pour qu'elle demeurât sans écho.
Le frère aîné, gardien du foyer paternel où plane si visiblement l'âme des aïeux avec son idéal et ses aspirations, conviait à sa table le frère plus jeune, parti, il y a quelque cinquante ans, pour une zône, sinon étrangère, du moins bien lointaine, où il allait dresser sa tente et demander à un sol fertile la subsistance et la prospérité. Ce frère, que la Providence avait jadis conduit sur une terre où résonnait un verbe inconnu, où l'on chantait un Credo amoindri et où l'on cultivait des traditions différentes des siennes, se voyait appelé par celui qui toujours vécut au sein des gloires du vieux Québec ; c'était là un grand honneur: plus encore, une marque de réelle sympathie ; c'était, partant, un bienfait qu'il ne pouvait que généreusement accepter. Il pourrait raconter ses luttes, ses souffrances, ses espoirs, et dire bien haut l'assurance qu'il a en l'avenir de sa race, sous le soleil ontarien, et à coup sûr, c'est plus que des applaudissements, plus que des paroles d’encouragement qu'il viendrait recueillir.
Monseigneur le Président, les 200,000 Canadiens français enrégimentés sous le nom d’Association d'Éducation des Canadiens français de l'Ontario vous remercient bien cordialement et de l'honneur que vous leur faites aujourd'hui, et des sympathies que vous leur témoignez. Ils vous sont d'autant plus reconnaissants que, par le temps qui court, ils éprouvent un plus grand besoin de sympathies, surtout de sympathies venant de la province de Québec. :
Et moi, à qui incombe le périlleux honneur de remplacer M. le sénateur Belcourt, président de l'Association, retenu à Ottawa par le travail de la session et par de pressantes et très actuelles sollicitudes pour les intérêts des Canadiens français, je n'ai qu'un regret à formuler : celui de ne pouvoir m'exprimer, dans l'Athènes du Canada et sous les généreux auspices de la Société du Parler français, avec tout l'atticisme de mes hôtes distingués et de mon bienveillant auditoire.
Messieurs, l'on m'a prié de vous parler de la langue française dans l'Ontario.
Sujet, certes, qui ne manque pas d'actualité; sujet d'une si vaste étendue et qui me tient tant le cœur que je voudrais, pour le traiter, avoir autant d'heures qu'on a bien voulu m'accorder de minutes. Afin donc de dire brièvement le plus de choses possible, j'emploierai un style plutôt judiciaire. Je me bornerai à quelques données sur la langue française dans Ontario dans le passé, dans le présent et dans l'avenir.