‹ La langue française dans l'Ontario [microforme]Chapitre 3 sur 7 · LE PASSÉ · texte numérisé non relu

LE PASSÉ

La langue française fut la première langue européenne parlée dans le territoire qui forme la province d'Ontario. Cette contrée fut explorée, évangélisée, occupée par les Français dès le commencement du 17ième siècle. Champlain lui-même y fit plusieurs expéditions mémorables. Des missionnaires et des soldats y versèrent leur sang pour les causes sacrées de la religion et de la civilisation.

En 1641, un certain nombre de Français s'étaient déjà établis dans ce riche pays pour enseigner aux sauvages à se construire des habitations et à cultiver le sol.

Un grand nombre de Français parcouraient le pays pour faire la traite des pelleteries.

Pendant la première partie du dix-huitième siècle, les Français fondèrent de nombreux établissements ou forts dans cette contrée, qu'ils sillonnèrent vingt fois dans tous les sens. C'est donc un fait historique que les Français, au prix de sacrifices inouïis, au prix même de leur sang, conquirent cxt immense pays à la civilisation et au christianisme.

Nous savons comment ils durent évacuer cette contrée, lors de la cession, pour la voir tomber aux mains de leurs ennemis.

Le gouvernement anglais se hâta de couvrir tout l'Ontario de nombreuses colonies anglaises, écossaises ou autres, en ayant bien soin de tenir à l'écart les Canadiens français. Un certain nombre, parmi ces derniers, passés de Détroit sur la rive canadienne, d'autres venus de la Louisiane, furent alors les seuls colons de langue {rançaise dans l'Ontario, dont la population s'élevait à plus de 100,000 âmes. C'est vers 1831 que commença la seconde conquête de l'Ontario par les Canadiens français : conquête honnête et pacifique, celle-là ; mais conquite marquée au coin du courage, des sacrifices héroïques, conquête en tout semblable à celle qui s'rst faite dans cette province, aux Cantons de l'Est. Les colons canadiens envahirent d'abord les cantons voisins de la province de Québec : les comtés de Prescott, de Russell, etc. Plus tard, la construction du chemin de fer Cæ#nadien du Pacifique ouvrit à de nombreux Canadiens français la partie nord de la province, que nous appelons le Nouvel-Ontario. |

Dans les campagnes, ils défrichèrent les terres encore boisées, achetèrent graduellement celles que les Anglais avaient mises en cullure; dans certaines villes, comme à Ottawa, à Alexandria, à Hawkesbury, ils formèrent la majorité de la population ouvrière.

Les prètres, les religieux français et canadiens les suivirent, fondèrent des paroisses, des diocèses même, et les dévouées institutrices laïques furent, là comme ailleurs, es puissants auxiliaires du clergé dans l'œuvre de la conservation de la foi et de la langue française.

Cette invasion française, comme l'appellent nos amis les Orangistes, s'est faite avec une rapidité vraiment merveilleuse.

À l'heure présente, on e.time à plus de 200,000 le nombre total des Canadiens français d'Ontario. 11 faut dire qu'il y a des Canadiens français dans toutes les parties de l'Ontario. Le diocèse de Toronto compte environ 12,000 Canadiens français, et dans la ville même de Toronto il ya une paroisse canadienne-française,

Le diocèse de Kingston compte plus 14,000 Canadiens français, celui de Hamilton près de 4,000, celui de Peterboro, 5,000. Mais lc plus grand nombre des Canadiens français sont concentrés en quatre groupes principaux qu'il importe de vous présenter ici.

Le premier de ces groupes est celui du Sud-Ouest d'Ontario:; on le désigne souvent sous le nom de « groupe de l'Essex». Il habite les comtés d'Essex, de Kent, de Simcoe, de Bothwell et de Huron, pays séparé de l'état de Michigan par la rivière Détroit.

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Ce groupe, qui prospère au point de vue temporel, compte au moins 29,000 âmes. Il possède 22 prêtres de langue française. L'enseignement du français est insuffisant dans la plupart des écoles. De beaucoup le plus ancien de tous, le plus isolé, le plus persécuté, il offre un intérêt tout particulier.

Le deuxième groupe habite la partie est d'Ontario, c'est-à-dire le territoire qui touche à la province de Québec par le comté de Vaudreuil; il comprend les comtés de Russell, de Prescott et de Carleton (partie du diocèse d'Ottawa), et la ville d'Ottawa. Il y a là environ 62,000 Canadiens français qui forment la grande majorité de la population catholique totale. Presque tout le clergé est de langue française. Le français est enseigné presque suffisamment dans les écoles.

Le troisième groupe, pareillement situé à l’est d'Ontario, au sud du groupe précédent, touche aussi à la province de Québec et à la rive nord du fleuve Saint-Laurent. 11 occupe les comtés de Stormont et de Glengarry. Il y compte environ 16,000 Canadiens français, soit plus des deux tiers de la population catholique du diocèse d'Alexandria, auquel il appartient. Malheureusement, il n'y a pas encore de prêtre de langue française dans cette région. On enseigne peu ou point de français dans les écoles.

Le quatrième groupe, enfin, est celui du Nouvel-Ontario. On appelle ainsi l'immense contrée située au nord des lacs Huron et Supérieur, et sur la Baie Georgienne, touchant au Manitoba et aux États-Unis à l’ouest, et à la province de Québec à l'est. Nos Canadiens français y sont au nombre d'au moins 42,000. Ils ont plusieurs prêtres de leur langue. Le français est enseigné dans un grand nombre d'écoles. Il y a là plusieurs paroisses entièrement canadiennes-françaises.

En résumé, les Canadiens français forment la majorité de la population dans plusieurs comtés. Ils forment la majorité de la population catholique de toute la province, ainsi que des diocèses d'Ottawa, de Pembroke, de London, du Sault-Ste-Marie et d’Alexandria.

Vous avez pu remarquer que les principaux groupes de Canadiens français se trouvent placés au quatre coins de la province d'Ontario. Réunis entre eux par une suite de groupes moins importants, ils forment tout autour de la province un cercle tendant sans cesse à se resserrer.

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