‹ La langue française dans l'Ontario [microforme]Chapitre 6 sur 7 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, les considérations qui précèdent, tout incomplètes qu'elles soient, vous ont déjà fait connaître nos espérances pour l'avenir de la langue trançaise dans la province d'Ontario. Ce ne sont pas des espoirs trop faciles, mais ils ne sont pas non plus sans assurance. Ils sont ceux du vigneron, quand il voit dans le cep, planté par un long et difficile automne, les premières sèves du printemps se réveiller et porter: dans toutes les branches la vie naguère puisée au tronc. Ces branches, elles courent déjà en s'appuyant sur le mur en treillis. L'étreinte des glaces commence à disparaître, bien qu'il reste à craindre encore de rigoureuses gelées. Les racines s'emparent du sol: elles étouffent les hertes folâtres qui y croissaient jusque là. De généreux bourgeons pullulent sur l'écorce

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tendre. Le sol est imprégné d'une fraîcheur fécondante; le travail en exploitera les ferments. L'atmosphère s'épure, et le soleil a de plus chauds rayons.

C'est là, Mesdames, Messieurs, l'état du rameau canadienfrançais qui croît dans l'Ontario à cette heure. Le réveil national s’est fait jusque dans les dernières ramifications de notre race dans la province sœur. Il a à son appui désormais l'Association d'Éducation des Canadiens français d'Ontario, prolongement permanent du Congrès tenu en janvier, l'hiver dernier, et dont les cadres, assez étendus pour servir à tous les groupes, sont aussi assez mobiles pour embrasser toutes les autres organisations subsidiaires ou parallèles. C'est ainsi que la force vitale se propage et s’accroit parmi nous. D'autre part, les familles nombreuses qui bourgeonnent partout où il y a de la vraie sève française ne sont pas sans multiplier nos forces. De plus, nous avons à notre service cette endurance, cette ténacité à vivre, cette force de cohésion qui sont l’un des caractères ethniques les plus manifestes de notre nationalité partout où elle s'est implantée. On le retrouve dans les 1:.:ieux les plus défavorables à son entretien, par exemple dans la région d'Essex, où plusieurs même, qui : avaient totalement ou à peu près perdu leur langue, ont senti se rallumer en eux le sentiment national, dès les premières ouvertures qui leur ont été faites. Ajoutez à cela que nos Canadiens français s’attachent au terroir comm des racines prenantes et fibreuses, qu'ils ne craignent point le travail des champs ni le défrichement des forêts, alors que les autres groupes nationaux voient souvent leurs vieilles familles s’éteindre solitaires sur des fermes, que les fils ont désertées pour passer aux États-Unis ou gagner l'Ouest, et être remplacées à mesure par les nôtres. C'est ainsi que les étreintes de l’anglicisation deviennent moins étouffantes, bien qu'à l'heure actuelle elle s'efforce encore de glacer la vie qui surabonde en nous.

Ajoutez à cela les brises de sympathies substantielles et vivifiantes qui nous viennent des grandes rives laurentiennes pour purifier notre atmosphère de tout esprit trop mercantile et trop utilitaire. Ajoutez les richesses que nous apportent ces prêtres, ces hommes de profession, ces hommes de commerce de la province de Québec, qui nous sont venus, et qui nous viendront de plus en plus: nombreux, nous osons le croire, fermement trempés, averlis et propagaleurs. Ajoutez le soleil ardent

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de la vieille foi catholique, sous les chauds rayonnements de laquelle nos compatriotes savent partout vivre et mourir. Ajoutez la protection du ciel pour un sol qu'ont arrosé nos martyrs de leur sang, et de leurs sueurs nos ancêtres valeureux. Ajoutez la mission providentielle que le Très-Haut, dans sa miséricorde, semble avoir confiée à son peuple choisi de la Nouvelle-France, et vous comprendrez nos fortes espérances.

Pour conclure, Mesdames, Messieurs, avec René Bazin, je dirai « qu'il y a dans le monde quelque chose de plus fort que la force, je dirai que la patrie n'est pas une division adiainistrative, et qu'il y a dans ce qui la constitue un élément divin qui échappe aux prises des hommes et déjoue leurs calculs»... et c'est dans ce quelque chose, c'est dans cet élément divin, Mesdames, Messieurs, que nous posons nos fermes espérances.

A. CONSTANTINEAU.

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