‹ La langue française en Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 8 · NOTRE SITUATION PRESENTE · texte numérisé non relu

NOTRE SITUATION PRESENTE

La province de Québec à été appelée avec raison le berceau de notre race dans l’hémisphère occidental, C’est la mère-patrie du Canadien-français, et toutes les ramifications dela race dans l’Ontario et dans les provinces ce

l'Ouest comme aux Etats-Unis, lui doi.

vent l'amour flial; mais la Provinee de Québec doit à ses enfants de les proté- 8er ccume une mère jusqu'à leur mnturité et de les soutenir dans les luttes qu'ils font en son nom et pour les prin.

eipes qu'elle-même leur incuiqua,

Nous sommes aujourd’hui plus de trois millions de Canadiens-français en Amérique septentrionale. En six Sénérations, nous nous sommes décu- Plés plus de cinq fois, Nous comptons comme nombre. Nous comptr.ns comme Valeur dans toutes les sphères de la vie, Arte, sciences, littérature, professions libérales, toutes les voies nous sont ouvertes, et nous nous em- Pressons de les parcourir avec honneur Finances, commerce, industrie, autrefois l’apanage exclusif de la majorité anglo-saxonne, nous appartiennent aujourd’hui dans des Proportions qui étonnent # l'on daigne étudier la si:

tuation pénible qui nous a été souvent faite depuis la cession.

Dépouillés en 1759 de tout ce que nous avions, alors que les nouveaux maîtres se distribuaient les concessions territoriales, les ressources financières et les avantages politiques, — nous avons reconquis pouce par pouce une bonne partie de ce que nous avions perdu, et si aujourd’hui nous maintenons des sentiments de loyauté envers les nouveaux dirigeants, c’est que l’autorité a reconnu la justice des revendications faites par des politiques éclairés et patriotes du Canada franais. Il a fallu cependant cent années de lutte pour faire connaître au gouvernement britannique la lévitimité de nos demandes et lui faire admettre nos

droits.

Et cela grâce aux hommes énergiques et clairvoyants de la province de Québec qui surent sacrifier leurs intérêts personnels aux intérêts généraux de leur race; qui placèrent plus hant Que toute autre contidération le devoir accompli ; qui ne craignirent pas de

écrasement., malgré les persécutions politiques, malgré les tentatives faîtes en certains milieux pour balayer de la terre d'Amérique et le nom, et la langue, et le sentiment

Du traité de Paris à 1776, l'oligarchie de quelques politiciens chercha vainement à faire disparaître le franais dans le pays. Malgré cela, ce furent les Canadiens-français qui arrété.

rent l'envahisseur américain et qui ronservèrent à la couronne d’Angleterre ses droits sur le Canada.

Six mois après ja brave conduite des nôtres, les perséeutions civiles et rell.

gieuses resommencaient contre je eatholique canadien-fronçais pour s’accentuer jusqu’en 1812, alors quelepatrio.

tisme éclairé des perséeutés plaça au.

dessus des vengeances mesquines le devoir du citoyen, et se manifesta hérot.

quement dans la victoire de Château.

guay. Il fallut douze années cependant pour obtenir à DeSalaberry le mérite qui lui revenait dans ce triomphe renouvelé de la ténacité canadienne-fran.

gaise. En 1837, les nôtres dûrent soutenir au sacrifice de leur vie une nouvelle lut > contre ja bureaucratie. La baine du français se manifesta de nouveau dans les Chambres et amena l’abolition de la langue française au Ca.

nada de 1841 à 1849. Le gouvernement britannique comprit cependant toute l'injustice et tout l'arbitraire de cette abolition, et il le proclama bien: haut, lorsqu'en 1867 il donna à notre population, qui n'avait jamais compté ses dévouements, le droit constitutionnel si bien défini dans ja clause 138 de l’Acte de l'Amérique britannique du Nord.

Et aujourd’hui, forts de ces droits acquis de haute lutte, les Canadiensfrançais réclament le respect dû à leur langue; et ce serait lächeté que de ne pas les réclamer, comme ce serait lâtheté indigne du nom français que de les laisser proscrire pour satisfaire au

désir de Aueiques assimilsteurs, qui ne représentent pas du tout l'esprit britannique et qui nuiseni plus qu'ils n'ai.

dent à la cause canadienne,

LE DEVOIR DE QuEsso

Si Québec a obter.a beaucoup, paree qu'elle était la Province-mère de la race {.ançaise, elle doit maintenant faire beaucoup pour Protéger ses file dissémi.

nés un peu partout dan: le nouveau con.

tinent,

Les groupes forts Peuvent seuls ai.

der les groupes faibles.

Il ne sufrit pas de se dire dans Québec: nous avons tout ce que nous voulons ; ji] no sufrit p*s de croire que les lois nous protègent; mais il faut, au contraire, surveiller constamment nos privilèges et nos droits, car selon le mot de Patrick Henry, le grand Virginien: ‘‘ly vigilance éternelle est le prix de la liberté’’, Si dans Québec certaines lnis confirment les droits du français, il n’en est ainsi dans les autres provinces de notre Pays bilingue, et Québec se doit à elle-même comme elle le doit aux Broupes plus faibles des Français du Canada de sauvegarder ja-

lousement les prérogatives du français.

Une cause de la faiblesse du groupe français du Canads, c'est moins la for.

ce des assimilateurs que l’apathie des nôtres dans toutes les occasions où les principes-véritables de droit et de justi.

Cesonten je.Onse divise sur des mes- Quineries de factions et de coteries, plutôt que de diriger les efforts sur l baute politique qui consiste dans ]'émulation des races, et non dans ]’ sion; qui crercbe à améliorer le status de tous les citoyens, mais non l'étroitesse de clocher; qui meintient les droits de tous, mais qui, n’en sacrifle Aucun; qui fait, en somme, ls nation grande et prospère Par ja sauvegards des -"its respectifs de chaque groupe

| aticnal,

- Nous divisons nos forces, encore, dans une fausse générosité envers les Anglo-saxons, générosité qui aux yeux des gens de langue anglaise constitue ure reconnaissance tacite de l’infériorité d: la race canadienne-française, Du plus humble commissaire d’écoles aux plus hautes fonctions de la vie, c’est la même -“ose partout et toujours. Il semble que nous cherchions à nous fai.

re pardonner d’être Canadiens-français, à ‘aire oublier que nous avions droit à ce poste; et nous sacrifions nos propres intérêts nationaux pour gorger obséquieusement de faveurs ceux qui n’y ont pas droit. On appelle cela de la largeur de vues, de la générosité, mais ceux qui en profitent acceptent le tout com me un témoignage d’admiration à leur supériorité morale et intellectuelle.Charité bien ordonnée commence par soimême. Si nous avons des droits prenons-les. Les libertés ne se donnent pas, elles se prenneit. On nous répliquera qu’il faut être prudent, que nous n’avons pas la majorité. La prudence dans certaines occasions coudoie la Po-tronnerie, et c’est souvent ce qui fait dire aux Canadiens de langue anglaise que jJeurs concitoyens de langue française sont lâches, veules, et conséquemment incompétents à tenir des postes importants dans l’administra.

tion civile ou religieuse. Ceux qui veulent être prudents quand la fermeté est nécessaire, sont plus dangereux pour notre race que nos pires ennemis.

Il est juste toutefois de reconnaître et d'estimer les nombreuses qualités des autres races établies au Canada.

L'’imitation est le témoignage d’admiration le plus ,flatteur que nous puissions leur donner. Imitons nos concitoyens de langue anglaise dans ce qu’ils ont de vraiment pratique. Eux ne s’oublient jamais et se gardent bien d'être généreux au détriment des intérêts et du prestige de leur propre nationalité, Ils respectent, encouragent,

EN LR

aident même ceux qui se tiennent debout et qui marchent la tête haute; ils méprisent ceux qui sont toujours prêts à s’amoindir devant eux. ;

Nous divisons nos forces, encore, par l’égoïfsme. On ne cero‘. pas toujours en la sincérité de ceux qui travaillent réellement pour la race canadiennefrançaise. On trouve dans leur conduite des motifs d’intérêt personnel, on les combat ardemment. Nous ne croyons pas au dévouement, là où il existe dans sa plus belle expansion, et nous assimilons souvent ce dévouement à du fanatisme, à de l’étroitesse, à de l’imprudence, e* souvent même à de la trahison.

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