‹ La langue française en Amérique [microforme]Chapitre 8 sur 8 · CUS · texte numérisé non relu

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plus longtemps sur ce point. Que serait la province de Québec, que serait même le groupe français du Canada sans l’Université Laval, cette institui tion essentiellement française, sans l’Université bilingue d'Ottawa, sans les nombreux collèges classiques fran- Çais de Québec, des provinces maritimes et du Manitoba, qui ont procuré à nos hommes les plus marquants une éducation et une instruction qui font tout le secret des succès remportés depuis tant d’années dans toutes les sphères de l’activité humaine.

Qu’aurait fait la population française, sans l’enseignement secondaire daus salangue maternellef Elle se serait contentée de l’enseignement primaire, nécessairement insuffisant, et aurait oublié sa langue dans les maisons anglaises d’enseignement secondaire et supérieur, Mais notre clergé religieux et séculier prodigua sa science pour un s1laire dérisoire de 40 à 50 piastres par année, donna une pension pour une som:

me qui ne permettrait pas un cours de deux mois dans une université ou dans un collège anglais; c’est dire que le dé:

vouement a fait ici plus que l’argent ne peut faire ailleurs.

Et puisque nous sommes ici pour parler de la race française, n'oublions pas que le maintien de notre langue au pays est dû à l'initiative et au vrai zèle des prêtres, et des laïques éclairés qui ont fait ce que leurs prédécesseurs français accomplirent dans un passé reculé, qui ont regardé plus loin que .le temps présent, et qui ont vu venir l’0rage; ils se sont sacrifiés pour un principe dont nous recueillons aujourd’hui les bienfaits,

Imitons leur exemple. Créons pour l’avenir. Dônnons à ceux qui nous suivront des institutions solides. Donnons-

leur des avantages plus grands encore

que ceux dont nous avons profité nousmêmes, Faisons en sorte qué nos fils ne

de

soient pas obligés de négliger leur ins. truction et leur éducation pour gagner péniblement leur vie. Assurons les lendemains de nos enfants en consolidant l’œuvre des aïeux, l’œuvre du clergé ; fondons, établissons, sans compter les sacrifices d’amour-propre, d'ambitions, d'argent ; car l’avenir de notre race dépendra de ce que nous aurons fait pour elle aujourd’hui, Nous avons eu de rares avantages. Faisons en sorte que nos descendants puissent dire ue nous n'avons pas été égoistes.

La génération qui nous suivra, celle qui suivra la jeunesse universitaire et scolaire d’aujourd'hui, voyant les travaux accomplis par leurs prédécesseurs, profitant de ces travaux, s’inspireront malgré elles de notre abnégstion, consolideront à leur tour des œuvres de mérite, continucront le cycle de l’éducation et de l'instruction publique ; ct un jour, quand viendront les tentatives assimilatrices plus fortement dessinées par la force du nombre le Canada français pourra compter sur

des hommes de volonté, des hommes d'action, des hommes de devoir. C’est alors que non seulement nos descendants obtiendront le respect des privilèges accordés par la coutume, mais feront admettre et respecter tous les droits constitutionnels que nous garantit l’acte confédératif du Canada, et la force de l'élément français dans toute l’Amérique.

C'est alors que nous jouerons, dans la Confédération, le rôle admirable et juste que nous prédisait ce grand homme d'Etat de l’Angleterre, Lord Dufferin, dans un discours dont la Vieille Capitale et toute la province de Québec se souviennent encore, rôle qui ne peut en rien nuire au développement rationnel des autres races établies dans notre pays et avec lesquelles nous voulons vivre en paix et en harmonie constantes ; mais ce rôle au contraire apportera son appoint décisif À la prospérité de la grande patrie canadienne, que nous aimons de toute la pureté d’un amour trois fois séculaire.

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