AVERTISSEMENT
Les mémotres et notices qu'on va lire ont été publiés par mon pére à différentes époques et dans divers recueils : ils n'ont jamais été réunis. En les rassemblant, je me conforme a une volonté qu'il avait plusieurs fois commencé de réaliser. Îl a constamment été détourné de cette tâche par d'autres travaux, et les premières épreuves de la réimpression ne sont pas sorties de ses cartons. Je ne me dissimule pas que, parus à y a longtemps déjà, plusieurs de ces mémoires auraient probablement été retouchés dans quelques détails par leur auteur : des redites auraient été évitées, des faits nouveaux signalés, des points de .vue modifiés. J'ai pu, cependant, constater que, telles que mon père les a laissées, ces pages étaient considérées aujourd'hui encore, par des juges compétents, comme des documents importants pour les débats relatifs à la restauration des études helléniques, et ces mémes personnes m ont exprimé le désir de voir rapprochés dans un seul recueil ces articles dont plusieurs sont devenus difficiles à retrouver. Comme l'indique le titre du premier mémoire auquel les suivants ont servi de développement et de justification, ces fragments avaient tous un but commun : propager la pratique de la langue et de la littéralure grecque et créer ainsi un lien et un instrument d'échange aussi bien entre l'Occident et la Grèce, qu'entre les diverses nations civilisées elles-mêmes. Cette pensée s’inspirait à la fois chez mon père de l'affection qui le liait à la
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
) religieux et politique, et il ne nous serait pas possible d'embrasser d’un seul coup d'œil ce vaste ensemble. Nous voulons seulement nous arrêter sur deux όροaues de sa longue vie, bien éloignées l'une de l'autre par les dates, en réalité se rattachant logiquement l'une ἃ l’autre : le voyage et le séjour que M. d'Eichthal fit en Grèce, du 31 septembre 1855, au mois de juillet 1835: le philhellénisme ardent qui en fut la conséquence esté de deux façons, l’une, un peu chie par l’idée de faire reconnaître la lanlle (à vrai dire, cela
et qui s’est manif mérique peut-êtr | gue grecque comme langue universe 1 eût mieux valu que le Volapück, ou la langue des chiffres); l’autre essentiellement pratique et utile à laquelle son nom est désormais attaché, la fondation de l'Association pour l’encouragement des études grecques en France. Un des fils de notre confrère, M. Eugène d'Eichthal, qui fait lui-même parle de notre compagnie, a bien voulu mettre à la disposition de M. Bikélas ainsi qu’à la nôtre, avec une confiance et un empressement dont il est de notre devoir de le remercier publiquement ici, les notes de voyage, les carnets et les correspondances de son père pendant ce voyage en Orient. M. Bikélas en a tiré le sujel d'instructifs articles qui ont paru, cette année, en grec, dans plusieurs numéros de 1 Ἕστία. Il ἃ extrait de ces cahiers et de ces correspondances ce qui lui semblail plus particulièrement de nature à intéresser les Grecs ; nous y prendrons, de notre côté, ce que nous crois rons devoir intéresser les Français et nos confrères de Association. Mais avant de parler de ce voyage el de ce séjour en Grèce, qui n'a été, à proprement parler qu'un épisode dans la vie de M. d'Eichthal, il nous faut rappeler brièvement les principaux évènements de cette vie, jusqu’à ce moment. Gest ce que nous ferons à l'aide des notes mêmes de M. d'Eichthal auquel, selon notre coutume, nous chercherons tou-
jours à laisser la paroie.
SERVICES RENDUS A LA GRÈCE PAR M. 6. D'EICHTHAL δ
Θ PQ rique mg πο τὰ mars 1804, à Nancy, de Ç 1 * grand'père était banquier à Munich. Son père, peu avant sa naissance, était venu 5. établir à Nancy où il se fit naturaliser français. Les plus lointains souvenirs de M. d’Eichthal remontaient à 1808. Il se rappelait qu'à l’âge de quatre ans, il lisait avec plaisir les œuvres de M. de Berquin; que, plus tard, à Sept ans, à l’occasion de la mort d’un ἦν 568 cousins, il avait fait à la mère désolée un discours pour lui prouver qu'il était bien que son fils fût mort et que la vie ne valait pas la peine que l’on vécût. | Ἅ était tout jeune encore lorsque sa famille quitta Nancy Pour venir s'établir à Paris, où il fut mis en pension chez M, Lecomte qui conduisait ses élèves au collège Henri IV. En 1817, sa mère, en se conver« üssant au catholicisme y convertit aussi son fils qui avait alors treize ans et faisait sa quatrième.
En 1822, le jeune d’Eichthal se préparait aux examens de l'Ecole polytechnique, auxquels, du reste, il renonçÇa plus tard à se présenter. Comme répétiteur de mathématiques, on lui avait donné Auguste Comte qui allira son esprit du côté de la philosophie positive en l’entretenant des travaux qu'à cette époque il faisait de concert avec Saint-Simon. On sait que, moins de deux années plus tard, Auguste Comte se Sépara avec éclat de Saint-Simon, Lorsque les deux collaborateurs se brouillèrent, en 1824, M. d'Eichthal fut le premier confident des griefs de son maître. Cela ne l'empêcha pas pourtant de se laisser séduire par la doctrine Saint- Simonienne à laquelle il se rallia en 1829. Avant cette date 11 fit en France, en Angleterre et en Allemagne quelques années d'apprentissage commercial pendent lesquelles il entretint avec Auguste Comte une eorrespondance suivie dont une partie ἃ été publiée par M. E. Littré, dans sa vie d'Auguste Comte. A son retour, il ne tarda pas à devenir un des apôtres les plus actifs de l'Ecole Saint-Simonienne.
Il n'entre pas dans notre sujel de présenter ici un résumé, même succinct, de ce que fut cette doctrine ὃν Saint-Simon : nous reconnaissOnS d'ailleurs volontiers toute notre incompétence en pareille matière, et nous nous bornons à renvoyer ceux que ces questions peuvent intéresser, et qui n'auraient pas le courage d'entreprendre la lecture des cinquante volumes de documents, publiés de 1865 à 1878, par les exécuteurs testamentaires d’Enfantin, aux remarquables travaux de M. G. Hubbard (Saint-Simon, sa vre et ses ἐγαυαιι, Paris Guillaumin 1857); de M. Paul Janet Saint-Simon ot le Saint-Simonisme, cours professé à l'Ecole des sciences politiques, 1878 (Germer-Baillière), el aux articles de MM. L. Reybaud et Ad. Franck sur les doctrines socialistes, en exprimant notre sincère regret que la mort n'ait pas permis à M. ἃ. d'Eichthal de mettre la dernière main à une étude approfondie qu il avait, pendant les dernières années de sa laborieuse ex1stence, entrepris d'écrire sur Saint-Simon et l'Ecole Saint-Simonienne. Fees | |
Cependant, comme le Saint-Simonisme ἃ tenu une
grande place dans la vie de M. d'Eichthal, il nous semble nécessaire, en même temps qu'intéressant, de faire connaître ce qu'était à cette époque, pour ce jeune homme ardent, enflammé des généreuses 8501rations de 1830, cette doctrine si peu et si mal son” nue aujourd'hui. Heureusement pour nous, M. ἃ Bichthal a eu l’occasion, et une occasion solennelle, de faire
sa profession de foi. | |
On sait que, dès le mois de janvier 1832, des poursuites judiciaires furent commencées contre l'Ecole de Ménilmontant, et que ses principaux chefs furent cités en cour d'assises. Bien qu'il ne fût pas direclement mis en cause, M. d’Eichthal n’abandonna pas ses amis et plaida avec beaucoup de chaleur, d’éloquence, et une véritable élévation de pensée, leur défense de-
vant la cour et le jury.
SERVICES RENDUS A LA GRÈCE PAR M. G. D'EICHTHAL. ἢ
Répondant à un paragraphe de l’accusation, il disait :
« On nous a dit que nous ferions bien de nous retirer chacun dans notre famille pour y reprendre nos fonctions de l'ancien monde, pour y redevenir négociants, médecins, ingénieurs ..., Mais, Messieurs, nous étions autrefois dans nos familles, nous exercions ces diverses professions ; il ya quelque chose qui nous les ἃ fait quitter, comment pourrions-nous y revenir? Oui! cette vie mesquine, cette vie étroite, cette vie sans poésie était pour nous un insupportable fardeau, nous rêvions quelque chose de mieux, quelque chose de grand qui fût à notre hauteur, Nous n'avons plus les joies du guerrier; nous n'avons plus de croisade à faire, de nouveau monde à découvrir ; le temps même est passé des expéditions napoléoniennes ; nous n’avons plus ni solennités, ni temples, ni tournois, ni chants, ni fêtes. La vie est terne et monotone aujourd’hui et Dieu a mis dans le cœur de beaucoup d'hommes une énergie qui ne peut se ployer à cette contrainte. Nous avons cependant été plus heureux que beaucoup d’autres, car beaucoup sont réduits à chercher dans des joies désordonnées un aliment à l’activité brûlante qui les remplit : nous, nous avons rencontré un homme qui, nous appelant à lui, nous ἃ révélé une vie nouvelle... Or toutes ces vies ne font plus qu'une même vie; nos destinées sont communes, nous sentons que nous sommes appelés à faire ensemble une chose glorieuse, sainte, divine ; comment donc ce lien, que vous a’avez pas formé, pouvez-vous avoir droit ou puissance de le dissoudre (1)? »
Malgré ces éloquentes paroles et les plaidoiries de MM. Michel Chevalier, Barrault, Duveyrier, etc., on
(1) Œuvres de Saint-Simon et d'Enfantin et notices historiques, publiées par les exécuteurs testamentaires d’Enfantin, Paris, Leroux, 1878, tome 475, — Procès, pages 424 et 425. — Du reste toute la plaidoirie de M. d'Eichthal est à lire {pages 405 à 427).
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sai que ce procès se termina par une condamnation
qui entrainait forcément la dissolution de la Société ou plutôt, comme on disait alors, de la famille Saint- Simonienne. Ses membres se dispersèrent; les uns partirent pour l'Orient; ils allèrent en Egypte, en Asie- Mineure, en Algérie ; M. d'Eichthal partit pour l'Italie et de là pour la Grèce.
Il quitta Paris à la fin de 1834; le 4 décembre, il était à Genève. De Genève, il se rendit en Italie par Chambéry et le Mont-Cenis où il rencontra son ancien camarade de collège, M. F. de Lesseps, chargé de dépêches pour Rome. Après quelques semaines passées à Turin, Gênes, Florence, Pise et Livourne, il partit en voiturin pour Rome où 1] séjourna pendant irès de deux mois.
Tout en se livrant à la contemplation des ruines et des splendeurs de la Ville Eternelle, M. d’'Eichthal étudiait l'Italie et la jugeait en économiste et en politique. Voici quelques extraits d'une lettre datée de Rome, 12 mars 1833 :
« Tu me demandes, dit-il à son correspondant, si je n'ai rien à te dire sur les faits vivants de l'Italie? Non, mon ami, car l'Italie ne vit pas. Il y a ici un silence de tombeau et il est bien difficile de distinguer les étincelles de vie nouvelle qui courent et s agitent sous cette cendre. L'Italie, depuis cinquante ans, a produit de grands musiciens ; les papes ont fondé des musées dans lesquels ils ont recueilli les monuments des religions déchues, les dépouilles des temps païens et chrétiens ; ils avaient cette dette à payer au passé. Du reste, depuis cinquante ans, excepté Goldoni et Alferi, je ne connais pas ici un nom célèbre, si ce n’est le Corse Bonaparte. Quelques idées de libéralisme grec et romain fermentent dans les têtes de la jeune bourgeoisie, surtout dans la Romagne, mais elles n’ont pas de racines dans le peuple vraiment dit.
L'Italie, pour vivre, semble avoir besoin de deux choses : Le culle de la femme et le contact de l'Orient. Parmi le peuple
aujourd'hui encore, le culte de la madone est tout puissant ; elle est celle dont l'intercession calme toutes les colères de Dieu et obtient toutes les prospérités. Un serment peut se vieler, mais jamais celui fait devant la madone; un blasphème est permis, mais jamais contre la madone. Dans toutes les boutiques de Rome, sans exception, une lampe brüle continuellement devant une image de la madone.
« Voilà pour ce qui est du culte de la femme, et Corinne rappelle quelles destinées la prophétesse de notre siècle avait pressenties pour la femme en Italie. Tu vois aussi ce que nous avons à lui donner sous ce rapport; parlons maintenant de l'Orient.
« C’est par son contact avec l'Orient, comprenant encore l'Afrique sous cette dénomination, que l'Italie s'est développée de tout temps, soit par la guerre, soit par le commerce. Dans l'antiquité, il y eut Carthage, la Grèce, la Syrie et le Pont. Au Moyen-Age, il y eut le commerce du Levant et les guerres des Croisades.
« La bataille de Lépante et la découverte de la route aux Indes, par le cap de Bonne-Espérance, ôtèrent à l'Italie ce frottement qui faisait sa vie, et, depuis, elle n’a pas cessé de décliner.
« Aujourd'hui, ies évènements d'Afrique et de Turquie, en ramenant le mouvement dans ces contrées, vont réveiller l'Italie, surtout si, comme cela est probable, le commerce des Indes reprend, par la mer Rouge et Alexandrie, son cours naturel.
« Cet évènement, s’il a lieu, diminuera au profit de la France et des puissances méridionales, la domination maritime exclusive de l'Angleterre, et ainsi se trouvera encore vérifiée une des vues dont nous nous sommes si souvent entretenus,.
« C'est, je crois, par un mouvement commercial et industriel que la régénération de l'Italie doit commencer. Cette activité qui créa autrefois les richesses de Gênes, de Pise, de Florence, de Venise, et amena comme conséquence le grand développement des Beaux-Arts au xv° siècle, doit se reproduire quoique
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peut-être sur d'autres points. Les symptômes de ce mouvement sont déjà perceptib'es; mais je dois remettre à une autre fois de t'en parler.
« Il faut bien t'imaginer que Rome n’est qu'une bonne ville bourgeoise, plus, des ruines, des musées et des calottes...
« Le peuple, six mois de l'année y vit de misère, et six autres mois, les fièvres y règnent. Il y a toujours foule aux bureaux de loterie, La porte reste ouverte; on entre, on sort sans se cacher. Les femmes, même les bourgeoises, ne savent souvent pas lire, par précaution contre les mauvais livres.
« Les étrangers sont ici au milieu des Italiens à peu près comme les Anglais au milieu des Hindous. Je n’ai encore rencontré personne qui füt lié avec les Italiens. C’est dans ses ruines, dans ses monuments, dans ses montagnes et sa mer qu'est aujourd hui la gloire de l'Italie quoique son espérance soit ailleurs. Mais je n'ai pas encore pu parcourir les montagnes de Rome et leurs belles populations, dans lesquelles vit encore dans toute sa force le génie italien. »
Il n’est pas nécessaire de faire ressortir combien cette lettre semble prophétique sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne le percement du canal de Suez et le commerce et les relations avec l'Orient et la terre d'Afrique, ni de signaler l’étonnante pénétration de ce jeune homme de 25 ans.
En quittant Rome, M. d'Eichthal alla passer cinq mois à Naples.
« C'est, dit-il dans une lettre à Duveyrier, c'est un pays de jouissance sans travail, d'abondance sans culture, de gaieté sans mélancolie. C'est le pays du Rococo et de Polichinelle qui en sont sortis l’un et l’autre... pays qui demande à travailler et qui se moralisera par l’industrie... J'ai beaucoup habité Castellamare et Sorrente aux beis de châtaigniers, d’oliviers, de müriers, de citronniers, d’orangers, d’amandiers, de vignes, de tous les arbres imaginables, et j'ai gravi trois
fois le monte Sant’Angelo qui domine les golfes de Salerne,
de Naples, de Gaëte, jusqu’à une distance de soixante lieues de côtes. »
Mais malgré les enchantements du golfe de Naples, qui exerçait sur cette vive nature son attrait accoutumé, M. d'Eichthal comprit qu'il ne trouverait pas l'emploi de son activité en Italie, et il prit la résolu« tion d'aller en Grèce.
La Grèce, à cette époque, venait de sortir écrasée, ruinée, ravagée, mais resplendissante d’une auréole de gloire, de son héroïque révolution de 1821, Au prix de dix années de luttes épiques, elle avait réussi à reconquérir son indépendance. Après bien des essais maladroits ou infructueux, l'Europe était enfin parvenue à lui donner un roi, non pas même un roi, mais un enfant de quinze ans, un étranger, soumis à un conseil de régence composé d'étrangers comme lui et qui gouvernait en son nom et à sa place. On comprend aisément l'intérêt que dut inspirer cette nation héroïique et infortunée, à une âme aussi ardente et aussi chevaleresque que celle de M. d’Eichthal.
Le 22 septembre 1833, après avoir attendu quelques jours son ami, Victor Lanjuinais, 11 s’embarquait pour la Grèce.
Arrivé, le 25 au matin, à Otrante, il fit, deux jours après, pendant une promenade sur la côte, une chute terrible, du haut d’un rocher et faillit se briser le crâne. Cet accident ne l’empêcha pas cependant de quitter Otrante, le 30 septembre; le 2 octobre, à 2 heures, il était à Corfou.
« En arrivant à Corfou, écrit-il, à la vue des Grecs, je sentis une transition complète, un nouveau monde. La première personne que je vis, fut un vieux Grec, couché dans sa barque, le front rasé, les cheveux tombants en arrière, le fez sur la tête et fumant sa pipe. »
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
Jorft ‘te |: ἢ OC- La lettre suivante, de Corfou, porte la date du ὅ ὁ tobre 1833 :
a L'opinion publique est ici très défavorable au nouveau
xrèce ; is C stait la patrie de gouvernement de la Grèce, mais Corfou etait Ρ
Capo d’Istria; elle a gardé une jalousie profonde contre son À Vi ᾿ ϑωδ λιν t pee À :
successeur et un penchant décidé pour la Russie. Του: pa bruits répandus ici, doivent être accueillis avec beaucoup 68
ménagement. | |
« La Régence, dit-on, s’est aliéné l'opinion publique en renvoyant, sans même un certificat de service, les anciens pallicares, en dissolvant la flotte dont les rméteints sont aujourd’hui au service de Méhémet-Ali, en maintenant les confiscations prononcées contre des particuliers grecs par Les derniers pachas, en laissant le Roi catholique, sans méme faire espérer que ses successeurs prendraient la foi nationale, en avant la maladresse impertinente de promettre aux Grecs, par proclamation, que leur religion serait protégée. Enfin ” dit que madame d'Armansperg porte à Nauplie l'enqueme d'une cour allemande et refuse de recevoir les bourgeoises ; que les Bavarois s’y prennent le plus maladroitement du monde avec les Grecs qui se vantent hautement de leur apprendre à vivre un de ces jours, en les mettant à la porte, etc., etc. ᾿ faudra vérifier, sur les lieux, ce que valent tous ces on-dit ; EN ce qui me parait malheureusement trop certain, d'après l'unanimité des opinions, c'est que le retrait soudain de nos troupes, en ôtant au gouvernement l'appui de la force et du drapeau de la France, et le laissant avec 1,800 hommes de troupes disponibles, l'a mis dans une situation extrêmement critique.
« Les routes ne sont pas, à ce qu’il paraîl, aussi mauvaises qu'on l’a prétendu. Un négociant de Zante, M. Nevil, a été arrêté, il y a trois semaines, à 4 lieues de Nauplie. Mais il est faux qu'il ait été tué, ainsi qu’on l’a prétendu, (on ἃ même dit que c'était Rothschild), il n’a été que volé. Deux uommes, qui l'escortaient, ont été tués; maïs il parait que c'étrent d'ex-voleurs transfuges. — L'assassin vient d'écrire à Nevil, à Zante, pour lui offrir de tout restituer, s’il voulait lui permet*
tre de venir à Zante sans l'inquiéter. 1] se trouve serré de près par le gouvernement et les familles des victimes.
« Plus je m'approche de la Grèce, et plus je me sens affermi dans l’idée que j'y pourrai faire quelque chose. J'en ai causé avec Lanjuinais, et à ce sujet, l’idée de prendre du service, (au moins comme officier), s'est présentée de nouveau. Victor est tombé d'accord, que telles circonstances pouvaient se présenter qui rendissent la chose très raisonnable, et bien qu'elle me paraisse à moi-même, dans ce moment-ci, peu probable, j'aurais besoin que mon père me donnât carte blanche pour choisir tous les moyens qui pourraient le mieux me conduire à mon but. Je regrette qu’en ce moment, le temps mé presse et ne me permette pas de développer mieux ma pensée; mais enfin, l'utilité d'une épaulette est claire, et je serais bien aise que mon père m’écrivit de manière à autoriser ma demande, si je la faisais.
« Un bâtiment grec, arrivé ici, il y a deux jours, a confirmé la nouvelle reçue à Naples, de l’insurrection de Constantinople, de la retraite du Sultan à Brousse, etc.
Voici une autre lettre datée de Corinthe, 8 octobre 1843 et adressée à sa mère :
« Tu ne pensais guère, ma bonne maman, lorsque, dans ta jeunesse, tu te passionnais pour la Grèce, que dans une quarantaine d'années, un de tes fils irait voyager par ces pays-là, tout aussi tranquillement qu'on va de Paris à Nancy, sauf la distance, qui, étant de six cent lieues et plus avec les détours, ne laisse pas d’être encore par le temps actuel, assez respectable. La chose ne laisse pas de me paraitre à moi-même, quand j'y songe, assez extraordinaire, et il faut tout ce qui s est passé de singulier dans ma propre vie, et de par le monde, depuis dix années et plus, pour que je sois arrivé jusqu'ici. Il ἃ failu que l'avènement du roi Othon y appatriät en quelque sorte, ma famille, et d'autre part, que ma fureur de courir après le bon et le beau, m'empéchât jusqu’à présent de me fixer
12 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE,
si
ailleurs. Ici donc, j'espère trouver réunis et le bonheur de
famille et l’autre.
« Ma dernière lettre était datée de Patras, et aura pu, j'espère,
vous parvenir par la voie très prompte de Corfou et d'Ancône.
« Quoi qu'il en soit, je l'ai terminée au moment où nous allions nous embarquer sur une barque, tout à-fait semblable à celle qui nous avait amenés de Corfou, afin de nous rendre à Delphes, et ensuite à Corinthe. Nous avons pris avec nous le jeune garcon de l'auberge, fils de Corse, parlant italien, francais et grec, pour nous servir d'interprête et de domestique. Le matin, nous nous trouvämes en face de Vostiza, dont j'ignore en ce moment le nom antique (1), et nous ne tardämes pas à entrer dans le goife de Salone. Dans l'après-midi, nous débarquämes pour visiter Galaxidi devenu, sous la domination turque, le port le plus important de la Grèce occidentale,
Il est impossible, en effet, d'imaginer un port naturellement mieux approprié à cet usage. Avant la guerre de l'Indépendance, les armateurs de Galaxidi possédaient 250 bâtiments de toute grandeur, naviguant entre les divers ports de la Méditerranée, de l’Adriatique et de la Mer-Noire. Je me rappelle avoir lu, dans Pouqueville, un rapport très détaillé de l'état florissant de Galaxidi, et aussi des friponneries de ses armateurs qu’il peint comme les plus grands coquins du métier. Notre patron de barque était du pays, et à en juger par l’échantillon, nous sommes obligés de penser que Pouqueville avait raison. Pendant la guerre, Galaxidi comme toutes les villes de la Grèce, a été complètement détruit; les Turcs ont enlevé plus de 150 de ses bâtiments. Néanmoins à l'heure qu'il est, il en possède encore 190, dont 20 grands, et nous avons vu cinq beaux bricks ou trois-mâts sur les chantiers. Le golfe de Salone tout entier, avec ses anses nombreuses du côté de Galaxidi, peut être regardé comme un magnifique port; avec les murailles de montagnes qui le bordent des deux côtés et s'élèvent à quelque distance de son rivage de
(1) Ce nom, c'est Αἴγιον, Aegium. Cette ville a repris aujourd'hui son nom antique, et c'est ainsi qu’elle est connue maintenant.
fond, il est en outre une magnifique et mystérieuse avenue pour un lieu sacré. Je faisais remarquer à Victor que les Théories des différentes cités grecques, arrivant par ce golfe sur leurs galères richement ornées, devaient produire un effet très semblable à celui de l’arrivée des Cantons dans Guillaume Tell. J'ignore si dans l'antiquité, quelque édifice religieux s'élevait pour les recevoir à leur arrivée au fond du golfe, car Delphes même se trouvait plus à droite, caché dans le ravin qui sépare le mont Parnasse du mont Desphina,
« Quant à présent, on ne trouve en débarquant au fond du golfe, à l'endroit appelé la Scaia, qu'une douane et deux ou trois auberges à l'usage des conducteurs de chevaux, mulets, nes et chameaux, qui viennent charger en cet endroit, pour les parties voisines de la Roumélie, les marchandises déposées sur le rivage par les barques. Ce matin, en montant sur le pont au point du jour, nous entendimes crier, chacun à sa façon, tous ces animaux, sans parler des cogs et poules dont il ya une énorme quantité en Grèce; c'est la ressource du pauvre paysan.
« Nous descendimes aussi à la Scala pour nos affaires, c’està-dire pour louer des chevaux, et, comme, malheureusement, notre guide était novice et ne pouvait nous servir de courtier, nous eûmes beaucoup de désagréments que je te raconterai en quelques mots, pour la curiosité du fait.
« L'homme à qui nous avions à faire, avait la physionomie d'un Normand des plus retorts. Il nous demanda un talari, (9 fr. 50) par cheval ce qui est un bon quart de trop, et de plus, nous affirma que la course ne pouvait se faire qu’en deux jours. Après nous être bien débattus, mais en vain, force fut d'accepter, et de lui et de deux autres, nous louâmes trois chevaux à un talari par jour. Mais voici que le soir, à six heures et demie, en allant le train ordinaire, nous étions de retour; nos guides ne s'étaient-ils pas imaginé que nous Jeur payerions les deux talaris? Cela prouve que s'ils ont autant de bonne foi que les Normands, ils n’ont pas tout à fait autant de finesse ; ils ont besoin de s’y frotter un peu. Ils refusèrent d'abord l'argent : quand ils nous virent dans la chaloupe pour regagner le bord, ils acceptèrent. Nous croyions tout fini ;
14 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
mais pas du tout. Notre capitaine avait négligé de prendre son permis de départ et avait envoyé coucher son équipage à terre ; il se sentait dans son tort. Gela redoublait son embarras; il imacina alors de nous faire peur, et, en même temps, de contenter ses camarades, les guides; Il vint nous trouver, nous assura que ces gens mettaient opposition à notre départ, etc. ; a bêtise d'ajouter qu'il voulait une indemnite
mais il eut | me # pour le temps que nous lui avions fait perdre à la Scala. Je lui
fis dire en bon grec de vider la place et de nous laisser tranquilles. Le matin, le même manège recommença, Mais sans plus de succès; enfin chacun des trois solliciteurs vint à son
tour, auprès de notre bord, non plus menacer, mais prier, tant leur talari leur tenait à cœur; nous toujours de rester sourds et muets. À huit heures du matin, en désespoir de cause, il fallut bien mettre à la voile, sans avoir pu tirer, du fond de cale, les malheureux talaris.
« Je suis assez porté à croire, car cela est probable, que ces Rouméliotes sont pires que les Grecs de Morée. Quoi qu il en soit, ce capitaine Katzouli est un fripon fieffé. Il avait à bord une cargaison de pots (qu'il avait vendus, par parenthèse, à la Scala, ce mème jour pour lequel il réclamait une indem= nité), il avait, dis-je, une cargaison de pots. Comme ] avais pris une de ces terrines pour me laver, une autre pour vomir, la mer ayant été un instant un peu grosse, il m'a fait payer une indemnité. Notre précédent équipage valait infiniment mieux.
« Les Grecs ont été, de tout temps, la race d'hommes la plus individuelle, par conséquent fière, présomptueuse et intéressée, qualités qui, du reste, font faire de grandes choses quand elles sont bien tempérées et bien dirigées. Les étrangers ἢ ont jamais été pour eux que des barbares; jamais ils n'ont su, comme les Romains, leur accorder le droit de cite. \ oilà deux mille ans que Dieu bat sur leurs épaules. Je ne sais qui id a appelés le peuple deux fois conquis ᾽ deux grosses fois, ma compter les petites : mis au pilon d'Occident {les Romains) et au pilon d'Orient {les Turcs). 20 |
« Π y a deux mille ans qu'un Romain célèbre, naviguant dans le golfe de Lépante, pleurait sur les cadavres de leurs
SERVICES RENDUS A LA GRÉCE PAR M. G. D'EICHTHAI. 15
villes, Et, maintenant, on peut pleurer sur les cadavres de leurs huttes. Depuis la révolte de 1770, et surtout depuis celle de 1821, la guerre a enfoncé les toits des moindres chaumières, brûlé les oliviers des moindres vallées, incendié les forêts, décimé les populations. Partout où vous allez, une désolation effrayante. Maintenant, peut-être, cette terre est müre pour une destinée nouvelle ; des colons étrangers sont appelés de toutes parts à venir repeupler ses guérets déserts, et leur mélange pacifique tempérera, sans doute, l’intraitable personnalité des indigènes... et cependant, il y a encore Kolocotroni à fusiller,
« Si, par liberté, on entend, comme on doit le faire, la satisfaction de la personnalité, nul peuple n’est véritablement plus avide de liberté que le Grec; il n’y a pas de race dont le caractère, sous ce rapport, se rapproche plus de la femme. C'est aussi pour cela que dans l'antiquité, ce furent eux qui enseignèrent au monde la politesse, et leur renaissance, leur rentrée dans l'association européenne apportera, j'en suis convaincu, des modifications importantes dans les mœurs générales, Sauf les cas d’urgente nécessité, vous ne verrez jamais un Grec porter un fardeau; même, pour de l’argent, vous ne l'y déterminerez pas. Il n’a pas de lit, pas de meuble, mais je plus pauvre ἃ un âne ou un cheval pour porter ses fardeaux. Je sais que le climat contribue beaucoup à cette habitude, mais peu importe quant au résultat...
Mais c'est au Parnasse que nous voulions aller, et nous aVons fait un long détour. Munis de nos chevaux, nous nous mimes en route vers sept heures du matin (les chevaux dans ce pays-ci n’ont que des bâts pour selles, et c’est à vous de vous munir d'une couverture pour adoucir le fauteuil), nous nous mimes en route, dis-je, et nous traversâmes d’abord Chrysos, joli village à l’entrée du ravin qui sépare le mont Desphina du mont Parnasse; Chrysos est un joli village, par Sa position et par un petit nombre de maisons nouvellement rebâties, et qui sont, comme toutes les chaumières grecques que j'ai vues jusqu'ici, d’une architecture très élégante, et incomparablement supérieure à celle de nos
villages français. Les femmes, occupées au lavoir, nous ont,
paru bien, d'une jolie physionomie et d'une peau superbe. À Corfou et dans ce que nous avons va de la Grèce, leur costume diffère à peine de l'habillement européen, tandis que celui des hommes est resté tout à fait national. Un grand nombre de tombes, pratiquées dans le rocher et maintenant découvertes, annoncent l'approche de Delphes, aujourd’hui Kastri. C'est un hameau d’une centaine de maisons, construit dans un renfoncement du même ravin dont j'ai dé belle esplanade, évidemment travaillée de ma parsemée de dalles antiques, et qui domine le torrent, est, avec une fontaine, la seule antiquité que nous y aÿons aperçue. On gravit ensuite le Parnasse, pendant deux heures, pour arriver à une grotte fort curieuse ; j'ignore si c'était celle de le. On y entre par une ouverture fort basse, et elle se se bifurquant à une grande distance. La partie
jà parlé. Une in d'homme,
la Sybi prolonge en antérieure parait avoir été préparée pour un culte ; jy ai observé une idole antique, une de ces têtes grossières comme les font tous les peuples primitifs. Pendant la guerre, toutes les familles de paysans des environs, s'étaient réfugiées dans cet asile à peu près imprenable, excepté par la fumée, comme
je l'ai vu dans l’histoire du chevalier Bayard. Les flancs du Parnasse sont entièrement rocailleux, mais au bout d'une n arrive sur un superbe plateau, offrant à climats. De là
heure de montée, 0 peu près la végétation et les cultures de nos s’élancent divers sommets, entre autres les Sarantavli où nous sommes montés, et le grand sommet du Parnasse, beaucoup plus élevé, déjà couvert d'un peu de neige, et d'où l’on a, dit-on, une vue superbe de la Livadie et de Négrepont. Le d'y monter. Mais je suis encore
temps 1e nous ἃ pas permis s Grecs ont mis là-haut Apollon
à deviner pourquoi diable le et les neuf Sœurs. Tout cela ne vaut pas mon Monte-S'-Angelo de Castellamare. Hier, mercredi, vers deux heures, nous sommes parvenus à rentrer de nouveau dans le golfe de Lépante, admirable par ses belles eaux bleues que sillonnent en tous sens les zoophytes et les poissons, et sur lesquelles on voit se jouer, aux rayons du soleil levant, de gaies colonnes de
| dauphins. Les montagnes de la Morée et de la Rouméli i le bordent, sont ravissantes de forme et de couleur "λῆρος δ] de près, un grand nombre nous ont paru susceptibles Fra cultivées et plantées. Les incendies de tant d’invasions 1 ont sans doute dépouillées de leur parure, Le matin, de pure heure, nous avons débarqué à Corinthe, non sn dans un port, mais sur une plage déserte, Un pauvre soldat bavarois ἰὰ, seul, ayant passé la nuit sous un tas de planches qu'il était chargé de garder contre les voleurs. Lorsque s descendis et me mis à causer avec lui, il me one on son chagrin d’être en Grèce, la mort de ses las la fièvre, le mauvais vin, etc. Quand nous montâmes à Arès. pole, les soldats du poste nous firent les mêmes complaintes ; Mais, dans un an, ils espéraient bien retourner dans leur bon Allemagne et tout serait oublié; le sergent interposait ses sages avis pour relever leur courage. Nous fûmes tout surpris de la prévenance de ces braves gens qui nous ramassaient A νον ou notre canne que nous avions laissé tomes ie M τα ces égards ! Mais il est vrai les autres... Nous tr je mr En μον: sai a SR cette plaine d'une lieue ee νηξρηνς τῇ , plaine toute parsemée de petits … e marbres, et nous arrivâmes à la ville où il n'y a plus que des murs de maisons, sauf quelques Constructions nouvelles, Les Grecs eux-mêmes PAU a aug, lorsqu'à l'approche des Turcs, ils se retirèrent dans l’Acropole, afin de priver d’abri leurs ennemis. Sept mauvaises colonnes, échappées encore à cette dernière catastrophe sont la seule ruine antique qui reste à Corinthe. Mais “us voyez, ca et là, des fûts de colonnes brisés, et tout, jusqu’au rate de l’Acropole, est semé de fragments dé marbres L'Acropole est un vaste rocher à pic, presque cylindri “y et dont le sommet est couronné d’une forteresse qui a Fa trois lieues de tour; il est certain qu'elle est immense Il faut bien une heure et demie de marche pour arriver au int le plus élevé, et de là, vous avez une vue admirable sur le golfe de Lépante, celui d'Athènes et les montagnes de la μοι
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
L'isthme de ce côté n’a pas plus de deux lieues de largeur, et le il doit êtte très facile d'y faire une coupure,
terrain est très bas;
« Nauplie, 21 octobre 1855,
de Corinthe, le 49, au matin. Pendant
« Nous sommes partis e et de
il avait un peu plu, et les sommets de la Moré
avaient endossé leurs premières neiges. Mais la Nous traversàämes
la nuit,
la Roumélie journée fut magnifique et la neige fondit.
e, longéant pendant plusieurs lieues un tor-
un pays admirabl qui descend du Pente-Scous
rent, rempli de lauriers roses, phi; je dis admirable, et cependant, sur toute la routé, nous
n’avons rencontré que deux maisons et trois où quatre poiriers sauvages. Arrivés au somimnet de la montagne, nous Argos et le golfe de Nauplie, et, parvenus au bas, es Nauplié sur son rocher, à gauche, à quelques lieues de nous. L'air est si transparent dans ces contrées que les distances sont trompeuses, elles paraissent en général beaucoup plus rapprochées, et nous marchâmes longtemps au devant de Nauplie, croyant l'atteindre et le voyant fuir: Enfin nous eûmes le plaisir de retrouver une grande route,
découvrimes nous aperçüm
des maisons, des rues, etc.
« Je remets à une autre fois de vous parler de Nauplie, »
En arrivant à Nauplie, M. d'Eichthal ÿ trouva auprès
la Régence grecque, 508 cousin Guillaume d’Eich« thal et M. de Roujoux qui lui fit connaitre Coletti. Après e repos, il partit, avec son ati Lanhènes, mais, à Egine, il fut t rester;
de
quelques jours d juinais, pour aller visiter At pris d’une dyssenterie qui faillit l'enlever. Il du pendant près de trois semaines, dans un grenier Ouvert à tous les vents. Heureusement, il ÿ avait là le collège des Evelpides dont le médecin le soigna fort bien. La chute qu'il avait faite à Otrante l'avait fort ébranlé : dès qu'il fut un peu remis, Lanjuinais et lui allèrent à Athènes.
On n’a malheureusement pas retrouvé dans les papiers de M. d’Eichlhal la leltre qu'il a dû écrire ἃ 508
SERVICES RENDUS © RENDUS À LA GRÉCE PAR M. G. D'EICHTHA . G. D'EICHTHAL. 19
dans cé para + gra he Ἢ Ὕ Ρ " 1 février 1834 P une lettre écrite de Nauplie, le
« Nauplie, 7 février 1834,
« Nous avons céléhr£ has 1’ dé has mu Τ᾿ hier l'anniversaire du débarquement . δύ passé au mi Lire dans les eux. 1] Y aVait une ie toi rues, ; ' vraie joi omme dans toutes les ds vd: glise grecque, rendu à chevet 05. grandes Cérémonies, et, de là, il s’est de la ville, a 2 cr ges débarquement, à une demi-lieu: sde ds CCompagné d'un piquet de ses lanciers et ri ses gendarmes à ch n de Cheval; puis venai Campagnards en fustanelle, aussi à Elsa roquets avec des δὲ D de. ps eL Sacs pour selles, contents et fiers comme dune 5. LES grands drapeaux des corporations, aux Me grecques, flottaient en grand nombre tout tsios di ége, sou : , our du tes Poe ns μον soleilleux, au milleu des fusta es et des vestes rouges et bleues c'était ch ᾽ ar-
mant. Le soir b
. Soir, bal au Bouleutic
» on [4 , cienne mosquée. rot Députés), an-
cheval sur leurs petits
« Ici, les affai : ἱ a Fe vont ἃ merveille (saufl'avenir financier, au nt Prochain sur lequel il est difficile de se faire n arrêtée), mais les affaires vont à merveille ᾽
parce que le sentiment de confiance dans la stabilité
Vernement et la prospérité du du gou-
‘né ays, devi
genéral, et hp qe ent de plus en
sg que même les intentions libérales ἃ ἢ , aise e mieux en mieux app e la Régence
pe les numéros du Sauve es républicains du pays.
« La feuille d’hi se Rriga Contient des ordonnances décrétant fit ὦ Fra, di monuments, à Athènes, Navatin, Peta Grèce. de ù Le en mémoire de l'affranchissément de 1 xTrece, ictoire des flott ἰό ῃ Poues: si . es alliées, du débardu he is, et du siège de Messolonchi Pour les Se rnb ROUE 581, IS prémiers Di με pat ci pe sont appelés les architectes de ΠΣ ait bien fait d'introdui | introduire un semblable
ana Tu t'en convaincras er ur qui est cependant rédigé par
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
ce soit une âme un peu desséchée par la philosophie voltai-
désappointements de Juillet, par les intrigues ’est toujours une
rienne, par les grecques, par les trahisons des femmes, elc., ὃ nature forte et généreuse, un enfant de bonne race, un disciple de Daunou, de Coray, de Legraverend, un élève d'Henri IV, enfin un garcon que j'aime et qui m'aime bien, et qui faisait à lière déclaration, que j'étais le seul homme érite sur la Grèce.
qui ont suivi mon dé-
Goury cette singu auquel il n'ait pas pu dire la v
« Fendant les quinze premiers mois durant tout mon séjour en Italie principale-
part de Paris, e d’un avenir nouveau,
ment, tu peux croire qu'en l’absenc avais éprouvé de cruelles souffrances morales. Mais depuis
deux mois environ, depuis que je recommence à voir clair devant moi, la vie m'est revenue, el je sais de nouveau ce que c'est que le contentement. La dissolution si douloureuse de notre ancienne famille s'est terminée ; j'ai appris les succès de Fournel, et, je crois, de Lambert, en Egypte; les tiens à Paris; ceux de Michel (Chevalier) en Angleterre et en Amé-
rique ; Flachat est à la tête d'une entreprise qui, j'espère, uelque chose de hon;
bd
réussira ou du moins le mènera à q Barrault, lui-même, le fier Sicambre, s'est refait hourgeais à
Constantinople, s'y est fait bien voir de l'ambassade, et, peutêtre maintenant est en Russie.
« L'agonie du vieux monde est donc finie et la naissance du nouveau commence, Cette œuvre si positive, si certaine, à laquelle je me trouve rattaché, jette une douce lueur sur l'avenir. L'œuvre politique à laquelle je vais me vouer, est
tout à fait selon mon cœur. Les éléments du succès sont
grands, non seulement pour faire du bon, mais même pour
faire du neuf. Le gouvernement a les intentions les plus libérales. Il est déterminé à ne point laisser s'établir ici une aristocratie de grands propriétaires; cetle volonté devra le conduire à d'importantes modifications dans le régime de la propriété. Les Grecs entendent bien, d’ailleurs, tout ce qui touche aux affaires; ils comprennent le crédit ; ils sont tout
disposés à recevoir d'Europe toutes les améliorations indus-
trielles qui peuvent augmenter la valeur de leur territoire.
Je crois qu’ils verront avec plaisir des colonies, surt colonies industrielles, s'établir dans le pays ; ils κῃ dés ront même pas des colonies agricoles, art qu'on “rage paravant, aux anciens habitants, une Jarge part dans ie à Le bution des terres nationales (et celles-ci forment les ᾿ 4 quarts du territoire). De quelle manière cette ue devra-t-elle être conduite? Comment devront se combi css colonies anglaises, francaises, allemandes, qui la ess ront sans doute presque exclusivement? Comment 1 Ft grants devront-ils être choisis ? Y aura-t-il lieu de na œuvre ici quelques-uns des essais d'associations de ss τὴ leurs tentés dernièrement en Angleterre et en F + etc. J'ai déjà soumis à la Régence et 6 à si | ν ge envoyé à mon frère, à À que ques idées sur ce sujet. Je l’ai même prié de te] communiquer. J'ai puisé de nouvelles lumières dans de ε parlementaires sur l’émigration et la os ΝΣ au ue . νὰ 2 . . Γ να ri δ δέ DE ἤν: à mes amis des données plus positives, et demander leurs conseils et leur aide, Toutefoi dès aujourd'hui, ils m'obligeront en m'éclairant à ist μιώ les dispositions de l’Europe, sur les facilités que la coloni νῷ tion peut y trouver, sur le genre d’attrait qui peut le sx conduire les Européens vers ces contrées. doi « L'exécution de nos plans industriels rencontrera 1 ] grands obstacles dans les intrigues de la politique e re a de ce pays. Ge n’est pas seulement de la part de spa qui fait tout ce qu’elle peut pour empêcher l'établisse " d on ordre de choses régulier, Mais l'Angleterre elle- a a ici pour représentant un homme dont Fes s’est tqs eme de méchantes intrigues et qui continue "" une. En Espagne, il a excité les libéraux, puis les a d δὰ Serviles ; en Italie, il a excité les τ Aro aux Autrichiens ; en Amérique, il μὐρεν εβρανόν τὶν ces vernement au Congrès de Panama, afin de ON à former, et il y a parfaitement réussi, ce qui, du rest ” je pas difficile. Ici, il a été envoyé, il y ἃ dus ans sub verser Capodistria, et s’est merveilleusement os ἰδῶ
34 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
certitude matérielle qu'il ne prend part à aucune réunion secrète.
« Restent les trois jeunes gens arrivés, il y a quelques mois. L'un, nommé Bertrand (1), peu de jours après son arrivée, ἃ été engagé par les propriétaires de l'établissement de Falon, en Attique, pour diriger des ouvriers maltais, et réside là depuis cette époque.
« Un autre, nommé Jourdan, a été engagé par M. Scoufto, rédacteur du Sauveur, pour lui mettre ses articles en français.
« Un autre, nommé Delaury, espère une place de commis dans un magasin; en attendant il gagne sa vie en donnant des lecons de français. == Le soupcon d’avoir fait partie à Nau-
(1) Un an après, ce même Victor Bertrand fut expulsé de Grèce, ains qu'il résulte de deux documents qui se trouvent parmi les papiers de M. d'Eichthal. Le premier, sous le numéro 24519, et daté du 27 avril- 0 mai 1835, est l'ordre succinct (écrit également en allemand), d’'expulser, dans un délai de huit jours, du sol de la Grèce, Victor Bertrand « comme indigne, par sa conduite, de notre royale protection. »
Voici la traduction du second document, qui porte le numéro 24862 :
OrHox, etc.
« Nous répondons au rapport du Ministère de l'Intérieur des 2- 14 mai dernier, relatif à notre résolution du 27 avril-0 mai.
« Il résulte des propres aveux du Français Victor Bertrand et des déclarations des témoins, qu'il s'est laissé aller à frapper au visage un officier de notre armée qui lui demandait des explications sur une grossièreté qu'il s'était permise. Par suite de l'enquête qui à eu lieu à ce sujet, il a été démontré que Bertrand a déjà, précédemment, porté des armes prohibées, s'est permis d'outrager des officiers et sous-officiers de notre armée, s'est publiquement exprimé de la manière la plus violente sur une classe tout entière de ces militaires, et a excité à la haine contre elle, montrant par là combien peu il respecte l’ordre légal et les institutions du pays.
« La nécessité de veiller au maintien de la tranquillité publique, exige l'éloign ement d'un jeune homme, mauvaise tête, qui affecte des manières et des costumes bizarres : le Ministère de l'Intérieur aura soin de ne pas différer davantage l'exécution de notre vrdre du 27 avril- 9 mai.
« Nous attendons, sous trois jours au plus tard, l'annonce dés mé=
sures qui auront été prises. »
Athènes, le 14-935 indi 1835.
plie de réunions secrètes ne pourrait donc tomber que sur MM. Delaury et Jourdan. Mais il ne nous est jamais parvenu de la police, sur leur compte, aucun renseignement qui puisse faire peser sur eux une présomption défavorable.
L Tels sont, Sire, les premiers renseignements que le mimisère croit devoir porter à votre connaissance au sujet des anciens membres de la société Saint-Simonienne qui se trou- . en Grèce. Conformément aux instructions de Votre Majesté, j'aurai l’œil sur eux et je ne négligerai rien pour arriver à la trace du délit qui leur est imputé, si véritablement il existe, »
Malgré celte réponse spirituelle du ministre de l'in térieur, un autre rescrit royal (sous le numéro 17,320) en date du 26 septembre—8 octobre 1834, visant, cette fois spécialement M. d'Eichthal, ce qui prouve bien que le coup était surtout dirigé contre lui, enjoignait au ministre de le révoquer de ses fonctions, et d'installer à sa place, un jeune Grec, M. Panagiotti Soutzo.
À cet ordre formel, le ministre répondit immédiate-
ment la lettre suivante, en date du 28 septembre— 10 octobre.
« Sire,
8 Je me suis empressé d'exécuter l'ordonnance rovale du
26 septembre—8 octobre, que Votre Majesté a daigné me communiquer sur la destitution de M. Gustave d'Eichthal et la nomination de M. Pañagiotti Soutso.
ἽΝ Je me suis fait un vrai plaisir de communiquer à l'instant à ce dernier, sa nomination à la place de conseiller dans mon ministère. Il avait, par son travail et ses connaissances. bien mérité de cette faveur de Votre Majesté, "
L Quant à M. d'Eichthal, j'ai cru devoir ne pas lui commuhiquet la décision prise à son égard, avant de soumettre à
Votre Majesté les observations suivantes :
) + . M Τ᾽ . ” La - - . «
js DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE SERVICES RENDUS A LA GRÈCE PAR M, G. D'EICHTHAL. 39 38 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
celle de la colonisation. Je blämai fortement la conduite de M. d'Armansperg qui avait voulu faire la colonisation du pays, comme la translation à Athènes; que cette dernière mesure, bonne en elle-même, était trop précipitée; mais que pour la colonisation, c'était encore bien pis; puisqu'avant d’avoir rendu les Grecs eux-mêmes propriétaires, base fondamentale pour la prospérité du pays, et même pour le succès de la colonisation, on voulait, avant cet hiver encore, précipiter des milliers de familles sur la Grèce, sans avoir rien fait pour les empêcher de mourir de faim et de misère, ou d'être détruites par la jalousie des habitants. Je parlai des difficultés que nous avons rencontrées pour l'établissement des Colonies de Petalidi, Port-Tolon, Erétrie, des Samiens à Négrepont, etc., tenant toutes à l’état actuel de la propriété en Grèce, et je fis observer l'inconvénient qu'il y avait à ce que l’amour-propre du chef du gouvernement fût intéressé dans des questions où il était partie, tandis qu’il ne devait être que Juge. Je me plaignis enfin que l'établissement de la ville de Port-Tolon, le seul qui püt réussir immédiatement, fût, depuis six semaines, entravé par le comte, par simple opposition au Bureau d'Economie publique. À tout cela, lence complet, silence d'approbation, au moins dans la forme, et même quelques observations à l'appui.
« En m'en allant, je me plaignis de nouveau du manque d'explication et de ma résolution de quitter le service. Je dis qu'il y avait un fin mot que je pensais savoir, mais qu’on ne voulait pas me dire. Il me pressa de parler, — N'est-il rien venu de Munich ὃ — Il me donna sa parole d'honneur que non. — Alors ma destitution, si elle n’est point une mesure politique, m'est une énigme. Elle ne peut reposer que sur des cancans. — Cela est possible, fut le dernier mot. Il finit en m'engageant de nouveau à attendre, »
vertement; de toute manière l’imputation ne tombe pas sur moi seul et ne motive pas ma destitution... »
« Nauplie, 8/20 octobre 1834.
« À deux heures, je me suis rendu chez M. de Kobel. Je lui ai raconté de point en point mon entretien d'hier avec le
comte. Il a tout entendu sans faire la moindre observation,
c'est-à-dire qu’il n’est pas disconvenu que cette explication m'avait été refusée; seulement il m'a dit savoir du comte que je m'étais plaint qu'on π᾿ οὐδ pas pris le consentement du Ministre ; que ce mot avait extrêmement blessé le comte, quoi-
qu’il reconnüt que je l'avais ensuite désavoue et expliqué, en mettant le mot avis au lieu de consentement ; 11] ajouta encore que le comte m'avait fait observer que mes plaintes n'avaient pas de fondement, puisque l'ordonnance de destitution ne m'avail pas élé signifiée.
« Je répondis à M. de Kobel que cette phrase du comte était une de ces phrases qui n’engagent à rien, quelle pouvait ôtre aussi bien un moyen de détourner l'entretien, qu'une insinuation favorable ; que d’ailleurs, ce n'était pas une grûce, une faveur, un pardon, que je voulais; qu’à part les motifs particuliers de la mesure, les sentiments que le comte avait manifestés hier à l'égard des travaux du bureau de statistique me prouvaient que je n'avais plus rien à faire au service de la Régence; que ce bureau était pour le comte une chose odieuse, et qu’il n'aurait pas de repos qu'il n’en fût débar-
si-
rassé.
« Nous parlimes alors des travaux du Bureau. Je dis que je reconnaissais bien qu’il n'avait rien fait, mais c'est quil n'avait rien pu faire. C'est pourquoi Roujoux était allé faire le voyage d'Athènes avec le ministre, et Poniropoulo était allé en Arcadie. Que, du reste, le bureau avait fait son œuvre, en présentant la loi pour la constitution de la propriété en Grèce, et que si ce travail n'avait pas encore porté ses fruits,
Ce conseil ne pouvait avoir l'agrément de M. d’Eichthal, qui, irrité de toutes ces intrigues rédigea, ce même jour, 8-20 octobre, sa lettre de démission que
a faute n’en était pas au Bureau. πὸ ji ᾿ VOICI ς
« Nous enträmes alors dans l'histoire de cette loi et de
4ὃ Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
iétai er « Taux ÉLEVÉ DE L'ARGENT : Un propriétaire peut emprunt ( A U4 “Ὕ ὦ | in: cen à deux pour cent par mois et gagner encore quinze pour | à ‘unté ] ὃ is par an. ΠῚ y a des paysans qui ont emprunté jusqu à ss | ; rale iètes qu'ils our cent, par mois, pour mettre en valeur les propriètes - : ι . Φ .᾿ on L . 168 SE achetées. Il y a, dans le voisinage, plusieurs ric | Le 20 © à À | idé enu de propriétaires qui ont considérablement augmente le reve 10} T Thessalie à venleurs terres (1). — Disposition des Turcs de Thessalie à | : 13): | | EN ΓΝ dre leurs propriétés. — La maison Loir de Smyrne, à < : | ses de Thesfait des affaires très importantes en achats de denrées de salie Il y a beaucoup à gagner en achetant immédiatement S Hi v ῳ après les récoltes. ONE « M. Drossos a commencé la culture du coton d'Égypte (2) c'e : iétai "les paysans « C’est par les grands propriétaires plutôt que par les paysa que les améliorations auront lieu. | RAR « 29 novembre. — Visite à M. Manitakis et à Perhevos. c il es | il me pre- « Conversation avec Chatzisko : ilest convenu qu'il me} sentera les propositions de ses parents. ὭΣ « Couonisarion : La Turquie offre peu de ressources sous ce : à ñ .Ψ “ ν . … P . — Fe su- La disposition à émigrer est faible. — Les me SP re affaiblie. Les es pour la dime et les couvents l'ont enco δ πο Ι ᾿δηχί σταῖὶ l'empêchent même sevère- Turcs contrarient 1 émigration et Ρ
ment (3).
(1) Les propriétaires peuvent maintenant PA rire F3: beaucoup plus PRE re taux REA re A vs ; 3 sale de la Banque nationale ἃ L: ᾿ ΜΕ εν er es agricole se fait sentir pOur Dé on qui souffre encore de la gène provenant des emprunts a τὰν ,
(2) Depuis le temps de M. Drosos Mansolas, la cu nn nd singulièrement augmenté, surtout au moment de la peste μῃ ds me sion en Amérique. Depuis, elle a beaucoup diminué et, dans ce: derniers temps, elle a été définitivement abandonnée. | MM
Dans la Phthiotide, s’est développée particulièrement la cu Με." blé, du maïs, du sésame, de l'olivier, et, par dessus 7 Dept tabac. Cette culture de. la terre ἃ beaucoup contribué à assaini
ays, naturellement malsain. TE jé Les ras de la Thessalie, après l'annexion de re ue la Grèce, en 1881, ont graduellement commencé à se AE de Er biens et à retourner en Turquie, ne pouvant s'accoutumer au not
« Les propriétaires seraient disposés à accorder des baux de trente ou quarante ans aux colons.
« Quinze déserteurs bavarois ont été arrètés par le gardien de Patradjik, avec cinq gendarmes. Il en ἃ tué un, blessé un auautre, et amené les autres ici. — Nécessité de garnir les frontières. — Gants à 3 drachmes 50; bougie à 8 drachmes 50, l’oque.
« 1° décembre : Diner à la table des offfeiers.
« UTILITÉ D'UN COURRIER ENTRE ΖΕΙΤΟΌΝ Er SALONIQUE. — Ri- CHESSE DE LA THEssaLte : Revenu de 40 millions de piastres. — Population de 300,000 Grecs et de 50 à 60,000 Tures. — Prospérité de la ville d'Ambelakia, près de la vallée de Tempé ; mœurs européennes ; maisons, bibliothèque, casino ; les Vingt- Quatre Villages, patrie de Rigas.
« Les Vlaques nourrissent les brigands dans les montagnes
Pour garantir leurs troupeaux (1). Leurs Archipoimènes chefs des bergers)
(les ont le privilège de ne rien payer pour leurs troupeaux ; cause de plaintes de la part des habitants, — ils composent tout au plus deux à trois mille familles, et ont deux à trois cent mille moutons, — Leurs propositions
état de choses, Malgré l'égalité absolue devant la Loi grecque et l’impartialité des tribunaux reconnue, même par eux, le fanatisme, qui est la caractéristique du musulman, lui a montré l'émigration comme indispensable ; car les Turcs ne pouvaient supporter de voir libres leurs concitoyens grecs qu'ils avaient tenus jusque-là sous leur domination. Cette émigration a été si générale que fort peu de familles turques sont restées en Thessalie.
(1) Heureusement, depuis 1870, il n'y a plus trace de brigandage en Grèce. Les mesures sévères qui ont été prises par les ministres qui se sont succédé, et surtout par le Ministère présidé par Coumoundouros, ont rendu le séjour en Grèce impossible aux brigands. Aujourd’hui, le voyageur, soit indigène, soit étranger, toute sécurité, et, sans escorte, les lieux 1 déserts. Il faut noter également qu’alors même que le brigandage sévissait cruellement en Grèce, les bandes de brigands étaient presque toutes composées de sujets Ottomans, et que les détachements militaires turcs sur les frontières, non-seulement ne s’opposaient pas ἃ à leur entrée sur le sol hellénique, mais la facilitaient, au contr pour débarrasser le sol turc de leur présence.
peut traverser en es plus escarpés et les plus
aire,
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
* elles ne sont de s'établir ont pour but de gagner du temps; a : sé es 61] js. Viaques, la plus morale as 8 ses ; les Albanais ᾿ des | pas sérieuses ; τω idé ἃ s éta ibus qui sent, avaient dema | tribus qui les composent, | nn, dari près de Voudounitza. Ils avaient commence à “ 5 1581] itôt, 118 olise: le gouvernement accorda la permission. Aussitôt, gra O Î jamais d'eux des cultivateurs, MAIS se era | cessèrent. — Un ne À | go cor peut-être, des fabricants et des commerçants. Ε τ᾿ | , ΒΝ ὶ isoler (1).
il faudra probablement prendre le parti de les 190 πὰ « Par une coutume particulière à la Phthiotide et à quelques iété s terres nondistricts voisins, la propriete des pâturages, Sur Ge saga , ; Turcs, distincte de cell ivÉ ù : temps des Turcs, 5 cultivées, était, du te | see PS fonds même. Elles ont été vendues séparément par Jes + Ρ ᾿ | e cas existe, par exemple, à Agia-Marina, Les paysans toutefois avaient un it ré ΐ est au] ‘hui une cause district qui leur etait reserve. — C'est aujourd ht Eransgl de querelles entre les Vlaques qui ont loue les päturages, les paysans de M. Drossos. | « Il n’y a aucun doute, que l'impôt pe “el a manière bien plus lourde sur le cultivateur que sur À τ ο - ᾿ "el A 4 ᾿ ué à u Le produit d'un mouton où d'une chèvre > ἔνι ie xt | ) ; (centimes). Le proau | | e 42 leptas (centimes).
talari, et il ne paie que | ” “pas troupeaux sert à nourrir et à vêtir les habitants de 4 γε ἷ ἷ ἱ iennes.
rieur et des îles, soit de l’Archipel, soit des îles + is οἱ des | μὴν y a aussi quelques exportations pour les états . pour Naples, où l'on consomme les fromages dans 16 τη μὰ sé.
taires respectifs. C propriété de M. Drossos.
ὩΣ Σὲ se aujourd'hui d'une
roni. | en Ὄξος rec regi et le capi
« J'ai repris, 66 Soir, avec Chatzisko, Carez p 8 âturages. Tous sont unanimem |
levé, 6 > de dis-
d'avis que l'impôt n'est pas assez élevé, et que le SE sie
| s dé es hab1-
tribution est une source de querelles déplorables entre à
us de la part des Ephores.
Georgiaki, la question des p
tants et une porte ouverte aux ab
rer "oprié- (1) s des bergers payent maintenant un loyer aux prop ME | ᾿ les Vlaques, vivant sous la tente, a tair , pâturages. Le nombre dues VIaques, ten taires des paturag milite pris | ainsi que celui des troupeaux, ce qui résult
sensiblement diminué, 4 ] Re "μὴν is particulièrement de l'importation du bétail
de plusieurs causes, ma du dehors et surtout de la Thessalie.
Les habitants se sont plaint, l’année dernière, de la location à l'enchère, parce qu’elle pouvait leur enlever des pâturages à leur porte; mais, cette année, ils sont tellement dégoutés qu'ils l’accepteraient avec plaisir.
« Par la mise aux enchères, l'impôt s’élèverait à 50 ou 60 lept:s, par tête de bétail, — L'avantage est aujourd’hui si grand que les bergers ne veulent plus vendre des moutons pour tuer.
« La Roumélie doit avoir aujourd’hui près de deux millions de troupeaux. C'est excessif. Les bons pâturages d’hiver commencent à manquer. Cependant le prix de la laine ἃ aug menté, ce qui valait 0, 60 leptas se vend aujourd’hui une drachme (1).
« Quant aux Vlaques, il faut les obliger simplement à se faire membres d’une commune. Ils trouvent tant d'avantages en Grèce, qu'il n’est pas à craindre qu’ils rentrent en Turquie.
« 2 décembre, — Drossos Mansolas a traité avec quelques familles de Thessalie qui lui ont demandé à venir s'établir sur ses terres, Ces familles n’ont pas de propriétés à elles, et sont tellement maltraitées par les Turcs qu’elles veulent émigrer. — 1] leur fournit les bœufs et la semence. Sur le produit total, on déduit la dime pour le gouvernement et la semence pour le propriétaire; on partage ensuite par moitié. Si un bœnf meurt, si la semence se perd, la perte est au compte du propriétaire (2).
« ὃ décembre. — Diner avec les officiers allemands ; chasse, — Conversation avec M, Drossos et M. Gogos commandant qui a acheté 10,000 arpents de terre, de moitié avec M. Provilegio, de Nauplie.
(1) Les taxes sont aujourd’hui moins oppressives qu’elles ne l'étaient en 1834, pour l’agriculture. Pour les éleveurs de bétail, elle a été portée de 12 à 40; mais le produit du mouton a augmenté en proportion et s'élève aujourd'hui à 1, 2, et jusqu’à 3 talaris.
2) Quoique le propriétaire continue, encore aujourd'hui, à fournir ies bœufs et la semence, recevant la moitié du produit, déduction faite de la taxe due au gouvernement, le mode le plus usité maintenant.
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
essité d'introduire articles les
« VILLAGE DE KALyNIA, PRÈS ZEITOUN : Nec
dans le pays, les fabrications perfectionnées des et qu'on y confectionne déjà, comme la Ambélakia une
essalie
plus nécessaires, Glature de la laine et du coton. Il y avait à manufacture de laine qui travaillait pour toute la Th et l'Épire
« δ᾽ αἱ trouvé chez Drossos rassemblés. Ils ont acheté de la femme de Khalil-Bey les trois quarts d’Agia-Marina dont Drossos a l’autre quart. Il y
a beaucoup de difficultés pour conclure. Les paysans ont peur, à être volés par les Turcs. Toutefois, ce
, tous les paysans d'A gia-Marina,
habitués qu'ils sont sont des hommes intelligents, quoique moins que ceux qi
habitent l'intérieur de la Roumélie où la race grecque s'est conservée intacte.
« Sur le Parnasse et dans les montagnes, on parle le grec le plus pur. Les femmes de Velitza, sur le Parnasse, parlent leur langue avec un accent délicieux. ΤΊ s’est formé à Patradjik, depuis un an, une école où les enfants ont fait des pro-
grès remarquables (1).
« Il est bien difficile de former en Grèce des colonies étrangères. Les Grecs n'aiment pas les étrangers. Les villages de
colons resteront sans communication avec les gens du pays.
La religion met une grande barrière. IL mange de la viande,
c'est comme si on disait : « c’est un juif, un mahométan, un
mécréant. » Les mariages ne pourront pas avoir lieu.
fournisse lui-même les bœufs et la semence, et e tiers, déduction faite de la taxe gouvere système fiscal de la dime est aboli. La Ce système,
c'est que le fermier que le propriétaire reçoive | nementale. Heureusement, | taxe est basée sur les têtes de bœufs servant au labour. jeusement élaboré par Coumoundouros, ἃ été
qui avait été conscienc t de M. Tricoupis; c'est un grand
mis en pratique par le gouvernemen bienfait pour l’agriculture.
(1) Non-seulement sur le Parnasse, mais dans toute la Grèce, on
SERVICES RENDUS A LA GRÉCE PAR M. G. D'ÉICHTHAL, 53
« La multiplication des fêtes est un grand mal. Il faut combattre les habitudes du peuple à cet égard, par la persuasion. Si on intervient officiellement, si l’on commande, les prêtres réagiront et l’on n'obtiendra rien (1).
« M. Gogos me dit'que sur les trois jours de fête que nous allons avoir : Sainte-Barbe, Saint-Savas et Saint-Nicolas, il a obtenu de ses paysans de ne chômer que le dernier jour.
« NÉCESSITÉ D'UNE REPRÉSENTATION NATIONALE, Organisée différemment des anciennes. — Nécessité de n'employer que des hommes ayant des intérêts matériels en Grèce,
« Le charbon ne se trouve pas à Zeitoun; l'obligation de payer vingt-cinq pour cent, dégoûte de le fabriquer (2).
4 décembre. — Conversation avec M. Tringhettas, lieutenant du génie (3). Les Derven-Agas et autres militaires grecs au service des Turcs ont le plus grand désir de rentrer. Ils sont toujours, avec les chefs turcs, sur une sorte de pied de guerre; ils ne s’approchent que le fusil armé. La nouvelle de la formation des corps légers les ἃ remplis d'espérances,
« M, Tringhettas a transporté sur le territoire grec le corps du Bavarois tué par les gendarmes, S'il fût resté, les habitants auraient pu être taxés par les Turcs, à 3 ou 4,000 piastres par tôte.
« La loi d'Armenopoulo accorde au locataire, le droit de préemption sur tout autre acquéreur... Cette législation est aujourd'hui admise par toutes les justices de paix; c’est en son nom que les habitants d'Agia-Marina réclament le droit
(1) Le nombre des fêtes religieuses et des jours de chômage a été considérablement diminué. Ces fêtes pourtant présentent — aujourd'hui un aspect des plus pittoresques. C’est pendant ces fêtes qu'ont lieu les belles danses en plein air, aux chants des pallicares et des jeunes filles des villages ; mais on ne les retrouve plus que dus les villages éloignés; dans les grandes villes, la vie prend de plus en plus une couleur européenne uniforme.
parle maintenant avec pureté la langue grecque. Depuis 1830, il s'est fait de grand progrès en ce sens. Il est vrai que, dans quelques vil- τν Lo μον ἂν NUS se ὍΝ sl Ru | lages, principalement dans l’Attique. on parle l'Albanais, comme lan- μα νυδον il τ τϑὰ © dinde. plus senur amia, où, au gage particulier de la famille, mais c'est une exception qui tend à (3) M. Tringhettas est mort, l’année dernière, 1886, à Athènes dus lonel du génie et député. Il avait été ministre de la πόνο. Es
4 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
d'acheter les deux tiers restants d’Agia-Marina. Il faut qu'ils payent comptant; on leur fait aujourd'hui, 8,000 drachmes, les deux tiers, tandis que le tiers à M. Drossos Mausolas a été vendu, il y a deux ans, seulement 2,000 drachmes.
« 5 décembre. — Conversation avec M. Marco.
« Ses plaintes sur les ravages qui ont eu lieu sur sa propriété. — Il avait fait une belle plantation de müriers; un berger vlaque, pour quelques drachmes données à un démozéronte, y a fait passer ses troupeaux et ἃ tout détruit. Il a fait faire une palissade; elle a été renversée. Les paysans ne veulent souffrir auprès d'eux aucun étranger, même un grec qui n’est pas de l'endroit. Ils font tout ce qu'ils peuvent pour le faire partir.
«M. Drossos Mansolas a payé, cette année, pour les dimes, sur sa propriété privée, 25 0/0 au lieu de 40 0/0. Les Éphores ont, en beaucoup d'endroits, fait leur fortune. Quelques personnes proposent que les dimes soient payées, comme au temps des Turcs, en grain, avec des peines très sévères contre ceux qui détourneraient une partie de la récolte. M. Mansolas pense que la division des gerbes en quatre parties, dont le fermier choisit l’une, est le mode le meilleur (1).
« Cuurune pes verres : En général, les paysans ne fument pas les terres, quoiqu'ils aient le fumier de leurs bœufs et va ches. Ils laissent l’engrais se perdre. Tout leur art consiste à aller choisir quelque bonne pièce au milieu d'une grande étendue de terres nationales, à la cultiver une année, et à la laisser l’année suivante. Cependant, avec quelque soin, la plupart des bonnes terres pourraient être aujourd'hui cultivées, une année en blé, la seconde en orge, coton, kalamboki (maïs), fèves, vesces, etc. ; et un grand nombre le sont déjà ainsi (2).
(1) Les abus dont il est fait mention ici, quant à la perception des impôts, n'existent plus depuis l'abolition de la dime.
(2) Aujourd'hui et depuis longtemps, on fait usage du fumier pour la culture des terres et particulièrement pour celle du tabac, La suc-
cession des cultures est générale,
« 7 décembre. — M. Drossos me dit que dans la Phthiotide, la plupart des villages étaient des Xephalo-Choria, où les paysans avaient leurs propriétés particulières, et que les Zeugolatia, où Tschifliks, grandes propriétés des Turcs, y étaient rares. (Cette observation n’est juste qu'à moitié; les villages que M. Drossos m’a cités sont tous dans les montagnes, principalement dans la partie de l’Est ; ceux de la plaine du Sperchios, au contraire, étaient presque tous, Zeugolalia.)
« Le droit de vendre leurs propriétés particulières a été assuré aux Turcs par les protocoles, pour tous les pays qu'ils occupaient à l’époque de leur départ.
« En vertu de cette clause, ils ont pu vendre jusqu'ici toutes les propriétés qu'ils possédaient sur la rive gauche du fleuve. Pour celles, situées sur la rive droite, il y a contestation, parce que les Turcs, en vertu d’une convention spéciale, s'étaient retirés de cette rive, en attendant la décision des puissances.
« ΤΙ résulte de là, que le gouvernement ne possède de terres nationales, sur la rive gauche, que celles qu'il a achetées des Turcs ; (j'ai encore besoin de vérifier cette assertion.) Il faut y joindre les anciens Vacoufs et autres biens regardés comme nationaux par les Turcs eux-mêmes, dont le gouvernement ἃ acheté la propriété ainsi que la souveraineté du territaire, moyennant l'indemnité de 11 millions.
« Il y a plusieurs Tschifliks, dont les paysans ont acheté eux-mêmes les terres; tel est Rachi qui a été acheté par les habitants associés à ceux de Echinos dont le village avait été acheté par M. Scombourdi, et où ils n’ont pas voulu rester. Tel est encore Agia-Marina dont les deux tiers ont été achetés, il y a peu de jours, par les paysans, l’autre tiers appartenait déjà à M. Drossos Mansolas (1).
« 9 décembre. — Départ pour le village de Varybopi. — Route
(1) Toutes les terres nationales occupées, sont, d’après la loi, devenues propriétés privées. Le paysan qui a payé, pendant vingt-cinq ans, une somme proportionnée à l'étendue de terrain qu’il occupe, par des paiements annuels, devient propriétaire.
60 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
paru la personne de son sexe la plus remarquable, la seule vraiment remarquable que j'ai encore rencontrée en Grèce. Quoiqu'elle conserve très certainement, au fond de l’âme, le sentiment de sa noble origine et qu'elle le décèle par ses manières et son langage, il me semble qu'elle a su se faire aussi bonne ménagère, mérite qui, dans ce pays-ci, n'est pas moins rare que l’autre. Si ces montagnes de la Thessalie renferment beaucoup de pareilles femmes, le roi de Grèce ne saurait trop se hâter de les ajouter à son royaume.
« La poste de mercredi est arrivée vendredi ; celle d'hier, samedi, n’est pas encore arrivée, ce soir, dimanche. J'espère qu’elle m'apportera quelques mots de vous, car voici un mois que je vous ai quitté, et je commence à être impatient de savoir ce que vous devenez. J'ai vu les journaux jusqu’au 1er décembre seulement. Ils m'ont appris la détresse où l’on se trouve à Athènes, le changement du ministère en France et les succès de Tafilbouzis, que, du reste, nous connaissions déjà ici. De toutes ces nouvelles, la plus importante pour la Grèce me paraît être la dernière. L'expédition de Taflbouzis a perdu le caractère d'une échauffourée ; l'affranchissement de l'Albanie est sérieusement en question. A part les conséquences plus importantes que cet événement pourra avoir pour la Grèce, il y a immédiatement à craindre un débordement de brigands pour le printemps prochain, si l’on ne se hâte d'organiser un corps de Pallicares sur les frontières. — Quant aux Bavarois, ou plutôt aux volontaires allemands, trois ont, de nouveau, tenté de déserter, il y a huit jours, après avoir volé leurs officiers. Ils ont été, eux aussi, ramenés par la gendarmerie.
« À propos de Patradjik, j'oubliais de vous dire que j'avais aussi visité avec le capitaine, les terres de Therma et de Carali, sur la rive droite du Sperchios. La position est beaucoup moins belle que celle de la rive opposée. Ces terres sont masquées au Sud, par l'Oeta, dont les pierres encombrent leur partie supérieure, tandis que ses eaux inondent leur partie inférieure qu’elles ont pour le présent, rendue en partie marécageuse. Le voisinage des Turcs de Patradjik avait fait fuir
les habitants, de sorte que ces terres sont aujourd’hui complètement inhabitées et couvertes de buissons ou de roseaux. Il faudra d'assez grandes dépenses pour les mettre en culture. La propriété de ces terres n’est pas contestée, mais malheureusement, celle de Archani, Macresi, et Caliuri a été contestée, si elle ne l’est encore, et les acquéreurs n’ont pas encore pu retirer leurs titres de propriété. — Les seuls habitants qui s’y trouvent aujourd’hui sont quelques familles de Thessalie que le capitaine me dit avoir retenues au moment où elles allaient s'en retourner dans leur patrie avec leurs troupeaux, dégoûtées de la réception qu’elles avaient trouvée en Grèce. — Tout le monde me répète ici que si l’on veut attirer et fixer en Grèce la population de Ja Thessalie, il est nécessaire de faire de l’Éparchie de Zeitoun un gouvernement séparé, organisé spécialement dans ce but ; Mansolas me disait, hier soir, qu'il venait de lui arriver encore, la veille, plusieurs familles thessaliennes, auxquelles, à la frontière, par une nuit glaciale, on n'avait pas voulu laisser leurs manteaux et leurs couvertures, parce qu'il fallait que ces objets fussent inspectés par la douane, et que, la nuit, la douane est fermée. Comme, d’un autre côté, il n'y a, à la frontière, aucune maison, aucun abri, il fallait bien qu'ils prissent le parti de continuer leur route pour Zeitoun, femmes et enfants, sans manteaux, et ils arrivèrent le matin, tout grelottants, chez Drossos. Puis, nous eûmes deux jours de neige ; ils ne purent pas envoyer prendre leurs effets à Fourca. — Autant de temps perdu. — Quand on établit des bureaux de douanes, au moins faut-il qu'ils soient ouverts, la nuit, ou qu'il y ait un abri, à côté.
« δ᾽ αἱ appris avec bien du plaisir la demande adressée par le ministère de l'Intérieur aux Éparques sur l’état de leurs départements. Ce doit être la base d'un système nouveau, et répond au besoin d’enquête dont je vous parlais dans ma dernière lettre, Je pense que c’est le ministère même qui a provoqué cette mesure.
«Je me suis réfugié chez Manitaki, Chatzisko a mis les ouvriers dans la chambre que j'occupais; je lui avais déclaré, avant mon départ, que je ne rentrerais pas chez lui. Je le gé-
ὑδ Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
ne,
« On dit que cet Higoumène, homme qui a de la fortu ta-
vient d'acheter un village sur le territoire turc pour s'y 6
blir, si on le chasse de son monastère. Quand nous lui eùmes
annoncé que la nouvelle de la mort du Sultan était fausse,
son désespoir éclata : « Ὄνομα τοῦ Ἰησοῦ! » s'écria-t-il. « Les Turcs tirent parti du mécontentement, causé par la res. « Les Francs ont fait, dit le peu-
dissolution des monastè point fait pendant trois cents ans
ple, ce que les Turcs n'ont
de despotisme! »
« 29 décembre.—19 janvier. — Départ de Zeitoun (1).
« Restes de bains antiques aux Thermopyles. — Tumulus,
regardé par Gell, comme celui des Spartiates morts pour la
patrie. — Six merles tués en route. — Nous arrivons, le soir, σα 46). vieux palli-
au Khani de Molo. — Gaité de l’agoyate (guide
Livadia. — Gaité des conversations. --- Sa danse et son chant. — Il a cependant cinquante-cinq ans. — Beau caractère de sa figure. — Je π᾿ αἱ jamais entendu une conversation de paysans, de meilleur goût que celle qui eut
care, Floros, de
lieu ce soir-là.
« 30 décembre — Deux heures jusqu'à Kénouro. — On boisée. Nous avons ensuite gravi la montagne dans la neige pendant trois heures, el nous l'avons ensuite descendue pen-
dant deux heures pour arriver à Dragomani. 1l y a une autre route de Molo, par Voudounitza et Tourcochori; mais, en lle est encombrée par les neiges.
—11 janvier. — Route de Molo à Dragomani.
remonte une gorge
cette saison, il paraît qu'e
sans être taxé d’exagération, qu'on ne
(1) En somme, on peut dire, elle a fait des pro-
aujourd'hui la Lamia de 1884:
reconnaîitrait plus lu reste de la Grèce. Cette ville, actuelle-
orès proportionnels à ceux ( belles maisons, Elle a un gymnase, une succursale de la al, un aqueduc qui lui amène l'eau pure des Iles promenades plantées.
un projet pour le dessè-
ment, possède de des rues régulières, tracées d'après
un plan arrêté d'avance.
anque nationale, un hôpit montagnes voisines ; elle est entourée de be
Le gouvernement étudie, en ce moment,
chement des marais qui sont auprès de cett
a entretenir les fièvres.
truction d’une ligne de chemin de fer qui doit re
à Athènes.
e ville, et qui contribuent
On est également en pourparlers pour la conslier Lamia et Larissa
« 31 décembre—12 janvier. — Entre Dragomani et Livadia la plaine est au tiers cultivée. C’est un sol très fertile. nn vais état du pavé et des ponts de la route des Pachas. Il serait urgent de réparer immédiatement les ponts existants, afin d'éviter de plus grands frais.
« Situation de Livadia, au nord, sur un contrefort de l’Hélicon. |
« A Dragomani, rencontre d'un maïtre-charpentier albanais, qui demande à établir un moulin à scier, sur la pente du Parnasse., Il demande, pour la première année au moins à ne pas payer l'impôt sur les planches qu’il vend, afin de " rembourser des frais du premier établissement. Il se plaint aussi de l'injustice qu’il y a à payer l'impôt sur les planches rendues au lieu de vente, attendu que l'impôt porte tes. même sur les frais de transport. — Il a visité toutes les forêts de la Grèce continentale; il n’en a pas trouvé une belle 1l fait exception pour l'Eubée, |
« Lion de Chéronée et Théâtre (Kaprena).
« 15" Janvier —13, — Livanra. |
« Le 31, au soir, Noël pour la nouvelle année, et cris de pleureurs pour un mort, sous ma fenêtre. | |
« L'Eparchie contient 15,000 habitants ; la ville, environ 3,000. — Antre de Trophonios, dans un ravin.
« PaTUuRAGES : Mêmes plaintes que partout ailleurs. La Livadie manque de paturages d’hiver. La plaine est infestée par une mauvaise herbe qui fait périr les bestiaux ; — Le maraisne vent rien pour les gidoprovala (1). — À mesure que la tte lait le nombre des pâturages d'hiver diminue. 1] en à désirer que la multiplication des moutons et des chèvres diminuât, et que l’on s’occupât davantage de l'élève des bœufs Mais les troupeaux de moutons se sont accrus nt one sans qu’il y eût besoin de mettre dehors un nouveau capital et les capitaux manquent aujourd'hui pour l'achat de Heu peaux de bœufs, Cependant quelques propriétaires ont commencé à former des troupeaux de bœufs.
(1) Chèvres-et brebis,
Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE,
rueil, 18 octobre 1864, « Monsieur le Ministre,
« Dans la conversation que j'ai eu l'honneur d’avoir avec vous, au sujet de l'introduction de la prononciation nationale dans l’enseignement du grec, vous m'avez dit, que pour le succès de cette mesure, vous regardiez comme très important le concours de l’Institut.
« D'après ce que je connaissais personnellement de l’opinion des principaux hellénistes à l'Académie des Inscriptions, je vous ai répondu que ce concours ne me paraissait pas douteux ; que, cependant, si vous le jugiez convenable, je chercherais à obtenir à cet égard des renseignements plus précis.
« T’absence de quelques personnes m'avait empêché, jusqu'il y ἃ peu de jours, de faire en ce sens les démarches nécessaires. Mais aujourd'hui, je me trouve autorisé à vous dire que toute proposition ayant pour but d'introduire, avec les ménagements convenables, dans notre enseignement public, la prononciation nationale du grec, recevrait de l’Académie des Inscriptions l'accueil le plus favorable.
Agréez, etc.
« Vendredi 28, M. d'Eichthal écrit sur son carnet : — En as. sistant à la séance de l'Académie, comme de coutume, j'entends M. Guigniaut donner lecture de la lettre de M. Duruy demandant à l’Académie son opinion au sujet de l’introduction de la prononciation grecque. J'ai éprouvé là une de ces émotions de satisfaction auxquelles je ne suis pas habitué.
« L'Académie, disait le ministre en s'adressant au secrétaire perpétuel, renferme dans son sein les hommes les plus compétents pour m'éclairer en pareille matière, Je vous serai très obligé de vouloir bien soumettre à ses lumières la question dont il s’agit et me faire connaître son avis. »
« Une commission fut nommée, séance tenante. Ses membres étaient : MM. Alexandre, Brunet de Presle, Dehèque et Rossignol : le bureau composé en ce moment de MM. de
Saulcy, président, Egger, vice-président; Guigniaut, secrétaire perpétuel, faisait de droit partie de la commission ; M. Naudet, secrétaire perpétuel honoraire, fut également invité à y siéger, à cause de l'importance toute particulière de la question (1). »
Trois semaines plus tard, le 18 novembre, M. Dehèque présentait son rapport à l'Académie, au nom de la commission.
Voici ce rapport qui est très peu connu, car il n’a pas été imprimé ailleurs que dans les comptes-rendus des séances de l’Académie, et, bien qu'il ait fait une grande sensation parmi les hellénistes et les professeurs de l'Université, personne n'en avait donné encore le texte exact que nous avons eu quelque peine à nous procurer.
« Messieurs,
« Votre commission chargée d'examiner la question de la prononciation grecque, soumise à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, a été d'avis, à l'unanimité, qu'il serait opportun et avantageux de renoncer, dans l'enseignement, à la prononciation érasmienne, et de prononcer le grec d’après la méthode, sinon antique, du moins ancienne, en usage dans tout l'Orient. Voici les considérations qui ont motivé cet avis,
« Avant la prise de Constantinople et depuis la fatale année 1453, les savants grecs qui vinrent en Italie et en France, y apportèrent avec les trésors de leur littérature, la méthode de lecture qui pour eux était traditionnelle et nationale. Leur prononciation régulièrement accentuée, mélodique et sonore,
(1) De la prononciation nationale du grec et de son introduction dans l'enseignement classique, par M. 6, d'Eichthal, dans lAxnuaire de 1869,
adoptée dans toutes les écoles, se maintint sans altération jusqu’au milieu du xvi° siècle.
« C’est un peu avant cette époque que des professeurs, qui n'étaient plus les élèves directs des illustres réfugiés, pour aplanir des difficultés de lecture et de dictée, s’emparèrent d'idees émises par Érasme dans un célèbre dialogue (1), et s'en crurent autorisés à renoncer à la prononciation consacrée par l'usage et la tradition, et à se servir, pour lire Homère et Platon, des alphabets mêmes de leurs pays. Si Érasme n’est pas l’auteur de cette nouvelle prononciation, il en fut regardé, du moins, comme le patron. Elle fut qualifiée d'érasmienne, et cela contribua beaucoup à en assurer le succès, car l'influence d'Érasme était alors presque égale à celle de Voltaire dans le dernier siècle. Sous ses auspices, la nouvelle méthode se propagea donc peu à peu avec l'extension même des études helléniques et s'établit partout; elle se maintient toujours bien qu’il soit reconnu qu'elle est toute de convention, sans antécédent, sans traditions, et qu’elle n'ait pas cessé d’avoir des opposants et des contradicteurs parmi des esprits d'élite : d’abord, c'est Érasme lui-même, qui n’a jamais adopté pour son usage la réforme alphabétique; ce sont des disciples du savant Reuchlin; c'est Ménage, lequel a dit quelque part : « Je lis et prononce le grec à la manière dont toute la Grèce le lit et le prononce aujourd’hui. Ceux qui lisent et prononcent autrement ont bien de l'entètement et de la prévention (2). » Ce sont Capperonnier, l'éditeur de Sophocle, D'Ansse de Villoison, Thurot, l'ami de Coray, Boissonade, Mablin dont la mémoire sera toujours honorée à l’École normale. Malgré ces protestations qui se sont succédé jusqu’à nos jours, il est de fait que l’innovation, qui ne méritait pas d'être appelée érasmienne, finit par l'emporter généralement, et que partout et jusque dans la grammaire de Clénard, alors en usage dans toutes les écoles et dont les premières éditions représentent la prononciation
(1) Dialogus de recta latini graecique sermonis pronuntiatione. — Bâle et Paris. 1528, (?) MENAGIANA, p. 99],
orientale, on introduisit définitivement l'alphabet nouveau. Les novateurs alléguaient qu'on n'apprenait le grec que comme un exercice littéraire, comme une langue morte et morte à jamais; et pourtant, même au point de vue littéraire, ils étaient dans une complète erreur. La poésie grecque, en effet, dont les grammairiens et les rhéteurs avaient si justement vanté l'harmonie, ne rend plus, d’après la nouvelle épellation que des sons altérés et faux; dans la phrase de Thucydide et de Démosthène il ne reste plus rien de cette euphonie qui en faisait la force et la beauté. La nation était-elle aussi morte qu'on le croyait? Non assurément, Grâce aux Evangiles rédigés en grec, à sa liturgie, le peuple grec conserva sa langue comme sa foi; jamais il ne cessa de manifester sa nationalité par sa langue non moins que par les armes; et comment ce peuple, qui, à travers tant de vicissitudes, avait su garder les caractères d'écriture de ses ancêtres, et jusqu'aux moindres signes de son orthographe, comment n'aurait-il pas gardé aussi, en grande partie du moins, la prononciation d’une langue dont il est fier et jaloux comme du plus bel héritage de ses aïeux ? Enfin, en 1821, préparé et régénéré par les Righas et les Coray, ce peuple a eu sa renaissance. Depuis cette date mémorable, la langue s’est débarrassée des mots étrangers qui en avaient altéré la pureté; elle les a bannis de son vocabulaire, comme on avait chassé les Turcs du territoire sacré. Ces Grecs qui sont parvenus à reconquérir une patrie sont aussi en quête d'une littérature, et, avec l'esprit ingénieux et vif dont la nature les a doués, ils ne tarderont pas à prendre un rang digne d'eux dans les lettres et l’érudition. Leur politique qui occupe une si grande place dans la question d'Orient; la philologie dont leur langue est un des instruments les plus utiles, les Beaux-Arts dont ils possèdent les plus magnifiques monuments, ont fait sentir à la France la nécessité de rapports plus intimes et d’une école française à Athènes. Cette institution est l’œuvre et l'honneur d’un ancien ministre cher à nos souvenirs. M. de Salvandy projetait de plus le rétablissement de la vraie prononciation du grec. En 1846, un excellent rapport de M. Alexandre, alors ins-
02 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
pecteur général des études, aujourd’hui notre confrère, en proposa l’application,-en démontra la nécessité, indiqua même les moyens d'exécution. Aucune mesure, cependant, ne fut prise, et pourtant, depuis bien des années déjà, un retour à l’ancienne prononciation du grec s'était sccompli dans le haut enseignement. À quelques conférences de l’École normale, dans les cours du collège de France et de la Sorbonne, à Toulouse même, aux lecons de feu Lécluse, la prononciation orientale était employée sans embarras ni gêne pour les auditeurs, et à leur satisfaction. 11 est digne du ministre actuel de l’Instruction publique, qui n’a pas de moins bonnes intentions que son illustre prédécesseur, de rétablir dans l'enseignement à tous les degrés cette partie si essentielle des études helléniques, la prononciation telle qu'elle est venue autrefois de Constantinople, telle qu’on la pratique toujours à Constantinople et à Athènes.
« Ajoutons encore que l'émission vraie du son des voyelles, des consonnes et des diphthongues, ne suffit pas pour bien prononcer le grec; il faut de plus, avoir égard aux accents, inventés pour noter les syllabes sur lesquelles la voix doit s'élever pour moduler et cadencer la prononciation. Il importe donc au plus haut degré de faire sentir fortement l'accent dont la méthode érasmienne ne tient aucun compte.
« En résumé, quels sont les avantages immédiats de la vraie prononciation du grec? L’harmonie de cette langue, dont il est presque impossible d’avoir une idée avec la méthode d'Érasme, se révêle et se sent; la lecture, la diction deviennent pleines d'agrément et de charme; les étymologies s'éclaircissent, les jeux de mots se comprennent. Pour la correction des textes, la critique peut tirer les plus utiles secours des inductions que suggèrent les rapprochements des sons, et rectifier par là les erreurs des copistes de manuscrits. Enfin, on se met en rapport avec toute une nation; on fait d'une langue ancienne presque une langue vivante.
« Une telle amélioration, si elle s’accomplit, donnera, la commission ose l’espérer, un nouvel attrait à l’étude de la langue d'Homère et de Thucydide, et concourra puissamment
à ranimer cette partie des études. Mais, pour arriver au rétablissement dans toute sa pureté et dans tous ses droits de la langue classique par excellence, il faut agir avec mesure, avec prudence, sans précipitation, et, en tous ces points, la com-
. . - , ᾿ " . .] mission sen réfère au sens pratique; à la sagesse de M. le ministre de l'Instruction publique.
« (Signé) Bruner ne Presce, Rossienoc, ALEXANDRE, Nauper, EGGer ; Deni- QUE, rapporteur, »
Dans l’opuscule auquel nous avons déjà fait de nombreux emprunts, M. d'Eichthal ajoute, après avoir parlé de ce rapport à l'Académie :
« Les considérations pratiques qui avaient dicté le vote de la commission n’exercèrent pas moins d'influence sur l’Académie elle-même, Elles entrainèrent, chose remarquable, l'adhésion nettement exprimée des hellénistes même qui avaient gardé l'usage de la prononciation universitaire. Ce fut seulement au point de vue scientifique que quelques membres, et en particulier M. Munck, renouvelèrent l’objection déjà si souvent présentée, de l’incompatibilité de l’accentuation moderne avec la métrique ancienne. Quelques membres, entre autres, MM. Egger et Rossignol, firent observer que c'était là une question encore en litige, et qui, en tous cas, ne pouvait être considérée comme décisive. Finalement l'adoption du rapport fut votée, séance tenante, à l'unanimité, moins une voix. Get unique opposant qui, lui-même nous a autorisé à le nommer, fut M. Mohl, et sa protestation, faite au nom de la science qu'on peut appeler rigoureuse, avait aussi, il faut le reconnaitre, sa légitimité,
« Tel est aujourd’hui l'état de la question : le ministre, par sa lettre du 22 octobre, l'Académie, par son vote du 18 novembre 1864, ont témoigné de leurs dispositions favorables au sujet de l'introduction dans notre enseignement public de la prononciation nationale du grec... Cependant jusqu'ici au-
occupent, grâce à la publication de la brochure de M. d'Eichthal sur l'Usage pratique de la langue grecque, grâce surtout à l'activité de son auteur et à son ardeur à défendre sa proposition, on recommençait à s'occuper de la question du grec. Le grec, ὃ prodige! était redevenu une actualité, et M. Réniériétait en droit de dire à M. d'Eichthal : — « Vous ne savez pas quel service vous venez de rendre à la Grèce ! » On prenait parti pour ou contre les conclusions de l'auteur qui, de son côté, se multipliait pour intéresser au grec, non pas seulement les hellénistes de profession, les savants οἱ les professeurs, mais encore les gens du monde. δε A ce moment aussi, M. Brunet de Presle, qui était un véritable apôtre de l'hellénisme en France, essayait, par des conférences sur la littérature grecque moderne, d'attirer le public à l'Ecole des langues orientales vivantes, et il y réussissait du premier coup. D'autre part, 1] était de mode, dans la haute société parisienne, d'assister aux lecons d'archéologie que Beulé faisait à la Bibliothèque impériale et il était de bon ton de s'y étouffer. Ces leçons, imprimées dans la Æevue politique et littéraire, ancienne Aevue des cours publics, passionnaient les lecteurs. Ce fut à la suite de l’une d'elles, de celle dans laquelle, selon l'annonce même du professeur, devait s’instruire le procès de la littérature du siècle d'Auguste, leçon toute à l'honneur de la littérature de la Grèce, opposée à celle de Rome, le 12 mars 1867, que M. d'Eichthal, qui y assistait en compagnie de M. Théodore Delyannis, alors ministre de Grèce à Paris, soumit à Beulé son projet d’une société pour le développement et la propagation de la langue et de l'art heiléniques. Après divers pourparlers, une réunion eut lieu, à ce sujet, chez M. d’Eichthal, le dimanche 24 mars 1867. Les noms des personnes qui assistaient à cette séance, au nombre de douze, méritent de rester dans notre mémoire, car ces douze personnes furent les premiers fondateurs de notre Association, c'étaient:
MM. Beulé, Michel Bréal, Brunet de Presle, Dehèque, Gustave et Eugène d'Eichthal, Gidel, Goumy, Miller, Georges Perrot, Wescher, Zotenberg, et deux jeunes étudiants hellénes, MM. Athanase Bernardaki et Rangabé., — MM. Alexandre Bertrand, Gustave Deville, Victor Lanjuinais, Ernest Renan, Jules Simon et Egger-s’étaient fait excuser.
Nous ne recommencerons pas devant vous, Messieurs, l'Histoire de la fondation de l'Association. M. d'Eichthal, sur nos pressantes instances, a consenti à la raconter lui-même, et il l’a lue à la séance du 5 juillet 1877, dix ans, presque jour par jour, après notre établissement. Vous trouverez cette Notice sur la fondation et le développement de l'Association pour l’encouragement des études grecques en France, avril 1867, avril 1877, — dans l'Annuaire qui porte cette dernière date ; nous avons voulu seulement montrer que la création de cette Société dont nous ne pouvons dire ici tout le bien que nous en pensons (on est toujours malavisé de se louer entre soi), était bien l’œuvre de notre confrère, et qu'elle se trouvait en germe dans cette première brochure de Usage pratique de la langue grecque; c’est pour cela que nous nous y sommes particulièrement arrêté.
Nous ne vous parlerons pas davantage des services de tout genre que notre confrère n’a cessé de rendre à l'Association depuis sa fondation, soit en réclamant les fonctions de trésorier, qui sont toujours les plus délicates, mais qui sont aussi les plus importantes pour les sociétés qui commencent, soit comme viceprésident ; vous savez que par excès de modestie, il ne voulut jamais accepter le titre ni les fonctions de président. Ce serait faire injure à vos souvenirs que d’insister sur tout ce que nous lui devons. Vous vous le rappelez, vous vous le rappellerez toujours, assidu à nos séances mensuelles, exact à toutes nos commissions, né laissant passer aucune occasion de nous tenir au courant de ce qui pouvait nous intéresser, li-
98 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE,
sañt et annotant pour nous les journaux grecs qu'il recevait, qu'il dépouillait et qu'il nous apportait chaque mois pour enrichir notre bibliothèque.
Nous n’insisterons pas davantage sur les nombreux mémoires dont il enrichit nos Annuaires : nous nous bornons à vous en rappeler les titres, en vous engageant à les rechercher et à les relire, car ils sont tous sinculièrement instructifs, et tous ont rapport à la Grèce ou à la langue grecque ; ce sont, en quelque sorte, les pièces justificatives de son premier travail.
L'Annuaire de 4870 a publié de lui : Observations sur la réforme progressive et sur l'état actuel de la langue
grecque pour servir d'introduction au discours de M. Ba-
siadis.
Celui de 4871 : Lettre à sir Louis Mallet, membre du Comité du club Cobden à Londres, sur une langue internationale universelle et considérations préleminaires, lues à la séance générale, le 20 juillet 1871.
Le 23 janvier 14872, M. d'Eichthal nous donnait lecture d’un Æapport sur la nouvelle loi et sur l'enseignement secondaire en Russie, qui fut publié dans l'Annuaire de cette même année.
En 1874, il publiait un mémoire très étendu et fort savant sur le Site de Troie, selon Lechevalier et selon M. Schliemann, à l'occasion des fouilles que ce dernier faisait à Issarlik.
En 1875, notre Annuaire insérait une réponse de M. d’Eichthal à l'Analyse du précédent mémoire, faite par M. Vidal-Lablache.
La Notice sur la fondation et le développement de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France, ἃ paru dans l'Annuaire de 1877,
Enfin, en 1880, M. d’Eichthal nous donnait son beau travail sur la Z'héologie et la doctrine religieuse de Socrate ; — Socrate et notre temps, qui fut presque aussitôt traduit en grec par M. Valettas, de Londres ; car ses études d'histoire religieuse marchaient de front avec
ses travaux sur la langue grecque et sa propagande en faveur de l'introduction de la prononciation nationale dans l’enseignement de l'Université.
À tous ces travaux, se rattache l’article publié par M. d'Eichthal, dans le Zemps, du samedi 20 mars 1869, sur Voltaire et la question grecque, en 1770, article dont nous avons donné plus haut quelques extraits.
En 1875, 1l fit paraître un Mémoire sur le texte primitif du premier récit de la création (Genèse, ch. :-11, 4). (Paris, Sandoz et Fishbacher, 14875, 77 pages.)
En 1880, il publia un autre mémoire sur le Nom et le caractère du Dieu d'Israël, TAHVEH, qui parut dans la evue de l'Histoire des religions, tome I, ne 3.
Puis 1] entreprit un grand travail sur Saint-Simon et ses doctrines qui avaient été l'idéal de ses jeunes années, Personne assurément n'était plus à même que M. d'Eichthal d'aborder une pareille tâche. Possesseur des papiers et des publications de la famille saint-simonienne, il avait sous la main tous les documents qui devaient lui permettre de mettre dans leur véritable jour des doctrines si peu et si mal connues aujourd’hui, Malheureusement, il s’y était pris trop tard, et 1l n'eut pas la consolation d'achever ce grand travail qu'il avait entrepris avec toute l'ardeur et toute l'activité de la jeunesse, Il n’interrompit un moment ces études que pour publier dans la Aevue scientifique du 19 janvier 1884, un important mémoire sur la langue grecque comme langue scientifique commune.
Ce mémoire fut, croyons-nous, la dernière publicaion de M. d'Kichthal sinon sa defnière étude, car on verra plus loin que peu de mois avant sa mort il avait voulu coordonner, dans une brève synthèse, les idées philosophiques et religieuses qui ont occupé toute Sa vie,
Peu d’existences, on le voit, ont été aussi bien remplies que célle de notre confrère ; et cependant cet homme qui a tant travaillé avait le travail difficile.
100 Mis DE QUEUX DE SAINT-HILAIRE.
Un juge sévère, M. Sainte-Beuve, dans ses Vouveaux lundis (t. VI, p. 11), à propos de la publication du livre des Évangiles, avait écrit de notre confrère ce portrait fort ressemblant : « M. G. d’Eichthal, une intelligence élevée, consciencieuse, tenace, imbue d’une religiosité forte et sincère, en quête, dès la jeunesse, de la solution du grand problème théologique moderne sous toules ses formes, s’est appliqué, avec une incroyable patience à une comparaison textuelle des Évangiles, et en a tiré des conséquences ingénieuses qui ont à la fois un air d’exacte et rigoureuse vérité. »
A la même époque, nous relevons sur un des carnets de M. d’Eichthal, à la date du 15 mars 1863, cet aveu sincère :
« On a, je puis dire, universellement loué mon style dans les Évangiles. — Personne cependant n'écrit de prime abord plus mal que moi. Mais après des efforts plus ou moins longs, l'intuition vient, et je construis l’échafaudage logique de mon sujet. Ce n’est qu'après, quelque fois longtemps après, qu'une autre inspiration me donne la forme. Ici le squelette logique disparait entièrement, les choses semblent s'enchainer spon= tanément, cependant l'ordre logique subsiste toujours. »
En 1884, M. d'Eichthal, avait quatre-vingts ans, mais rien ni dans son esprit, ni dans son ardeur au travail, ni dans son activité intellectuelle ou même physique, ne trahissait le vieillard. Toujours leste et vif, il marchait beaucoup, sortait, quelque temps qu'il fit, vêtu seulement d'un léger par-dessus ; 1] ne semblait nullement s'occuper de lui-même.
Il nous souvient de l’avoir vu, le mois qui précéda sa mort, le 4 mars 1886, monter avec une agilité toute juvénile l'escalier de l'École des Beaux-Arts pour assister à notre séance mensuelle à laquelle il était toujours d'une exactitude exemplaire. Comme nous lui en faisions compliment, il nous répondit : « Oui, oui, je
SERVICES RENDUS A LA GRÈCE PAR M, G. D'EICHTHAL. 101 me porte bien, je suis encore résistant, mais, vous vérrez, je casserai comme du verre, »
Un mois après, il n’était plus. Un refroidissement qu’il avait pris en sortant sans précautions avait eu raison de cette organisalion si vigoureuse.
Sa mort fut digne de sa vie : elle fut celle d'un sage et d’un philosophe chrétien.
Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici les lignes suivantes que nous écrivait son fils, interrogé par nous, au sujet des derniers jours de notre vénéré confrère :
« Pendant la maladie qui l’a retenu au lit quelques semaines, et malgré son âge avancé, mon père, tout en sentant décliner ses forces physiques, n’avait rien perdu de sa puissance et de sa vitalité intellectuelles. Jusqu’à son dernier moment, il s’est occupé et préoccupé des sujets d'intérêt général, qui, depuis sa jeunesse, absorbaient sa pensée. Chaque jour il m'’entretenait de ses travaux, de ceux qu'il laissait achevés et de ceux qui demeuraient interrompus. Dans les derniers temps, il s’était attaché surtout à une étude sur l’Etre supréme, dont un fragment posthume a été publié dans la Revue politique et lilléraire (5 juin 1886), et qui se reliait dans sa pensée à un mémoire sur le nom el le caractère du Dieu d'Israël, Iahveh, paru, il y a quelques années (1880). Mon père voulait dans cette étude, présenter comme un résumé de ses recherches et de ses idées sur l’histoire des conceptions religieuses de la Judée, de la Grèce et du Christianisme. Renouant cette histoire à la Bible, il la conduisait jusqu'à la Révolution française et m'exposait, avec une lucidite singulière, comment l'invocation à l'Être suprême placée par la Constituante comme frontispice à son œuvre législative, était le résultat d’une longue élaboration historique que la philosophie du xvmi° siècle n’a fait que résumer : mon père insistait sur l’importance de cette formule au point de vue social et religieux. Son étude sur cette question devait être la synthèse de ses ouvrages fragmentaires sur l'Ancien Testa-
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ment, sur les Évangiles, sur le dogme chrétien, sur la philosophie de Socrate et de Platon, sur le rôle des trois centres méditerranéens qu'il considérait comme ancêtres de notre civilisation, Jérusalem, la Grèce et Rome. Le fragment publié d’abord dans la Revue molilique et lilléraire, puis dans les Mélanges de critique biblique, et qui était le seul achevé de ce vaste travail, ne peut donner qu'une idée bien incomplète de l'ampleur avec laquelle, dans de fréquents entretiens, et Ja voix déjà presque éteinte par la maladie, mon père traitait ce grand sujet et passait en revue les principales phases de l’histoire philosophique et religieuse, Confiant dans son rétablissement, grûce à l'énergie avec laquelle il luttait contre le mal, il me disait, quelques heures avant de nous quitter pour toujours : « J'ai encore un grand contingent d'idées à formuler, »
« En dehors de ses propres travaux et de l'influence qu'ils devaientavoir sur la paix des esprits, une des dernières questions qui aient passionné notre cher malade, a été la résurrection des monuments de la vieille Égypte, résurrection à laquelle, depuis quelques années, son ami M. Maspéro a pris une part si glorieuse. Uni au jeune savant par les liens d’une vive affection, il s’intéressait avec une ardeur extraordinaire aux souscriptions qui, patronnées par le Journal des Débats et recommandées au public éclairé par M. Renan, ont permis à M. Maspéro d'imprimer une riouvelle impulsion à ses travaux de déblaiement et de restauration. Une de ses suprêmes joies a été le succès de la souscription provoquée par lui, expressément pour le dégagement du sphinx de Giseh, succès qu’il annoncait en termes chaleureux à M. Maspéro, dans une lettre dictce quelques jours avant sa mort et qu’il eut à peine la force de signer. Il n’a pas eu la satisfaction d'ouvrir la réponse dans laquelle le célèbre égyptologue lui apprenait, en le remerciant, que « grâce à la souscription, l'achèvement de la première partie du déblaiement était assuré. »
À ces lignes touchantes, nous n'ajouterons qu'un mot : la dernière note qui se trouve inscrite, de la main
SERVICES RENDUS A LA GRÉÈCE PAR M. G. D'EICHTIAL, 103
de M. d’Eichthal sur son carnet, porte la date du 4 mars 1886, et contient un compte-rendu sommaire de la séance de l'Association, qui avait eu lieu, ce jourlà. N'est-ce pas comme un suprême témoignage de la place que notre Société à occupée, jusqu'au dernier moment, dans la pensée et l'affection de M. d'Eichthal qui est mort le 9 avril 4886, presque, jour pour jour, un mois après cette séance où nous l’avions {ous pu voir parmi nous si plein de vie et d'activité.
108 α. D'EICHTHAL.
l'on ne pourrait pas restituer aussi Moïse, οἱ rappeler les ruisseaux vers leur source (1). »
Ce ne fut là cependant qu’une renaissance en quelque sorte spirituelle des trois grands peuples méditerranéens ; aujourd'hui cette renaissance 56 complète οἱ s'achève par une véritable résurrection nationale et matérielle de ces mêmes peuples.
Les Israélites, presque partout émancipés depuis la Révolution francaise, se sont établis dans toute l'Europe, en s’associant à tous les progrès de la civilisation moderne. D'un autre côté, la Grèce et l'Ilalie ont été affranchies, et partiellement au moins reconslituées : elles ont repris leur place au milieu de Îa famille des peuples. Ce que pourront être les conséquences de cette restauration commencée d'Israël et de l'Italie, nous n'avons pas à le rechercher ici. Mais nous voudrions indiquer ce que peuvent et doivent être, au moins sous quelques rapports, les conséquences de la restauration de la Grèce.
Cette restauration a déjà rendu à la race grecque son ancien et véritable centre. Elle a en même temps porté ses colonies sur les points commerciaux les plus considérables de l’Europe et de l'Asie; elle a ouvert aux investigations de la science le théâtre de l’ancienne civilisation hellénique; elle a rendu aux Grecs une part déjà importante dans les affaires de l’Europe. Mais ce qui est d’un intérêt bien plus grand encore, d’un intérêt non plus seulement national, mais universel, cette restauration a doté notre monde d’un instrument de civilisation devenu aujourd'hui indispensable. Elle a mis à notre disposition une langue ayant tous les caractères, remplissant toutes les conditions d’une langue universelle,
tion universelle, il m'est venu à l'esprit d'essayer Si
(1) Lettre à Georges de Polenz, évêque de Samland, pour lui dédier la traduction du Deutéronome.
Que tous les peuples marchent aujourd'hui à une commune organisation, à une société universelle, c'est ce dont il n’est plus possible de douter. La religion, la politique, la philosophie, les arts, les sciences, l'industrie, le commerce, conduisent également à cette conclusion. Mais si tel est l’avenir, l'avenir prochain peut-être de l'humanité, la conséquence première de ce grand évènement doit être l'établissement d'une langue commune, qui, tout en laissant subsister les idiomes nationaux, signe et gage de l'individualité des peuples, soit cependant le medium des relations internationales entre les peuples et entre les individus ; qui en même temps aussi serve à l'expression de ces vérités suprêmes, qui sont à la fois et le principe, et le lien commun des sociétés, et à ce titre doivent partout revêtir une forme identique et universelle.
Or il est une langue qui, depuis le xvie siècle, est devenue un élément nécessaire de l'éducation de tout homme lettré; une langue qui, par ses origines, touche aux origines mêmes de la civilisation, de même que par ses dernières créations elle en représente les plus récents progrès; qui dans l'intervalle est intervenue à toutes les phases de l’histoire, et y a dignement rempli sa mission; qui non-seulement n'est restée étrangère à aucune des grandes manifestations de l’esprit humain, dans la religion, dans la politique, dans les lettres, dans les arts, dans les sciences, mais en a été le premier instrument, et en quelque sorte la matrice; qui a été la langue d'Homère et d'Hésiode, d'Hérodote et de Thucydide, de Platon et d'Aristote, d'Hippocrate et de Théophraste, d'Euclide et d'Archimède ; qui a été la langue de l'Évangile, de saint Paul, des Pères de l’Église, et en même temps celle de Lucien et de l’empereur Julien ; qui a défrayé la littérature, la théologie, la jurisprudence byzantines; qui, dans ce travail de près de trente siècles, n'a rien perdu de sa vitalité primitive, a conservé son vocabulaire complet,
sitons plus à appeler l'attention du public sur les considérations développées dans les pages précédentes el dans l’article de M. Renieri.
Nous n'ignorons pas d'ailleurs quelles graves οἱ nombreuses objections peuvent nous être opposées, et nous sommes à l'avance préparé aux critiques, aux doutes, à l'indifférence même avec lesquels notre pensée pourra être accueillie. Mais quel que soit l'arrêt définitif qui intervienne, nous croyons que notre tentlative a du moins un mérite qui ne saurail lui être refusé, celui de soulever une question tout actuelle. Pour qui a compris notre Lemps, en effet, il est évident que la question d'une langue universelle, non plus que celle d’une métropole universelle, ne peuvent long= temps encore reposer dans le silence où elles sommeillent aujourd'hui.
M. Renieri a bien voulu traduire en grec moderne l'exposé précédent, ainsi que Îles fragments de son propre travail que nous y avons ajoutés. Cette traduction paraît en même temps que les textes eux-mêmes (1).
1) Voir page 119